Le maire de Tel Aviv affirme que la police est utilisée à des fins politiques
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Le maire de Tel Aviv affirme que la police est utilisée à des fins politiques

La réponse aux mobilisations anti-Netanyahu ne consistait pas à faire respecter le confinement, mais à "briser les protestations", accuse Ron Huldai ; le chef de la police réfute

Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place Habima de Tel Aviv, le 3 octobre 2020. (Miriam Alster/Flash90)
Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place Habima de Tel Aviv, le 3 octobre 2020. (Miriam Alster/Flash90)

Dimanche, au lendemain des affrontements lors des manifestations antigouvernementales à Tel Aviv et dans tout le pays qui ont déclenché des accusations de violence policière, le maire de Tel Aviv a affirmé que la police agissait sur ordre des dirigeants politiques.

Les forces de police sont déployées par le gouvernement « non pas pour appliquer les règles sanitaires, mais pour briser les manifestations », a dénoncé le maire de Tel Aviv, Ron Huldai.

« Ils transforment la police en un outil politique dans un débat politique », a-t-il accusé.

Des dizaines de personnes ont été arrêtées samedi alors qu’elles participaient à des rassemblements dans tout Israël suite à l’adoption la semaine dernière d’une loi très controversée qui interdisait les manifestations de masse dans le cadre des restrictions sanitaires.

Les manifestants, qui demandent au Premier ministre Benjamin Netanyahu de démissionner en raison des accusations de corruption portées contre lui, ont affirmé que la police avait fait un usage excessif de la force. Des images montraient des manifestants être bousculés ou frappés.

Le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, assiste à la conférence internationale annuelle sur l’innovation municipale à Tel Aviv, le 19 février 2020. (Miriam Alster/Flash90)

Samedi, Ron Huldai lui-même a participé à une manifestation sur la place Habima, dans le centre de Tel Aviv.

« Essayer d’empêcher les manifestations est une question politique qui met la police dans une situation impossible », a soutenu l’édile dans une interview diffusée dimanche sur la Douzième chaîne.

« Soudain, ils doivent faire appliquer les règles liées au coronavirus lors d’une manifestation et se tenir avec des chevaux face à des manifestants qui, pour la plupart, gardaient une distance appropriée les uns par rapport aux autres. Tant que la police se retenait, les manifestants se retenaient. Mais soudain, quelqu’un a perdu son sang-froid », a-t-il décrit.

« J’ai accompagné la police tout au long de cette période. Je sais le travail difficile que font les policiers, les ordres difficiles qu’ils exécutent », a-t-il dit.

« Tout était calme jusqu’à ce que quelqu’un donne l’ordre – je l’ai vu se produire – d’envoyer les policiers sous couverture et en uniforme pour faire sortir les manifestants. Je me tenais à côté d’une jeune femme qui a soudainement été agressée avec une violence inexplicable. Ensuite, ils m’ont expliqué qu’ils appliquaient la législation sanitaire. Cela n’a pas été fait pour faire appliquer la législation sur le coronavirus, mais pour briser les protestations. »

Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place HaBima de Tel Aviv, le 3 octobre 2020. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Il a accusé le gouvernement de « mettre la police dans une situation qu’elle ne peut pas gérer ».

De hauts fonctionnaires de police non nommés ont accusé le ministre de la Sécurité publique Amir Ohana, un allié de Netanyahu, d’avoir fait pression sur les forces de l’ordre pour qu’elles soient plus agressives envers les manifestants.

« Il essaie d’intervenir dans le travail de la police sur le terrain tous les jours, même si ce n’est pas son travail », a accusé un fonctionnaire, selon la Treizième chaîne, qui ne l’a pas nommé.

« Ces dernières semaines, le ministre Ohana a essayé d’apprendre aux hauts gradés de la police à avoir une tolérance zéro envers les manifestants. »

Ces commentaires ont été faits après qu’Amir Ohana a fait part sur Twitter de son soutien aux policiers.

