Le parti Hadash-Taal lance sa campagne à Tel Aviv
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Le parti Hadash-Taal lance sa campagne à Tel Aviv

Ahmad Tibi et Ayman Odeh pensent qu'ils vont attirer plus d'électeurs israéliens que la Liste arabe unie en 2015

Des responsables d'Hadash et Taal lors d'un événement de campagne en hébreu à Tel Aviv le 13 mars 2019. (Crédit : Hadash-Ta'al)
Des responsables d'Hadash et Taal lors d'un événement de campagne en hébreu à Tel Aviv le 13 mars 2019. (Crédit : Hadash-Ta'al)

L’alliance Hadash-Taal, composée du parti socialiste arabe-juif et d’un parti exclusivement arabe, a lancé sa campagne en hébreu dans un bar de Tel Aviv mercredi soir, dans une tentative de s’adresser aux électeurs juifs à l’approche des élections israéliennes du 9 avril.

Environ 125 personnes, jeunes et moins jeunes, dont la plupart semblaient être des soutiens de Hadash, se sont rassemblées dans un bistrot adjacent au bouillonnant Boulevard Rothschild. Les participants ont largement rempli le patio en extérieur.

Au début de l’événement, Ayman Odeh, le chef de Hadash, et Ahamd Tibi, le président de Taal, ont discuté avec des journalistes et des soutiens, alors que des militants arabes et juifs de Hadash distribuaient des t-shirts sur lesquels il était écrit « Juifs et Arabes refusent d’être ennemis » en demandant aux participants s’il voudraient rejoindre le parti.

Odeh et Tibi ont déclaré aux journalistes qu’ils pensaient que Hadash-Taal rassemblerait plus d’électeurs juifs que la coalition des quatre principaux partis arabes qui s’est récemment scindée en deux avec Hadash-Taal et Balad-la Liste arabe unie – ne l’avait fait en 2015.

« Nous sommes les deux mouvements les plus universalistes, a déclaré Odeh. Dans notre alliance, nous pouvons parler à une partie bien plus large du public juif que ne le faisait la liste ».

Alors que plus de personnes arrivaient à l’événement, Odeh, Tibi et d’autres responsables d’Hadash-Taal sont montés sur une petite scène décorée d’affiches de campagne afin de prononcer de brefs discours.

Dans ses remarques, Odeh a affirmé Benny Gantz et Yair Lapid, les responsables de Kakhol lavan, « siphonnaient » la droite au lieu de s’adresser à sa propre base électorale.

Lancement de la campagne Hadash-Taal en hébreu le 13 mars 2019. (Crédit: Hadash-Ta’al)

Gantz a récemment laissé entendre que son parti n’avait pas l’intention de se rapprocher des partis à majorité arabe s’il doit former un gouvernement. S’adressant à une foule d’environ 500 personnes dans la ville du sud de Beer-Sheva lundi, le chef du parti Kakhol lavan, qui est un ancien chef de l’armée israélienne, a déclaré qu’il était ouvert à siéger dans une coalition avec quiconque « est juif et sioniste« .

Pourtant, s’il est presque certain que Hadash-Taal ne rejoindrait pas une coalition dirigée par Gantz, le parti pourrait recommander le chef de Kakhol lavan au président Reuven Rivlin pour devenir le prochain Premier ministre d’Israël.

Mais si Gantz choisit de former un gouvernement d’unité avec le Likud, il est peu probable que Hadash-Taal le recommande à Rivlin.

Dans les jours qui suivent les élections, chaque parti qui a remporté des sièges à la Knesset informera Rivlin de la personne qu’il recommande au poste de Premier ministre. Ensuite, Rivlin donnera la possibilité de former une coalition à la personne qui a été recommandée par le plus grand nombre de députés.

Dans son discours, Tibi, qui comptait parmi la petite poignée de représentants de Taal au rassemblement, a pris pour cible Gantz.

« Qu’est-ce qu’il y a d’effrayant à dire ‘état palestinien’, M. Gantz ? Bibi l’a dit. Il a menti, mais il l’a dit », a déclaré Tibi, en faisant référence au Premier ministre Benjamin Netanyahu par son surnom.

Benny Gantz, dirigeant du parti Hossen LeYisrael, fait une déclaration aux médias à Tel Aviv, le 28 février 2019. (Flash90)

Depuis qu’il s’est officiellement lancé dans l’arène politique nationale en décembre, Gantz a évité de faire spécifiquement référence à la solution à deux états ou à un état palestinien.

