Le jury n’a pas encore tranché sur « Nuremberg », le « film à Oscars » par excellence
Sorti vendredi, ce film avec Russell Crowe dans le rôle d'Hermann Goering et Rami Malek dans celui de son faire-valoir, montre qu'il est plus que jamais nécessaire de rappeler les conséquences d'un antisémitisme incontrôlé
NEW YORK – Il surgit du siège passager d’une voiture avec chauffeur ; filmé en contre-plongée, avec son énorme ventre contenu à grand peine dans son uniforme. Au moment où un GI américain s’écrie, hors de souffle : « C’est Hermann Goering ! », on est tenté d’en faire de même en disant : « Et c’est Russell Crowe ? »
Oui, c’est pour l’acteur oscarisé néo-zélandais, connu pour ses rôles dans des films comme « Gladiator » ou encore « Master and Commander », un rôle de composition que celui du chef militaire et homme politique allemand qui, après le suicide d’Hitler, a incarné le parti nazi à la toute fin de la Seconde Guerre mondiale.
« Nuremberg » est un drame judiciaire qui dissèque la manière dont les alliés ont accusé Goering – et d’autres – de crimes contre l’humanité – entre autres – et revient sur ce qui fut le tout premier procès de ce type de l’histoire. Déjà portée à l’écran en 1961 sous le titre « Le Jugement de Nuremberg », cette nouvelle version adopte une approche plus réaliste.
L’idée – tirée de l’histoire – est de donner à voir l’histoire à travers le regard du psychiatre militaire Douglas Kelley, interprété par un autre acteur oscarisé, Rami Malek.
Kelley était en charge de la surveillance des prisonniers de Nuremberg (pas seulement de Goering, mais aussi de Rudolf Hess, Julius Streicher et bien d’autres), afin de s’assurer de leur aptitude à subir un procès, d’empêcher qu’ils se suicident et, comme le révèle film, qu’ils communiquent des informations confidentielles aux procureurs.
Une fois que Kelley prend la mesure de sa mission, il se prend à rêver du livre qu’il pourra tirer de son intimité avec les derniers jours du Troisième Reich. Mais il est loin d’imaginer qu’une sorte d’amitié va se nouer entre lui et Goering.
C’est en effet en faisant en sorte de gagner la confiance de Goering qu’il découvre son enfance, rencontre sa femme et sa fille, et fait ce que certains qualifient, à juste titre, de la pire chose à faire en présence d’un nazi, à savoir accepter qu’il s’agisse ni plus ni moins d’un être humain.
« Nuremberg » n’est en aucun cas un film pro-nazi.
Le moment le plus poignant, comme dans « Le Jugement de Nuremberg », donne à voir des images réelles et insupportables de cadavres et quasi-cadavres, dans des camps de concentration libérés.
Le procureur américain, le juge Robert Jackson (interprété par Michael Shannon, le plus grand acteur excentrique d’Hollywood depuis Christopher Walken), n’est pas tout à fait la quintessence de droiture que Spencer Tracy avait incarné dans le film de 1961, mais c’est un homme déterminé, bien décidé à dénoncer l’inhumanité du régime nazi, indifférent au risque que cela contrarie ses objectifs politiques de long terme.
S’il y a bien une chose que ce film m’a appris, c’est bien que l’idée de procès était très impopulaire au départ.
« Ne serait-il pas plus facile de simplement leur tirer dessus ? » se demande-t-on – sans doute à juste titre, ce qui ne fait que renforcer la nécessité de choisir la solution la moins évidente.
Écrit et réalisé par James Vanderbilt, scénariste du spectaculaire polar « Zodiac » (mais aussi du tout à fait passable « Amazing Spider-Man 2 » et de certains épisodes récents de « Scream »), « Nuremberg » se prête merveilleusement aux scènes dans lesquelles les personnages éructent des dialogues qui pourraient aisément prêter le flanc à des débats politiques simplistes. (Je serais surpris d’apprendre que le véritable Hermann Goering ait un jour discuté avec un Américain de la question d’Hiroshima pour conclure que c’était aussi mal qu’Auschwitz.) Ces moments peuvent être perçus comme simplistes, sauf qu’ils demeurent intrigants et touchent à ce que l’on peut à juste titre qualifier de « sujets importants ».
Mais soyons honnêtes : les « sujets importants » sont-ils réellement attirants pour une soirée au cinéma ? Eh bien, « Nuremberg » fait de son mieux pour donner un nouvel éclairage des choses avec ses personnages secondaires.
John Slattery, que l’on avait vu dans « Mad Men », apporte son lot de fêlures, dans le rôle du colonel Burton C. Andrus, le directeur de la prison, Wrenn Schmidt, que l’on a vu dans « For All Mankind », joue le rôle ingrat de porte-voix féminine du juge Jackson, et le toujours parfait Richard E. Grant campe le procureur britannique David Maxwell Fyfe, grand amateur de cognac.
Il y a en outre le sergent Howie Triest, un jeune traducteur américain qui, tout comme Kelley, se retrouve obligé de parler avec les nazis emprisonnés pendant des semaines, alors qu’il est juif et que ses parents ont péri dans les camps. Ses hésitations à révéler son identité à ses protégés, quelques instants avant qu’ils ne soient exécutés, en font l’un des moments les plus critiques du film.
Mais tout cela, malheureusement, sonne un peu faux.
Malgré tous les efforts déployés par le film, les personnages peinent à s’incarner, comme si on en était au stade des essais.
Le concept de « banalité du mal » n’a aujourd’hui plus rien de nouveau, de sorte que la prémisse centrale – à savoir de montrer que même un monstre comme Hermann Goering peut s’inquiéter pour sa fille – n’est plus vraiment centrale dans le film.
Et les scènes entre Crowe et Malek sont bonnes mais les acteurs ne crèvent pas l’écran à la manière du duo Jodie Foster et Anthony Perkins, dans la scène de la prison, dans « Le silence des agneaux ». Sans doute un avantage de la fiction, je présume.
« Nuremberg » est un film pour adultes très recommandable à une époque où il est plus que nécessaire de rappeler ce qui peut arriver lorsqu’une société accepte ni plus ni moins l’antisémitisme. Sur le sujet, il y a, à n’en pas douter, des films bien pires. Mais pour un film maquetté comme un film à Oscars, l’avis est mitigé.
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Le film est sorti le 7 novembre en Israël. La sortie en France est prévue en janvier 2026.
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