Le magnat franco-israélien Beny Steinmetz jugé à Genève pour corruption
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Le magnat franco-israélien Beny Steinmetz jugé à Genève pour corruption

Le parquet a retenu les infractions de corruption d'agents publics étrangers et de faux dans les titres dans le contexte de l'attribution de licences minières en Guinée

Beny Steinmetz, le 17 mai 2007. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)
Beny Steinmetz, le 17 mai 2007. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Après une longue enquête internationale, la Suisse jugera dès lundi le diamantaire et milliardaire franco-israélien Beny Steinmetz pour une affaire de corruption sur des licences minières en Guinée pendant la présidence de Lansana Conté.

Au cours de ce procès, le tribunal correctionnel de Genève se penchera sur des pots-de-vin présumés d’environ 10 millions de dollars (8,2 millions d’euros) qui auraient été versés via notamment des comptes suisses à de hauts responsables guinéens, afin d’octroyer au groupe de Beny Steinmetz (BSGR) des droits miniers dans le sud-est de ce pays d’Afrique de l’ouest, pauvre malgré d’abondantes ressources naturelles.

Venu d’Israël, Beny Steinmetz, 64 ans, sera présent au procès qui doit durer deux semaines, lors duquel « nous plaiderons (son) innocence », a assuré son avocat Marc Bonnant, à l’AFP.

Au terme de l’instruction qui a duré six ans, le parquet genevois a retenu, en août 2019, les infractions de « corruption d’agents publics étrangers et de faux dans les titres dans le contexte de l’attribution de licences minières en République de Guinée », à l’encontre de Beny Steinmetz et de deux autres prévenus, dont le Français Frédéric Cilins, condamné à de la prison ferme aux Etats-Unis en 2014 dans ce dossier.

« C’est un procès très attendu en Suisse, mais aussi dans d’autres pays comme la Guinée, Israël, la Grande-Bretagne ou encore les Etats-Unis car cette affaire mobilise policiers, détectives privés et avocats depuis 7 ans », a relevé la porte-parole de l’ONG suisse Public Eye, Géraldine Viret, qui en 2013 avait publié un organigramme très complexe du groupe de Beny Steinmetz.

L’homme d’affaires franco-israélien Beny Steinmetz (centre) et Ehud Barak (gauche) et Stanley Fischer (droite) (Crédit : Moshe Shai/Flash 90)

Mamadie Touré 

En outre, a souligné Mme Viret, « il est très rare en Suisse que de grandes affaires de corruption internationale arrivent jusqu’au procès. Très souvent, les sociétés qui sont poursuivies concluent un accord avec l’Etat ».

Selon le parquet genevois, qui pourrait requérir des peines allant de deux à dix ans d’emprisonnement, un « pacte de corruption » aurait été passé entre Beny Steinmetz, et ses représentants en Guinée, et l’ancien président guinéen Lansana Conté (décédé en 2008) ainsi que sa quatrième épouse, Mamadie Touré.

Mamadie Touré doit d’ailleurs être entendue durant le procès comme témoin le 13 janvier.

« C’est le personnage clé dans cette affaire mais il est peu probable que Mamadie Touré assiste en personne au procès. Elle vit aujourd’hui aux Etats-Unis, où elle bénéficie d’un statut de témoin protégé », selon Mme Viret.

La défense clame de son côté que Beny Steinmetz « n’a jamais versé un centime à Mme Mamadie Touré », et assure que cette dernière n’était qu’une maîtresse du président Conté, n’exerçant aucune influence.

Vue aérienne de Conakry, capitale de la République de Guinée. (Crédit : CC BY-SA/Wikipedia)

« Casse du siècle »

Cette affaire remonte à la fin des années 2000, lorsque le gouvernement guinéen de Lansana Conté avait déchu, peu avant sa mort, le groupe anglo-australien Rio Tinto de l’exploitation d’un gisement de fer à Simandou au profit du groupe du magnat franco-israélien.

En 2013, Beny Steinmetz avait affirmé dans une interview à un journal français avoir investi 170 millions de dollars dans cette mine, avant d’en revendre 51% en 2010 au groupe brésilien de matières premières Vale pour 2,5 milliards de dollars, soit presque 30 fois plus cher. Une transaction qualifiée par certains médias de « casse du siècle ».

A la suite de son élection en 2010, le nouveau président Alpha Condé avait lancé une remise à plat de tous les permis d’exploitation minière accordés par son prédécesseur Lansana Conté (1984-2008), annulant notamment les droits de BSGR en 2014.

Après des années de bataille, Beny Steinmetz et la nouvelle présidence guinéenne étaient parvenus début 2019 à un accord convenant que le milliardaire renonce aux droits sur Simandou en échange d’un abandon des poursuites pour corruption.

Cet arrangement n’a toutefois pas mis fin aux poursuites engagées par le parquet genevois.

Beny Steinmetz a fait fortune dans l’industrie du diamant à Anvers en Belgique de 1970 à 1997, avant de revenir en Israël et fonder le groupe BSGR investissant dans les ressources naturelles et l’immobilier.

Confronté à des problèmes juridiques dans plusieurs pays, il a été condamné en Roumanie, en décembre dernier, par contumace, à cinq ans de prison dans un dossier de restitution illégale de biens remontant aux années 2006-2008.

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