« Le phare de coexistence de Barkan ébranlé par l’attentat »
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"Aujourd'hui, mes croyances sont bouleversées"

« Le phare de coexistence de Barkan ébranlé par l’attentat »

"Jusqu'à ce jour, je pensais que nous représentions la voie vers la paix", a indiqué le chef d'Alon Group, évoquant la zone industrielle où de nombreux Palestiniens sont employés

Les forces de sécurité israéliennes à l'entrée de la zone industrielle de Barkan dans le nord de la Cisjordanie, le 7 octobre 2018 (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)
Les forces de sécurité israéliennes à l'entrée de la zone industrielle de Barkan dans le nord de la Cisjordanie, le 7 octobre 2018 (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

Le propriétaire d’une usine de Cisjordanie où deux employés israéliens ont été tués par un employé palestinien lors d’un attentat terroriste commis dimanche matin a indiqué que, s’il espérait que le tueur a été une exception, sa foi dans les initiatives de coexistence a néanmoins été ébranlée.

Rafi Alon, propriétaire d’Alon Group, producteur de systèmes de gestion des déchets dont l’usine est située dans le parc industriel de Barkan, a expliqué avoir toujours considéré les employés de son usine – dont de nombreux Palestiniens – comme une « famille ».

Les entreprises du parc industriel de Barkan, situé à proximité de la ville-implantation d’Ariel, emploient environ 8 000 personnes, dont la moitié approximativement sont des Israéliens et l’autre des Palestiniens.

Alon a noté avoir toujours eu la conviction que l’emploi et la prospérité, pour les Palestiniens, étaient la meilleure défense contre le terrorisme.

Alon doit recevoir une distinction récompensant des efforts de toute une vie en faveur de la coexistence de la part du président Reuven Rivlin le mois prochain, a fait savoir la chaîne Hadashot. Ce prix devrait lui être remis dans son usine de Barkan.

« Jusqu’à ce jour, je pensais que c’était là le chemin vers la paix avec les Palestiniens. Aujourd’hui, toutes mes croyances ont été bouleversées », a-t-il confié à Hadashot.

Dans des déclarations faites dimanche soir, l’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, et l’envoyé pour la paix au Moyen-Orient, Jason Greenblatt, ont également noté l’impact négatif de l’attentat sur les initiatives de coexistence.

« La zone industrielle de Barkan était un modèle de coexistence israélo-palestinienne depuis 1982, avec des milliers de personnes qui travaillaient et prospéraient ensemble. Aujourd’hui, un terroriste a brisé cette harmonie en assassinant brutalement deux Israéliens à leur travail », a dit Friedman.

Greenblatt a également déclaré que Barkan avait été « un phare de coexistence et un modèle pour l’avenir ». Il a réclamé la condamnation totale de cette attaque « répréhensible ».

Alon a également précisé que le terroriste, Ashraf Naalowa, avait été embauché relativement récemment.

« Cela faisait environ quatre mois qu’il travaillait ici », a-t-il déclaré. « Le terroriste ne s’était pas montré au travail ces deux dernières semaines et il avait expliqué qu’il avait des problèmes chez lui ».

Dimanche matin, « nous lui avons donné la tâche de réparer un problème électrique dans les bureaux de l’administration. Il était très tôt et il y avait seulement quelques personnes ici », a-t-il dit.

Dimanche matin, Naalowa, 23 ans, est entré dans les bureaux de l’Alon Group. A l’intérieur, le tireur a ligoté Kim Levengrond Yehezkel, 28 ans, avant de la fusiller à bout portant, ainsi que Ziv Hajbi, 35 ans. Il a ensuite blessé une seconde femme à l’estomac qui se trouve actuellement dans un état modéré.

Naalowa a ensuite fui les lieux de l’attentat, déclenchant une chasse à l’homme importante dans la zone. L’armée israélienne y a fermé des routes et y a installé des check-points.

Alon a qualifié l’attaque de Naalowa de « perverse et cruelle ».

Evoquant Levengrond Yehezkel, il a expliqué : « Elle était comme ma fille. Venir tuer une telle jeune femme est calamiteux. Il n’y a rien de pire ».

