Israël en guerre - Jour 150

Rechercher

Le rapprochement de Ryad et Téhéran suscite bien des questions

Les Américains se sont poliment exprimés après l'annonce de cette normalisation, tout en émettant des doutes sur la volonté de l'Iran de participer activement à une désescalade

Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salman, à gauche, et le président iranien Ebrahim Raissi (Crédit : Bandar Aljaloud/Palais royal saoudien via AP-Twitter)
Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salman, à gauche, et le président iranien Ebrahim Raissi (Crédit : Bandar Aljaloud/Palais royal saoudien via AP-Twitter)

L’annonce de la reprise des relations diplomatiques entre l’Iran et l’Arabie Saoudite a été jugée globalement positive pour la stabilité de la région mais elle laisse en suspens d’épineuses questions, en particulier sur les ambitions nucléaires de l’Iran.

Les deux puissances rivales de la région ont annoncé vendredi qu’elles se donnaient deux mois pour rouvrir leurs ambassades et leurs autres représentations diplomatiques.

Leur accord, conclu sous l’égide de la Chine et avec l’aide de l’Irak, prévoit aussi de relancer le traité de sécurité qu’elles ont conclu en 2001, relatif aux contrôles aux frontières et à la lutte contre le terrorisme.

Pourquoi est-ce une bonne nouvelle ?

« L’accord de normalisation des relations est une bonne nouvelle pour le Moyen-Orient puisque les tensions entre Saoudiens et Iraniens ont été un moteur d’instabilité dans la région », a souligné Trita Parsi, un expert du groupe Quincy Institute for Responsible Statecraft, un centre de réflexion américain.

L’Arabie saoudite et l’Iran avaient rompu leurs liens en 2016 et s’opposent depuis dans plusieurs pays. Et d’autres États du Golfe, dont les Émirats arabes unis, avaient réduit leurs liens diplomatiques avec Téhéran, se rangeant du côté de Ryad.

Les répercussions de l’accord pourraient être positives au Liban, en Syrie, en Irak et, « peut-être le plus important, le Yémen », a estimé Parsi, l’Iran exerçant une forte influence en Irak et au Liban et appuyant militairement et politiquement le régime syrien ainsi que les rebelles Houthis au Yémen.

Cet accord pourrait ainsi contribuer « au rééquilibrage essentiel de l’ordre régional au Moyen-Orient, que tous les pays, y compris Israël ont souhaité », a poursuivi Banafsheh Keynoush, une experte de l’Institut du Moyen-Orient, un centre de recherches dont le siège est à Washington.

La Chine et l’Iran, les vrais gagnants ?

Pour l’heure, cette normalisation consacre la victoire de la Chine qui fait une entrée remarquée sur la scène diplomatique régionale en ayant orchestré cet accord.

« C’est une confirmation de l’influence croissante de la Chine au Moyen Orient non seulement sur le plan économique mais encore diplomatique », a résumé Denis Bauchard, conseiller pour le Moyen Orient à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

C’est aussi un succès pour l’Iran puisque l’accord annoncé vendredi pourrait empêcher son isolement par le processus de normalisation arabo-israélien.

L’opposition israélienne n’a d’ailleurs pas manqué de réagir, dénonçant l’échec de la politique du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Car celui-ci n’est pas parvenu à faire entrer l’Arabie Saoudite dans les Accords d’Abraham de 2020 – qu’il a passés avec deux de ses voisins, les Émirats arabes et unis et Bahreïn. Y faire entrer Ryad aurait permis de créer une alliance régionale contre l’Iran, dont le programme nucléaire représente une menace directe pour Israël.

Des réserves à Washington comme à Paris

Les Américains se sont poliment exprimés après l’annonce de cette normalisation, tout en émettant des doutes sur la volonté de l’Iran de participer activement à une désescalade.

« Il reste à voir si l’Iran remplira ses obligations », a ainsi déclaré vendredi un porte-parole de la Maison Blanche.

La ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a, quant à elle, souligné auprès de son homologue saoudien Fayçal bin Farhan que la France était favorable à « toute initiative qui peut contribuer de manière concrète à la désescalade des tensions et au renforcement de la sécurité et de la stabilité régionales ».

Mais elle a aussi exhorté « l’Iran à renoncer à ses actions déstabilisatrices ».

Si l’annonce de la normalisation semble être une victoire pour l’Iran, elle devra résister à « l’épreuve du temps », a ajouté la chercheuse Banafsheh Keynoush. Car les deux parties vont devoir relever de « nombreux défis » et surmonter leurs profondes divergences idéologiques.

Pour l’heure, aucun expert ne saurait dire jusqu’où ira réellement ce rapprochement.

Après des dizaines d’années de concurrence parfois violente – illustrée au Yémen – pour le leadership au Proche-Orient et dans le monde islamique, la décision de rouvrir les ambassades n’est qu’un premier pas, qui doit, de plus, encore se matérialiser.

Accalmie au Yémen ?

L’apaisement des tensions au Yémen était une condition préalable des Saoudiens au dégel diplomatique avec Téhéran, a repris Keynoush.

L’Iran apporte son soutien aux rebelles Houthis face au gouvernement qui est appuyé par une coalition militaire dirigée par l’Arabie Saoudite.

Mais pour Bauchard, l’impact du rapprochement annoncé au Yémen reste à prouver d’autant que « le Yémen n’est pas un sujet majeur pour l’Iran », a-t-il dit.

Ambitions nucléaires

Surtout, cette annonce de normalisation des relations, ne met pas un terme aux ambitions nucléaires de l’Iran.

« L’accord nucléaire est mort » et « les négociations ne sont pas près de reprendre », a observé Bauchard.

Ryad se rapproche de Téhéran « avec la prise de conscience que la marche vers le nucléaire de l’Iran est maintenant inévitable », a poursuivi l’ancien diplomate.

Mais cela ne change rien au contexte. « On est plutôt actuellement dans une logique de l’option militaire que d’apaisement », a-t-il estimé.

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.