Le Labour a “abandonné la communauté juive” en suspendant Livingstone
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Le Labour a “abandonné la communauté juive” en suspendant Livingstone

Les relations entre le Labour et les Juifs britanniques “ont atteint un point bas historique”, a déclaré une association juive après la suspension d’un an de l’ancien maire de Londres pour ses propos antisémites

Le grand rabbin du Royaume-Uni, Ephraim Mirvis. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le grand rabbin du Royaume-Uni, Ephraim Mirvis. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le grand rabbin du Royaume-Uni a exprimé mardi sa déception après la suspension de l’ancien maire de Londres du Labour, déclarant que le fait que Ken Livingstone n’ait pas été expulsé était un affront fait à la communauté juive britannique.

Le Labour a suspendu Livingstone pour un an en raison de propos tenus l’année dernière sur le soutien d’Hitler au sionisme. Une commission disciplinaire a jugé ces remarques « extrêmement nuisibles » au parti.

Il y a un an, alors que le Labour se débattait face à une série de déclarations jugées antisionistes et même antisémites, Livingstone, membre du Comité national exécutif de Labour, avait affirmé qu’Adolf Hitler avait initialement soutenu le sionisme, « avant qu’il ne devienne fou et ne finisse par tuer six millions de Juifs ».

Livingstone avait également affirmé que depuis des décennies, il y avait au Royaume-Uni une « campagne bien orchestrée par le lobby israélien pour diffamer quiconque critique Israël en l’accusant d’antisémitisme. »

Lors de son interview sur J-TV diffusée le 21 juin 2016, l'ancien maire de Londres Ken Livingstone a dit qu'il inviterait à dîner celui qui réussirait à prouver qu'il avait tort sur le 'fait' qu'Hitler avait soutenu le sionisme. (Crédit : capture d'écran YouTube )
Lors de son interview sur J-TV diffusée le 21 juin 2016, l’ancien maire de Londres Ken Livingstone a dit qu’il inviterait à dîner celui qui prouverait qu’Hitler n’avait pas soutenu le sionisme. (Crédit : capture d’écran YouTube )

Le grand rabbin Ephraïm Mirvis, a déploré, tout comme de nombreuses associations juives, que le Labour ne condamne que légèrement Livingstone.

« C’était l’occasion pour le Labour de montrer qu’il ne tolérait pas les attaques délibérées et sans vergogne contre la communauté juive, en utilisant honteusement l’Holocauste pour infliger une offense maximale », a déclaré Mirvis dans un communiqué.

« Plus inquiétant encore, le parti a à nouveau échoué à afficher son sérieux dans sa lutte contre l’antisémitisme, a-t-il ajouté. Le Labour a abandonné la communauté juive, il a abandonné ses membres et il a abandonné tous ceux qui croient à la tolérance zéro contre l’antisémitisme. »

Les associations juives, qui demandaient l’expulsion de Livingstone, ont déclaré que cette décision était « profondément décevante », et qu’elle effritait encore la confiance brisée entre le parti et ses membres juifs.

« Etant donné que Ken Livingstone a été jugé coupable, nous sommes profondément déçus de la décision de ne pas l’expulser du Labour. Une suspension temporaire n’est rien de plus qu’une tape sur la main », a déclaré dans un communiqué le Jewish Leadership Council.

« L’attitude hostile de Livingstone envers la communauté juive dure depuis longtemps et a eu un impact important sur les Juifs, a déclaré le groupe. Cette décision pose des questions sur la volonté du Labour de réparer sa relation historique avec la communauté juive. »

Jonathan Arkush, président du Conseil des représentants des Juifs de Grande-Bretagne. (Crédit : autorisation)
Jonathan Arkush, président du Conseil des représentants des Juifs de Grande-Bretagne. (Crédit : autorisation)

Ce sentiment a également été exprimé par le Conseil des représentants des Juifs britanniques. « Les relations entre le Labour et la communauté juive ont atteint un nouveau point bas historique », a déclaré son président, Jonathan Arkush.

Paul Charney, qui préside la Fédération sioniste, a déclaré que la réprimande de Livingstone « ne sert qu’à entraîner une rupture plus large et plus profonde entre la communauté juive et le Labour. »

« Les propos tenus par M. Livingstone concernant Hitler et le sionisme ne s’approchent en aucun cas de la vérité et sont une honte aux valeurs que lui-même et son parti prétendent représenter », a déclaré Charney dans un communiqué.

Charney a ajouté que, « alors que le Labour avait l’opportunité d’affirmer que les injures antisémites proférées par Livingstone n’avaient pas leur place dans notre société, il a préféré montrer que lorsqu’il s’agit des Juifs, les normes libérales sont réellement délaissées. »

La commission du Labour qui a décidé du sort de Livingstone l’a techniquement condamné à une suspension de deux ans, dont un an a déjà été effectué, selon le Guardian.

