Rechercher

Le marché israélien des protéines alternatives a augmenté de 450 % en 2021

Selon une étude du Good Food Institute Israel, les startups israéliennes du secteur auraient levé plus de 600 millions de dollars, le plus gros montant après les États-Unis

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Un hamburger de boeuf cultivé produit par la société israélienne Future Meat, servi avec des frites et une bière. (Crédit : Future Meat)
Un hamburger de boeuf cultivé produit par la société israélienne Future Meat, servi avec des frites et une bière. (Crédit : Future Meat)

Selon un rapport publié cette semaine par le Good Food Institute Israel (GFI), le secteur des protéines alternatives – une partie de la très dynamique industrie des technologies alimentaires –, aurait augmenté d’environ 450 % en 2021 en Israël par rapport à l’année précédente.

Les startups israéliennes du secteur auraient par ailleurs levé quelque 623 millions de dollars.

Le Good Food Institute Israel est une organisation à but non lucratif dont le but est de promouvoir la recherche et l’innovation dans les technologies alimentaires.

L’écosystème des industries des technologies alimentaires est riche et comprend la nutrition, l’emballage, la sécurité alimentaire, les systèmes de transformation et les nouveaux ingrédients, en plus des protéines alternatives.

Les protéines alternatives rassemblent les substituts à base de plantes pour la viande, les produits laitiers et les œufs, les produits laitiers, viande et produits de la mer cultivés, les protéines d’insectes et enfin les produits et procédés de fermentation.

L’institut a estimé que les 623 millions de dollars levés en 2021 avaient représenté environ 12 % des levées de fonds du secteur dans le monde l’année dernière (5 milliards de dollars au total), au « deuxième [rang] après les États-Unis en ce qui concerne à la fois le montant des capitaux et le nombre d’entreprises actives dans l’écosystème ».

En outre, toujours en 2021, 70 % des investissements dans les entreprises israéliennes de technologie alimentaire sont allés à des startups de protéines alternatives, a déclaré GFI Israël.

Une partie de ce financement, environ 13 % selon l’étude, provenait de programmes gouvernementaux.

L’Autorité israélienne de l’innovation, une agence gouvernementale, a récemment affecté 220 millions de shekels à quatre nouveaux consortiums pour diriger le développement et l’accélération dans de nouveaux domaines, parmi lesquels la viande cultivée.

Dans le seul sous-secteur de la viande cultivée, les entreprises israéliennes ont attiré un peu plus de 500 millions de dollars d’investissements, ce qui représente environ 36 % des investissements totaux (environ 900 millions de dollars) dans le monde en 2021, toujours au deuxième rang après les États-Unis avec environ 700 millions de dollars de fonds pour les startups du secteur.

Bifteck végétal de Future Meat créé à l’aide de la technologie d’impression 3D industrielle. (Autorisation)

Selon le rapport, 11 nouvelles entreprises de protéines alternatives ont été fondées en Israël au cours de l’année dernière – six entreprises de viande et de produits de la mer cultivés, quatre sociétés de protéines végétales et une entreprise de fermentation.

Le rapport indique que la croissance significative du secteur des protéines alternatives israéliennes serait liée à des investissement massifs dans des entreprises proches de la commercialisation, diversifiant leur offre et ciblant les marchés mondiaux.

En décembre dernier, Future Meat, une société israélienne de biotechnologie qui fabrique des produits à base de poulet, d’agneau ou de bœuf issus de cellules animales, a bénéficié de la plus importante levée de fonds pour une société de protéines alternatives, en 2021, à hauteur de 347 millions de dollars.

La société a déclaré destiner ces fonds à la construction d’une unité de production aux États-Unis, afin de prendre pied sur le marché américain plus tard dans le courant de l’année 2022, une fois les autorisations administratives obtenues.

L’été dernier, Future Meat avait ouvert ce qu’elle a appelé la première usine de production de viande cultivée industrielle au monde à Rehovot – son siège social –, d’une capacité de production quotidienne de l’ordre d’environ 500 kilogrammes.

