Le « numéro pourri » de l’imposteur juif qui voulait dénoncer l’émission « Britain’s Got Talent »
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« Les juifs ne sont pas connus pour leur rap »

Le « numéro pourri » de l’imposteur juif qui voulait dénoncer l’émission « Britain’s Got Talent »

Lors de sa plus longue imposture, Simon Brodkin est revenu à ses racines pour prouver que l'émission populaire n'est pas à la hauteur de son titre

Simon Brodkin, déguisé en rabbin orthodoxe pour une audition de 'Britain’s Got Talent.' (Crédit : YouTube/via JTA)
Simon Brodkin, déguisé en rabbin orthodoxe pour une audition de 'Britain’s Got Talent.' (Crédit : YouTube/via JTA)

JTA – Simon Brodkin, l’un des imposteurs les plus connus du Royaume-Uni, est expert dans l’art de l’infiltration.

Sans subterfuge, il n’aurait jamais pu se retrouver si près du roi du ballon Sepp Blatter pour lui jeter des faux billets au visage, comme il l’a fait durant une conférence de presse en 2015 pour protester contre les accusations de corruption dont il faisait l’objet.

Brodkin, Juif londonien dont le nom de scène est Lee Nelson, n’aurait pas pu perturber un concert de Kanye West à Glastonbury en montant sur scène à ses côtés.

Et il n’aurait certainement pas pu ramper sous une Volkswagen durant une présentation automobile l’an dernier à Genève, en uniforme de la société, pour installer, comme il l’a expliqué dans un allemand à l’accent anglais très prononcé, une « boîte de triche », en référence au scandale qui accuse la société d’utiliser des logiciels trafiqués pour truquer la lecture des émissions de certaines de ces voitures.

Mais Brodkin avait besoin de passer au niveau supérieur dans ses impostures pour sa dernière folie en date : se filmer en secret dans l’émission Britain’s Got Talent, en se faisant passer pour un rabbin orphelin et patriote qui aime le rap mais qui n’est pas très doué. Son but ? Il l’explique très clairement, prouver une bonne fois pour toutes que c’est une émission truquée, superficielle et qu’il ne s’agit pas d’avoir du talent pour réussir.

Avant de revenir à ses racines juives pour son numéro, Brodkin a travaillé sur une formule qui l’a aidée à passer les auditions même s’il ne manifeste aucun intérêt pour le rap, et qu’il ne semble pas très doué. Tout ce dont il avait besoin, explique Brodkin, c’était une histoire triste, un numéro inattendu et un message patriotique.

Le comédien Simon Brodkin se prépare à attaquer le président de la FIFA Joseph S. Blatter (droite) avec des faux billets durant une conférence de presse aux quartiers-généraux de la FIFA, à Zurich le 20 juillet 2015, à Zurich, en Suisse. (Crédit : JTA/Philipp Schmidli/Getty Images)
Le comédien Simon Brodkin se prépare à attaquer le président de la FIFA Joseph S. Blatter (droite) avec des faux billets durant une conférence de presse aux quartiers généraux de la FIFA, à Zurich le 20 juillet 2015, à Zurich, en Suisse. (Crédit : JTA/Philipp Schmidli/Getty Images)

Ces éléments feront que « quelle que soit la bêtise que vous présentez, les juges diront que c’est le spectacle le plus incroyable qu’ils aient jamais vu », dit-il dans le documentaire de l’imposteur, diffusé à la télévision au début du mois.

« Avec cette médiatisation, les millions de téléspectateurs vont peut-être enfin remarquer à quel point les numéros manquent de talent », a-t-il ajouté.

En janvier 2016, affublé d’une fausse barbe et de papillotes, il s’est présenté sous le nom de Steven Goldblatt. Pour ce film il s’est muni d’une caméra cachée lors des entretiens et des auditions, et a utilisé toute une série de clichés patriotiques boiteux.

« Avec cette médiatisation, les millions de téléspectateurs vont peut-être enfin remarquer à quel point les numéros manquent de talent »

Brodkin pensait tout révéler suite à un « numéro pourri » comme il l’appelle lors de l’émission Britain’s Got Talent, diffusé en direct et donc impossible à couper au montage.

Mais après avoir reçu les éloges des quatre membres du jury à la dernière audition à Londres, un assistant de production l’a reconnu et son numéro n’a pas été diffusé.

Durant cette imposture, qui a duré une semaine, Brodkin a dû puiser dans son identité de Juif orthodoxe, mais il a aussi consacré plus de temps au projet qu’il ne l’avait prévu, dit-il.

« C’était une arnaque sur la durée, ce que je n’avais jamais fait auparavant. D’habitude, j’entre et je sors. Ici, je voulais voir si je pouvais entrer, sous couverture, et rester le plus longtemps possible », a-t-il expliqué dans un documentaire diffusé par la Quatrième chaîne.

En choisissant d’incarner un membre de la communauté haredi, qui n’est pas connue pour son implication dans la culture pop en Grande-Bretagne, Brodkin a pu se démarquer des autres concurrents, a-t-il expliqué.

« Les Juifs ne sont pas connus pour leurs raps », dit-il.

Brodkin voulait obtenir les éloges de Simon Cowell, un juré très critique (et parfois méchant), connu pour sa participation aux émissions américaines « American Idol », « The X Factor » et « America’s Got Talent ».

Cowell « se présente comme un homme qui ne peut pas être dupé, dit Brodkin. Je veux qu’il me regarde dans les yeux et qu’il me dise à quel point mon numéro catastrophe est terrible. »

Son vœu s’est exaucé après avoir présenté son numéro, drapé dans le drapeau britannique, filmé avec un avertissement indiquant que « la sécurité brisera » toutes les caméras utilisées par les concurrents.

Dans son rap, il a parlé de William Shakespeare et de Winston Churchill, et a avancé des banalités du genre « le ciel britannique est gris, la campagne britannique est verte, et la peau britannique, j’en ai vu de toutes les couleurs ».

Il a continué à jouer la carte de la diversité, en ânonnant : « la tolérance et l’acceptation des musulmans, des sikhs ou des juifs. Je suis si fier, je suis si fier du bleu, blanc, rouge. »

Le jury a gobé cette performance digne d’un enfant de primaire, y compris Cowell.

« C’était super, Steven, ça nous rend fiers d’être Britanniques, a-t-il dit. Je pense que ça pourrait être un hymne national. »

Cowell a ajouté qu’il « n’aurait pas imaginé » que l’alter ego de Brodkin puisse fournir une telle performance, mais quand la chanson a commencé, « tu t’es transformé en 50 Cent ».

Bien qu’il n’ait pas atteint le direct, Brodkin pense qu’il a réussi à faire passer son message.

« J’ai obtenu quatre ‘oui’ du jury, dit-il, et j’ai proposé un numéro vraiment sans talent. »

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