Le ministre de la Sécurité intérieure Amir Ohana au cours d’un entretien avec la Douzième chaîne, le 12 septembre 2020. (Capture d’écran : Douzième chaîne)

« Vous vous tenez comme un roc aux côtés du public respectueux des lois et de ceux qui cherchent la vie », a-t-il écrit, une référence apparente à la crainte que les rassemblements ne représentent un danger pour la santé en raison de la pandémie.

« Accomplissez votre mission au maximum, pour assurer la sûreté, la sécurité et maintenant la santé de la population israélienne », a écrit le ministre. « Des voix négatives, poussées par des arrière-pensées, tentent d’affaiblir l’application de la loi et de l’ordre. Soyez forts, vous sauvez des vies. »

Dimanche, le commissaire intérimaire de la police israélienne, Motti Cohen, a nié les pressions politiques et a défendu les actions des forces de l’ordre lors des manifestations de la veille, en déclarant que la police continuerait à faire respecter la loi.

« Nous continuerons à appliquer la loi et les règlements de manière impartiale et à maintenir la paix, la sécurité et la santé publiques », a souligné M. Cohen lors d’une évaluation de la situation policière.

Il a indiqué qu’il soutenait les commandants et les agents, confrontés à « un défi compliqué et un travail constant face à un manque de reconnaissance permanent » de la part de la population.

Le chef temporaire de la police Motti Cohen (à gauche) lors d’une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu près de la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem, le 1er août 2020. (Yonatan Sindel / Flash90)

« Le rôle de la police dans un pays démocratique est de mettre en pratique et de faire respecter les dispositions de la loi et de la Knesset, même lorsqu’elles ne bénéficient pas du soutien total de l’ensemble de la population et même lorsque ceux qui les violent les trouvent de mauvais goût », a-t-il tenu à rappeler.

« Malheureusement, il y a ceux qui enfreignent la loi et n’obéissent pas aux instructions de la police. Nous ne fermerons pas les yeux sur les violations flagrantes de la loi, que ce soit dans le cadre de manifestations ou ailleurs », a-t-il averti.

Les manifestants ont fustigé les propos de Motti Cohen.

Le mouvement des Drapeaux noirs, qui est l’un des principaux organisateurs du mouvement de protestation contre Netanyahu, a exhorté la police à résister aux instructions qu’elle aurait reçues du Premier ministre et du ministre de la Sécurité publique.

« Il est triste de voir le commissaire Cohen se soumettre complètement à la sphère politique », a déploré le mouvement dans un communiqué. « La prise de contrôle hostile de l’accusé (Netanyahu) et le ‘ministre de la haine’ Ohana devraient se heurter à un obstacle appelé la police israélienne. »

Les manifestants anti-gouvernement affrontent la police à Tel Aviv, le 3 octobre 2020. (Crédit : Gili Yaari /Flash90)

Le mouvement du « Ministère du crime », un autre groupe de protestation, a déclaré que les remarques du commissaire « démontraient un détachement et une fuite des responsabilités concernant les dérapages de la police et les violences graves contre les manifestants ».

Le mouvement a accusé que « sous Amir Ohana, et sans chef permanent, la police est devenue une police politique au service d’un prévenu. Il en résulte une perte de conscience, des violences graves et des abus. Si le haut commandement ne se réveille pas et n’arrête pas cette folie, nous allons emprunter une pente glissante qui verra la population se méfier entièrement de la police ».

La députée Miki Haimovich (Kakhol lavan) a annoncé dimanche qu’elle convoquerait la semaine prochaine la commission des Affaires intérieures et de l’Environnement de la Knesset pour des délibérations portant sur le comportement de la police pendant les manifestations.

« Ces derniers jours, j’ai reçu de nombreuses demandes de citoyens qui sont sortis pour protester à moins d’un kilomètre de leur domicile tout en respectant les règles exigeant le port du masque et la distanciation, et qui ont néanmoins été dispersés par la police », a fait savoir Miki Haimovich, selon le site d’information Ynet.

Elle a indiqué qu’elle convoquerait la réunion « dans ce contexte et dans celui d’autres incidents survenus lors de la manifestation de jeudi dernier à Tel Aviv », faisant apparemment référence à un cas présumé d’attaque à la voiture-bélier.

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