Annoncée début 2022, la deuxième plus importante levée de fonds réalisée par une start-up israélienne de technologie alimentaire a bénéficié à Remilk, producteur de lait et produits laitiers sans animaux, pour un montant de 120 millions de dollars. Il s’agit, à ce jour, de l’investissement le plus important dans une entreprise laitière sans vache.

Remilk dispose d’unités de production en Europe et aux États-Unis, où il travaille déjà avec des entreprises alimentaires de premier plan, et collabore avec les administrations et les autorités rabbiniques pour faire approuver et certifier son produit, a déclaré le cofondateur Aviv Wolff, en novembre, à l’occasion d’une visite des installations de la société, à Rehovot.

La start-up israélienne Remilk utilise un processus de fermentation à base de levure pour produire des protéines de lait sans animaux qui, selon la société, sont semblables en goût et sur le plan protéique, mais sans lactose, cholestérol ou hormones de croissance. (Crédit : Remilk)

L’investissement de 105 millions de dollars dans Aleph Farms, un fabricant de steaks cultivés à partir de cellules de bétail modifiées, a été le troisième investissement en importance dans le secteur israélien de la technologie alimentaire, en 2021. Il comptait le soutien de l’acteur et militant écologiste Leonardo DiCaprio.

La société israélienne Redefine Meat, fabricant de produits carnés imprimés en 3D et issus de plantes, a également pris de l’ampleur en 2021, annonçant des partenariats dans des restaurants haut de gamme au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Pays-Bas, parmi lesquels des restaurants étoilés Michelin.

Sa gamme de produits, appelée New Meat, comprend des pièces entières de viande obtenues sans animaux, des hamburgers, saucisses, brochettes d’agneau et bœuf haché.

En Israël, les plats contenant les produits Redefine Meat sont vendus dans quelque 200 restaurants et établissements, dont le Coffee Bar et l’Hôtel Montefiore, à Tel Aviv.

En 2022, Redefine Meat a pour l’instant investi 135 millions de dollars pour financer des unités de production en Israël et aux Pays-Bas, et étendre ses partenariats avec des restaurants.

Nir Goldstein, directeur général de GFI Israël, a déclaré que le nouveau rapport « dévoilait comment Israël est devenu un leader mondial dans la recherche sur les protéines alternatives, l’innovation et l’investissement public ».

Future Meat a lancé une nouvelle usine de production à Rehovot, en Israël, en juin 2021. (Crédit : Future Meat)

« Les prochaines années détermineront la position à long terme de l’écosystème israélien dans le système alimentaire mondial. Parviendra-t-il à maintenir son leadership ? En tirera-t-il parti pour s’imposer comme un leader industriel, promoteur de la sécurité alimentaire israélienne ? », a-t-il poursuivi.

Au cours des derniers mois, GFI Israël a rédigé un autre rapport avec la société de conseil EY. Cette étude affirme qu’Israël aura besoin d’une stratégie pour soutenir la croissance de son industrie de la technologie alimentaire, afin de conserver un rôle clé dans le secteur dans les prochaines années.

Toujours selon cette dernière étude, une industrie alimentaire forte est de nature à garantir la sécurité alimentaire du pays et devenir un atout stratégique pour Israël.

« Israël est en tête de la technologie alimentaire au plan mondial», a déclaré Goldstein au Times of Israel, en janvier.

Mais des pays comme le Canada, l’Inde, le Royaume-Uni, les États-Unis, le Danemark et Singapour – le premier pays au monde à autoriser la vente de viande de poulet cultivée aux consommateurs, en décembre 2020 – déploient déjà des plans de financement massifs pour leurs industries des technologies alimentaires.

Si Israël veut garder une longueur d’avance, « il ne pourra pas faire l’économie d’une stratégie nationale », a-t-il conclu.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...