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Les mesures annoncées par Biden pour les Palestiniens se heurtent à des obstacles

Les Palestiniens attendent l’accès à la 4G, le don promis pour le réseau hospitalier de Jérusalem-Est, le comité économique conjoint et l’ouverture permanente du pont Allenby

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président américain Joe Biden, à gauche, reçu par le dirigeant de l'Autorité palestinienne Mahmud Abbas, à Bethléem, en Cisjordanie, le 15 juillet 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Le président américain Joe Biden, à gauche, reçu par le dirigeant de l'Autorité palestinienne Mahmud Abbas, à Bethléem, en Cisjordanie, le 15 juillet 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

L’Autorité palestinienne (AP) espérait davantage de Joe Biden lors de sa visite dans la région en juillet dernier, mais le président américain n’était pas arrivé les mains vides.

Alors que Ramallah avait insisté pour que les États-Unis s’engagent fortement sur le plan diplomatique en faveur d’une solution négociée à deux États, Joe Biden avait préféré annoncer une série de mesures visant à améliorer le quotidien des Palestiniens.

Les mesures annoncées par la Maison Blanche comprenait un don au réseau hospitalier de Jérusalem-Est, le déploiement de l’accès à la 4G pour les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza, la relance du Comité économique mixte israélo-palestinien et l’extension des heures d’ouverture du passage Allenby qui devait être ouvert 24 heures sur 24 et sept jours sur sept.

Ces mesures n’ont pas permis à Biden de tenir sa promesse de rouvrir des missions diplomatiques pour les Palestiniens à Washington et à Jérusalem, mais un responsable de l’AP avait reconnu, à l’époque, que cela dépassait les attentes de Ramallah.

Un responsable, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, a néanmoins exprimé son scepticisme quant à la capacité des États-Unis à aller jusqu’au bout, étant donné que la plupart de ces mesures nécessitaient la coopération d’Israël, qui avait soigneusement évité d’approuver l’annonce faite par la Maison Blanche en juillet.

Ce scepticisme était au moins partiellement justifié. Trois mois plus tard, la plupart des mesures annoncées attendent toujours de se concrétiser, même si l’espoir de voir ces mesures surmonter les obstacles bureaucratiques et autres contretemps, qui ont empêché la mise en œuvre complète des promesses, reste grand.

Des manifestants brandissant des affiches en hommage à la journaliste américano-palestinienne Shireen Abu Akleh, assassinée, avant la visite du président américain Joe Biden, près de l’hôpital Augusta Victoria, à Jérusalem-Est le 15 juillet 2022. (Crédit : AP/Maya Alleruzzo)

Aide au réseau hospitalier de Jérusalem-Est

Lors de sa visite en juillet à l’hôpital Augusta Victoria de Jérusalem-Est, Joe Biden avait annoncé une contribution pluriannuelle de 100 millions de dollars au réseau hospitalier de Jérusalem-Est.

Un porte-parole du département d’État a déclaré que 14,5 millions de dollars de cette promesse avaient déjà été versés et que l’administration travaillait avec le Congrès pour faire approuver le reste des fonds.

Biden avait également annoncé que les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Arabie saoudite et le Koweït avaient accepté d’égaler le don américain en versant 25 millions de dollars chacun.

Lundi, les Émirats arabes unis ont annoncé la réalisation de cette promesse sous la forme d’un accord de coopération avec l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour soutenir l’hôpital al-Makassed à Jérusalem-Est.

Un autre fonctionnaire du département d’État a déclaré au Times of Israel que l’obtention de dons des trois autres pays a été un peu plus laborieuse. Le fonctionnaire s’est dit optimiste quant à la possibilité que le Qatar et le Koweït donnent suite dans les semaines à venir, notant que ce dernier sort d’une saison électorale.

L’Arabie saoudite est toutefois devenue un partenaire « plus délicat » au cours des dernières semaines, à la suite des efforts déployés par Ryad pour réduire la production de pétrole de l’OPEP, une mesure qui a considérablement tendu ses liens avec les États-Unis, a déclaré le fonctionnaire.

Le président américain Joe Biden s’exprimant lors d’une visite à l’hôpital Augusta Victoria à Jérusalem-Est, le 15 juillet 2022. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

La 4G en Cisjordanie et à Gaza 

Biden a déclaré en juillet que les États-Unis souhaitaient que l’infrastructure 4G soit opérationnelle en Cisjordanie et dans la bande de Gaza d’ici la fin de l’année prochaine. Il s’agit du seul domaine dans lequel les responsables israéliens, palestiniens et américains, qui se sont entretenus avec le Times of Israel jeudi, semblaient être unanimement optimistes quant à la capacité des parties à atteindre l’objectif du président américain.

L’AP fait cette demande depuis des années, étant donné qu’Israël n’autorise jusqu’à présent que le service de télécommunication 3G pour les Palestiniens de Cisjordanie et le service 2G pour ceux de Gaza. Les Israéliens des deux côtés de la ligne verte ont accès à des connexions 4G et 5G.

Le ministre des Communications de l’AP, Ishaq Sidr, a déclaré que ses homologues israéliens avaient récemment configuré les fréquences 4G pour l’AP et que les parties devraient se rencontrer la semaine prochaine afin de préparer un protocole d’accord sur la question d’ici au 23 janvier 2023.