Le général à la retraite a cependant récemment indiqué qu’il espérait trouver une solution au conflit israélo-palestinien. Dans son premier discours politique à la fin janvier, il a déclaré qu’un gouvernement sous son mandat « chercherait la paix ». De plus, plus tôt cette semaine, lors d’une conversation avec des ambassadeurs en Union européenne, il a soulignée que les Israéliens et les Palestiniens « sont ici pour rester » et qu’il faudra trouver une solution, selon un participant à la rencontre au Times of Israël.

Tibi a également critiqué Netanyahu et son parti du Likud pour avoir affirmé, à de nombreuses reprises, que les élections se résumaient à un choix entre « Bibi ou Tibi », laissant entendre qu’avoir des partis arabes dans le gouvernement ou au pouvoir ne serait pas positif pour Israël.

« Ce slogan… constitue une tentative de délégitimer les partis arabes et le public arabe. C’est un effort de déshumanisation du public arabe comme s’ils étaient des électeurs de deuxième ou de troisième zone », a-t-il dit. « Le jour de l’élection, chaque citoyen a le droit de voter. La veille et le lendemain, il y a une énorme différence entre les Arabes et les Juifs. C’est seulement ce jour là qu’il y une égalité en terme de droits pour voter et influencer la situation. Personne ne nous retirera ce droit. »

Jeudi également, l’alliance des partis arabes Hadash-Taal a publié une image se moquant de la vidéo polémique de Netanyahu le jour de l’élection de 2015, dans laquelle il avait prévenu que les électeurs arabes « allaient dans les isoloirs » en « troupeaux », avec l’aide de bus financés par des « ONG de gauche ».

Dans la photo, on peut voir le député Ahmad Tibi, chef de Taal, et le député Ayman Odeh, le chef de Hadash, devant des bus aux couleurs rouge et jaune des partis, avec le slogan « on va en troupeaux dans les isoloirs ».

« Aujourd’hui, c’est l’anniversaire du poète Mahmoud Darwish. Le poète national palestinien est né il y a exactement 78 ans aujourd’hui. L’une des choses qu’il a écrites était ‘pensez à votre prochain’. Qui pense à son prochain plus que la liste Hadash-Taal ? », a déclaré Kassif, professeur de sciences politiques.

Plus tôt mercredi, Kassif s’est présenté devant la Cour suprême, qui s’est réunie pour discuter de la décision de la commission centrale électorale de la semaine dernière de l’empêcher de concourir à la Knesset pour des commentaires passés. Il avait même traité la ministre de la Justice Ayelet Shaked de « pourriture néo-nazie ».

La Cour Suprême devrait très rapidement rendre sa décision, confirmant ou renversant la position de la commission centrale électorale. Hassan Jabareen, l’avocat de Kassif, a fait valoir l’argument que les commentaires polémiques de son client étaient des métaphores.

Dans ses commentaires de mercredi, Kassif a fustigé Netanyahu, le traitant « d’archi-racistes » et de « Kahaniste en chef actuel ».

Ofer Kassif lors du lancement de la campagne en hébreu d’Hadash-Taal à Tel Aviv le 13 mars 2019. (Adam Rasgon/Times of Israel)

« Il ne fait pas seulement entrer les Kahanistes à la Knesset sur un tapis rouge. Il est un Kahaniste », a-t-il déclaré, avançant l’argument que Netanyahu a systématique eu recours à une rhétorique anti-arabe depuis des années.

Netanyahu a récemment organisé une alliance entre le parti HaBayit HaYehudi et le parti d’extrême droite Otzma Yehudit, renforçant les chances de voir chaque parti entrer à la Knesset.

Les dirigeants d’Otzma Yehudit se décrivent eux-mêmes comme de fiers disciples du défunt Meir Kahane, un ultra-orthodoxe qui défendait des positions racistes et anti-arabes.

Après les discours, les dirigeants de Hadash-Taal ont rejoint les participants pour discuter avec eux.

Tamar, âgée de 29 ans et traductrice, a déclaré avoir l’intention de voter pour Hadash-Taal parce qu’elle « croit en l’égalité entre Arabes et Juifs ».

Interrogée pour savoir pourquoi elle ne soutiendrait pas Meretz, un autre parti de gauche qui affirme vouloir défendre l’égalité entre Arabes et Juifs, Tamar, qui a refusé de décline son patronyme, a déclaré qu’elle ne voulait pas être associée à un parti sioniste et qu’elle préférait le programme de Hadash-Taal sur les questions sociales.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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