Le ministre extraderait le hacker russe aux USA malgré l’Israélienne détenue
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Le ministre extraderait le hacker russe aux USA malgré l’Israélienne détenue

Des responsables ont dit à la télévision qu'ils entreprenaient des actions "discrètes" pour faire libérer Naama Issachar, détenue en Russie, qui se sent "kidnappée", selon sa mère

Naama Issachar, condamnée à sept ans et demi de prison en Russie pour trafic de drogue présumé, sur une photo non-datée (Autorisation)
Naama Issachar, condamnée à sept ans et demi de prison en Russie pour trafic de drogue présumé, sur une photo non-datée (Autorisation)

Le ministre de la Justice Amir Ohana devrait donner son feu vert à l’extradition d’un hacker russe vers les Etats-Unis malgré le rôle central que ce dernier pourrait jouer dans la libération d’une jeune Israélienne qui a été emprisonnée en Russie, selon des informations transmises lundi.

Le site d’information Ynet a fait savoir qu’Ohana et le Premier ministre Benjamin Netanyahu avaient réexaminé le cas d’Aleksey Burkov ces derniers jours en raison de la volonté apparente des Russes de faire rapatrier ce dernier et de la certitude des responsables, à Jérusalem, qu’accepter la requête de Moscou serait déterminant pour obtenir la remise en liberté de Naama Issachar, âgée de 26 ans.

Les Etats-Unis et la Russie ont réclamé l’extradition de Burkov. Parmi les considérations prises en compte concernant la remise de Burkov aux autorités américaines, le fait que la demande des Etats-Unis a été soumise bien avant celle des Russes et qu’elle est bien plus solide – l’appel de Moscou étant dépourvu d’un grand nombre de détails que les officiels du système judiciaire s’attendent à trouver dans une telle requête, a fait savoir Ynet.

Burkov est réclamé par les Etats-Unis pour détournement de fonds dans le cadre d’une escroquerie à la carte bancaire.

Un autre facteur pris en compte est la coopération judiciaire étroite établie entre Washington et Jérusalem dans un grand nombre de domaines – avec notamment le fort soutien américain apporté à l’Etat juif dans les forums internationaux et contre les tentatives de lancer des poursuites contre les responsables israéliens devant la Cour pénale internationale.

Le ministre de la Justice Amir Ohana lors d’une conférence à Jérusalem, le 27 juin 2019. (Crédit : Aharon Krohn/Flash90)

La Douzième chaîne a également fait savoir que l’extradition aurait probablement lieu. Un responsable qui a conservé l’anonymat a déclaré à la chaîne que la remise de Burkov aux Américains était assurée « à 99 % ».

Il a toutefois noté que les Israéliens pensaient qu’il « y a des actions à entreprendre auprès des Russes pour aider à la libération d’Issachar, mais les choses se feront discrètement et via les canaux appropriés ».

Il a ajouté avoir eu des « contacts discrets » avec les autorités russes sur le sujet et que ces derniers s’étaient intensifiés depuis la condamnation de la jeune femme.

Naama Issachar, 26 ans, avait été appréhendée à Moscou au mois d’avril alors qu’elle revenait d’un voyage en Inde. Une petite quantité de marijuana, une dizaine de grammes, avait été détectée par les chiens de la police dans sa valise alors que son bagage était transféré par les personnels de l’aéroport vers le nouvel avion qu’elle devait prendre à destination de Tel Aviv.

Jérusalem a clamé que la condamnation dont elle a écopé est disproportionnée et les autorités estiment que le procès d’Issachar a visé à contraindre Israël à accepter un échange de prisonniers : Burkov contre la jeune femme.

Aleksey Burkov durant une audience du tribunal en Israël (Capture d’écran : Treizième chaîne)

Ses conditions de détention ont été considérablement durcies après l’approbation de l’extradition de Burkov, au mois d’août, et sa condamnation paraît bien plus sévère que dans d’autres cas individuels en Russie, où des personnes en possession de stupéfiants n’ont écopé que d’amendes de plusieurs centaines de dollars.

Burkov, spécialiste des technologies de l’information arrêté en Israël en 2015 à la demande d’Interpol, est recherché aux Etats-Unis pour détournement de fonds dans le cadre d’une escroquerie massive au cours de laquelle il aurait volé des millions de dollars aux consommateurs américains.