« Je pense que nous allons dans une bonne direction car les bases ont déjà été convenues », a déclaré Sidr. Il a rejeté l’idée que l’initiative pourrait être remise en question par les élections législatives du 1er novembre en Israël, affirmant que « c’est une question humanitaire, pas une question politique ».

Un haut fonctionnaire américain a convenu qu’ils sont « en bonne position sur ce point ». Toutefois, ils ont laissé entendre qu’ils étaient plus optimistes quant au respect de l’échéance en Cisjordanie que dans la bande de Gaza.

Un policier palestinien se tenant à côté d’une affiche informant le président américain Barack Obama :  » Nous n’avons pas de 3G en Palestine « , dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, en 2013. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Un comité économique conjoint

Biden a également annoncé qu’Israël avait accepté de reconvoquer le Comité économique conjoint israélo-palestinien pour la première fois depuis 2009.

Le comité est mandaté par les Accords d’Oslo en tant qu’organe faisant autorité pour statuer sur les différends financiers et promouvoir des initiatives économiques conjointes. Il s’agit d’un forum permettant aux parties de résoudre les désaccords en suspens concernant les échanges et le commerce. L’AP fait pression depuis des années pour que le comité se réunisse à nouveau, car il n’a pas été en mesure de mettre à jour la liste des marchandises qui peuvent être importées et exportées en dehors des réglementations douanières.

Malgré l’annonce initiale des États-Unis, Israël n’a pas encore convoqué le comité.

Un fonctionnaire israélien s’exprimant sous couvert d’anonymat a déclaré que le Premier ministre Yair Lapid était prêt à convoquer le comité d’ici la fin de l’année, mais qu’il souhaitait attendre après les élections législatives du 1er novembre, reconnaissant apparemment les craintes que cette initiative soit impopulaire au niveau national et ne puisse constituer un handicap politique.

Le fonctionnaire n’était pas optimiste quant à la volonté de Lapid d’aller jusqu’au bout même après le vote, spéculant que la réunion du comité conjoint n’aurait lieu que si les autres mesures annoncées par l’administration Biden tombaient à l’eau, conduisant Washington à faire pression sur Jérusalem pour qu’elle tienne ses promesses dans au moins un domaine.

Le général de division Yoav Mordechai, alors coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), à gauche, et le ministre des Affaires civiles de l’Autorité palestinienne, Hussein al-Sheikh, signant un accord visant à revitaliser le comité mixte israélo-palestinien sur l’eau, le 15 janvier 2017. (Crédit : COGAT)

L’ouverture du point de passage d’Allenby 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7

L’ouverture du pont Allenby, qui est le point d’accès principal vers et depuis la Cisjordanie pour les Palestiniens, était censé ouvrir sans interruption à partir du 30 septembre, selon l’annonce faite par l’administration Biden, en juillet.

Cette date a ensuite été repoussée d’un mois lorsque le ministère des Transports a informé l’administration américaine qu’il ne disposait pas de suffisamment de personnel pour pouvoir rester ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Au lieu de cela, il a proposé de lancer un programme pilote à partir du 24 octobre.

Les États-Unis s’attendaient à ce que le programme pilote s’étende sur plusieurs semaines, voire sur plusieurs mois, a déclaré un haut fonctionnaire américain, mais le ministère des Transports a informé l’autorité aéroportuaire cette semaine qu’il ne durerait que quelques jours.

Le directeur de l’autorité aéroportuaire, qui supervise les opérations aux frontières terrestres, a également informé le ministère qu’il ne permettrait pas le lancement du programme pilote sans l’approbation de son conseil d’administration, qui ne doit pas se réunir avant le 24 octobre, date à laquelle le programme pilote est censé être lancé.

Des passagers arrivant du côté jordanien du pont Allenby, qui relie la Cisjordanie et la Jordanie, le 19 juillet 2022. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)

« Nous avons appris récemment que cette date [du lancement du pilote] pourrait être repoussée, mais nous reconnaissons que la planification de la mise en œuvre se poursuit. Nous restons en contact étroit avec les Israéliens à ce sujet et nous exhortons ce programme – d’une importance capitale – à avancer rapidement », a déclaré le porte-parole du département d’État.

Un responsable israélien a déclaré qu’il n’était pas en mesure de donner une date pour le début du programme pilote ou pour la mise en service permanente du point de passage 24/7.

Le passage Allenby n’est actuellement ouvert que de 8h à 23h30 en semaine et de 8h à 15h30 le week-end, et les files d’attente peuvent durer des heures, parfois même une journée entière, pour passer en Jordanie, créant ainsi un casse-tête pour les Palestiniens qui utilisent ce point de passage.

Ce point de passage est presque exclusivement utilisé par les Palestiniens, qui ont beaucoup plus de mal à obtenir des autorisations pour prendre l’avion à l’aéroport Ben Gurion. En conséquence, la plupart d’entre eux prennent l’avion à Amman et sont ensuite contraints de payer une série de frais supplémentaires et d’attendre souvent plusieurs heures pour passer la frontière.

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