Il était accusé d’avoir « eu une conduite qui, de l’avis du Comité national exécutif, était préjudiciable et/ou extrêmement nuisible au Labour. »

La semaine dernière, Livingstone avait à nouveau choqué en affirmant que les sionistes allemands avaient reçu de l’aide des SS et étaient de proches collaborateurs du régime nazi.

Jeremy Newmark, président du Mouvement juif travailliste. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Jeremy Newmark, président du Mouvement juif travailliste. (Crédit : capture d’écran YouTube)

L’affaire Livingstone a été jugée par trois membres sur les onze qui composent la commission constitutionnelle. Deux avocats, l’un choisi par l’ancien maire de Londres et l’autre par le Labour, l’ont interrogé, et plusieurs témoins ont été entendus : Jeremy Newmark, président du Mouvement juif travailliste, le seul courant juif associé au Labour, et cinq membres de l’association Jews for Justice for the Palestinians (les Juifs pour la justice pour les Palestiniens ; JfJfP), décrits par Livingstone comme des « membres juifs importants du Labour ».

La communauté juive générale a déclaré que JfJfP ne représentait pas la communauté juive britannique. L’avocat Michael Mansfield, qui représente Livingstone, a cependant tenté de persuader la commission que les opinions des « Juifs de Livingstone », dont fait notamment partie Walter Wolfgang, survivant de l’Holocauste de 93 ans né à Berlin, représentaient tout autant la communauté que le Conseil des représentants ou le Mouvement juif travailliste.

Livingstone, qui s’attendait à être expulsé du parti et avait prévu de combattre cette exclusion devant les tribunaux, a semblé ravi du verdict, affirmant qu’il était « plutôt juste », a annoncé le Guardian.

« Ai-je dit quelque chose qui n’était pas vrai ? Tous les militants juifs qui ont parlé pour ma défense hier ont en fait confirmé que ce que je disais était vrai. »

Même si la suspension est perçue comme un coup porté à un homme qui est membre du Labour depuis un demi-siècle, le Mouvement juif travailliste a été consterné par le verdict, déclarant qu’il représentait « une trahison des valeurs de notre parti », et offrait « une porte tournante aux offenseurs récidivistes. »

« Il ne peut tout simplement pas être acceptable d’avoir une politique de la porte tournante, que l’on puisse réviser l’histoire de l’Holocauste, sortir du parti pour un an, puis revenir », a déclaré Newmark, qui préside le Mouvement juif travailliste. Il a appelé le président du Labour, Jeremy Corbyn, à adopter rapidement une position sévère de « tolérance zéro » contre l’antisémitisme.

Tom Watson, directeur adjoint du Labour, a condamné cette décision « incompréhensible » et affirme que l’effroi ressenti par la communauté juive au sujet de cette mesure disciplinaire est justifié.

« Je trouve cela incompréhensible que nos membre, élus laïcs, au conseil disciplinaire aient statué que Ken Livingstone était coupable de chefs d’accusations très sérieux, pour ensuite conclure qu’il pouvait rester au sein du parti du Labour », a-t-il déclaré dans un communiqué.

« C’est une honte pour nous, et j’en suis profondément attristé, a déclaré Watson. J’ai honte que nous ayons laissé M. Livingstone faire autant de mal. »

Watson a ajouté que l’attitude de Livingstone restait « impénitente » et qu’il « continue à discréditer le parti »

« Il n’est pas difficile de conclure que son recours à un discours inflammatoire pour balayer le légitime effroi de la communauté juive incitera à davantage de déformations sur l’Holocauste dans le discours public. »

Le maire de Londres Sadiq Khan, avec le grand rabbin de l'union des congrégations du Commonwealth, Ephraim Mirvis, avant la commémoration de Yom HaShoah, à Barnet, dans le nord de Londres, le 8 mai 2016. (Crédit : Leon Neal/AFP)
Le maire de Londres Sadiq Khan, avec le grand rabbin de l’union des congrégations du Commonwealth, Ephraim Mirvis, avant la commémoration de Yom HaShoah, à Barnet, dans le nord de Londres, le 8 mai 2016. (Crédit : Leon Neal/AFP)

Sadiq Khan, l’actuel maire de Londres, s’est associé à la communauté juive et à son parti pour condamner la décision de suspendre Livingstone pour une durée d’un an, suite aux propos antisémites qu’il a tenu.

« La décision du conseil disciplinaire du Labour de suspendre Ken Livingstone du parti mais de le laisser en faire partie, ne reflète pas la sévérité du verdict, et c’est profondément décevant », a-t-il déclaré dans un communiqué.

« Au parti travailliste, il est de notre devoir d’être un exemple et de prouver que nous n’avons aucune tolérance face à l’antisémitisme, où qu’il sévisse, a déclaré Khan. Tristement, cela donne l’impression que nous ne remplissons pas ce devoir. »

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