Kim Levengrond Yehezkel, 29 ans (à gauche) et Ziv Hajbi, 35 ans, morts dans un attentat terroriste dans la zone industrielle Barkan en Cisjordanie, le 7 octobre 2018 (Capture d’écran : Facebook)

« C’est un incident très dur. Jusqu’à présent, il n’y avait pas eu d’incidents sécuritaires ici. Depuis des décennies, ces zones industrielles ont été une passerelle de coexistence », a commenté dimanche Yossi Dagan, chef du conseil régional de Samarie.

Shai Amichai, directeur-général de la zone industrielle, a lui aussi dépeint les lieux comme un bel exemple de coexistence entre Israéliens et Palestiniens qui y travaillent côte à côte.

« Que ce soit dans la zone industrielle et au sein de la communauté elle-même, la coopération est fructueuse », a-t-il dit au site Ynet. « Nous vivons une relation de voisinage, des relations professionnelles au niveau le plus élevé. Les résidents se sentent en sécurité sur leur lieu de travail et un grand nombre établissent des liens hors du travail ».

« Je ne connais pas les procédures de sécurité sur la zone », a-t-il ajouté. « Mais il n’y a pas eu de baisse du nombre des forces sécuritaires dans la région, qu’elles travaillent ou non sous couverture ».

Le maire de la ville voisine d’Ariel, Eli Shviro, a expliqué au site d’information Walla que « les zones industrielles dans lesquelles Juifs et Palestiniens travaillent ensemble sont la voie ouverte à la coexistence dans notre région ».

En 2015, un Palestinien avait attaqué au couteau et blessé deux gardiens de sécurité dans le même parc industriel. Les gardes, sur le site, avaient ouvert le feu sur l’assaillant, qui était mort pendant l’attaque.

Les forces de sécurité israéliennes sur la scène d’une fusillade au parc industriel Barkan, en Cisjordanie, le 7 octobre 2018 (Crédit : Flash90)

Hadashot a également fait savoir dimanche que Naalowa avait laissé une lettre de suicide auprès d’un ami, il y a trois jours. L’ami en question, qui travaillait dans la même usine de la zone industrielle de Barkan, n’a informé personne de l’existence de la lettre. Il a été arrêté et les forces de sécurité enquêtent actuellement pour déterminer si la connaissance de l’existence de la missive aurait pu empêcher l’attentat, selon la chaîne.

Dimanche soir, l’armée a fait savoir que des membres de la famille du tireur ont été appréhendés et qu’ils sont interrogés par les services de sécurité du Shin Bet pour déterminer s’ils ont pu apporter une aide au tireur lors de l’attaque ou lors de sa fuite.

« Les soldats de l’armée israélienne se sont rendus au domicile du suspect dans le village de Shuweika » aux abords de Tulkarem. Ils « ont mesuré sa maison [en amont d’une éventuelle démolition], ils ont mené des interrogatoires et ils ont arrêté des individus soupçonnés d’avoir aidé le terroriste », a expliqué l’armée.

Le fusil de type Carlo utilisé par Naalowa se serait enrayé pendant l’attaque, l’empêchant de tirer davantage. Ce type d’arme à feu, produite localement et qui est connue pour son imprécision et ses défaillances de fonctionnement, est lié à un certain nombre d’attentats terroristes qui ont été commis ces dernières années en raison de son prix bas et de sa large disponibilité en Cisjordanie.

Des images enregistrées par les caméras de sécurité ont semblé montrer Naalowa fuir après l’attentat, le fusil Carlo entre les mains.

Levengrond Yehezkel a été inhumée dans sa ville natale de Rosh Haayin, dans le centre d’Israël, dimanche à 22 heures. L’enterrement de Hajbi aura lieu lundi à 14 heures, dans la communauté de Nir Yisrael, dans le sud du pays.

La famille et des amis lors des funérailles de Kim Levengrond Yehezkel, 28 ans, dans sa ville natale de Rosh Haayi, le 7 octobre 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Judah Ari Gross a contribué à cet article.

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