L’intérêt porté par Moscou au sort de Burkov a mené les responsables israéliens à penser qu’il pourrait y avoir un lien entre le jeune homme et les réseaux d’espionnage russes, selon des informations parues dans les médias israéliens. Le hacker a, pour sa part, nié toute connexion avec les services de renseignement ou le gouvernement de Russie.

Un haut-responsable israélien impliqué dans les pourparlers avec les Russes dans le dossier Burkov a déclaré lundi à Haaretz que ce dernier était considéré comme « un atout de la plus haute importance » par Moscou.

Lundi, un porte-parole du Kremlin a fait savoir que le président russe Vladimir Poutine prendrait en considération les demandes israéliennes de grâce en faveur d’Issachar une fois que ces requêtes seraient soumises par le biais des canaux appropriés.

Lundi également, la mère d’Issachar, Yaffa, a été autorisée à rendre visite à sa fille pour la première fois depuis sa condamnation, vendredi. Une journée qui, selon elle, était également l’anniversaire hébraïque de la jeune femme.

« Il y a eu des pleurs, beaucoup de pleurs », a-t-elle raconté plus tard. « Elle a dit qu’elle était fatiguée, épuisée. Elle tente de rester forte. Elle m’a dit : ‘Maman, dis-moi qu’ils vont me faire sortir, que je ne vais pas rester ici…’ C’était important pour elle de crier sa frustration, de dire qu’elle a le sentiment d’avoir été kidnappée. »

« Je lui ai dit d’être forte, qu’on pense à elle, qu’on la soutient en Israël », a-t-elle continué.

« Je lui ai dit : ‘Le Premier ministre m’a dit de te donner de la force et le ministre Ohana me l’a dit aussi, et je sais que le ministre travaille sur ton dossier’. En vérité, je ne sais pas si elle me croit. »

Yaffa Issachar montre aux journalistes un permis pour rendre visite à sa fille Naama en prison, le 14 octobre 2019. (Capture d’écran : Treizième chaîne)

Elle a ajouté que Naama appréciait les soutiens et l’attention des médias au sein de l’Etat juif mais qu’elle avait noté être « encore ici ».

Yaffa a déclaré que sa fille avait le sentiment d’être dans un tourbillon mais qu’elle « a décidé de transformer ces moments en quelque chose de positif, d’apporter des choses positives dans ce tourbillon, d’avoir des idées positives ».

Elle a ajouté que Naama avait demandé des livres sur le yoga et la spiritualité, ce qui l’aiderait dans les circonstances actuelles.

La famille fait appel de sa condamnation. Son avocat a déposé officiellement une requête lundi et présentera ses arguments dans la semaine. Mais les responsables israéliens ont indiqué qu’ils pensaient que cette démarche était très incertaine, l’emprisonnement d’Issachar semblant être une affaire politique.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a indiqué « tout faire » pour obtenir la libération d’Issachar et a émis lundi un communiqué réaffirmant sa détermination.

Dimanche, c’est Rivlin qui a interpelé Poutine sur la condamnation de la jeune femme dans un courrier, écrivant que « Naama a fait une grosse erreur et elle a reconnu son crime mais dans le cas d’une jeune femme sans aucun antécédent criminel, la condamnation sévère dont elle a écopé aura un impact profondément destructeur sur son existence ».

Le président russe Vladimir Poutine participe à une rencontre des chefs de la Communauté des Etats indépendants CEI à Ashgabat, Turkémistan, le 11 octobre 2019.
(Alexey DRUZHININ / SPUTNIK / AFP)

Ce même jour, Israël a paru renforcer les pressions sur la Russie, une source diplomatique disant que tant que Moscou tenterait de mettre en place un échange de prisonniers, « les Israéliens devront réfléchir à deux fois avant de se rendre en Russie ».

Issachar ne nie pas avoir possédé 10 grammes environ de marijuana dans son bagage, mais elle clame n’avoir jamais eu l’intention de franchir les contrôles douaniers russes et n’être pas, par conséquent, une trafiquante. Elle n’aurait pas eu accès aux substances illicites avant son retour sur le territoire israélien.

Les procureurs russes ont affirmé que, parce que le sac d’Issachar avait pénétré dans l’espace aérien russe, avec le stupéfiant à l’intérieur, la présence de la drogue pouvait s’apparenter à du trafic même si la jeune femme n’avait jamais eu l’intention d’entrer en Russie.

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