Le renvoi du Grand Rabbin Moché Lewin par le Consistoire secoue la communauté juive de France
Une pétition réclame l’annulation immédiate du renvoi du rabbin, lié au dossier de l’erouv du Raincy, tandis que des voix dénoncent une crise profonde au sein du Consistoire
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Le Grand Rabbin Moché Lewin, figure de la communauté du Raincy depuis près de trente ans, a été licencié jeudi par le Consistoire de Paris, une décision qui a provoqué de vives réactions au sein d’une partie de la communauté juive française.
L’instauration d’un erouv au Raincy serait à l’origine de ce renvoi, qui a surpris et choqué de nombreux fidèles et responsables communautaires.
Ce dispositif religieux, soutenu par le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, ainsi que par la Conférence des rabbins européens, avait été fermement contesté par le président du Consistoire de Paris, David Amar. Cette opposition s’est finalement soldée par une procédure disciplinaire puis un licenciement.
Moché Lewin dénonce pour sa part une situation de « harcèlement ». Une pétition réclamant l’annulation immédiate de son renvoi et dénonçant « une atteinte à la dignité du rabbinat » circule désormais largement sur les réseaux sociaux. Elle appelle également à suspendre les dons au Consistoire de Paris.
Le texte accuse le Consistoire d’avoir franchi « une ligne rouge » dans ce qu’il décrit comme « une situation grave dépassant un simple désaccord interne ». Les signataires rappellent le service du rabbin fourni à la communauté et dénoncent une sanction prise, selon eux, contre un rabbin ayant « accompli une mission religieuse dans le strict respect de la halakha ».
La pétition souligne aussi que l’erouv avait été mis en place après plusieurs mois de travail et d’expertise rabbinique, notamment avec le concours du rabbin Avner Cohen, recommandé par la Conférence des rabbins européens. Le dossier aurait également été transmis au Grand Rabbin de Paris dès décembre 2025.
Selon les soutiens de Lewin, Amar aurait ensuite engagé une procédure disciplinaire, d’abord marquée par une mise à pied de quatre jours avec retenue de salaire, avant de déboucher sur un licenciement définitif. Ils lui reprochent également d’avoir convoqué le rabbin à un entretien préalable alors que celui-ci se remettait d’une fracture consécutive à une chute dans un escalier.
Les signataires disent refuser qu’un rabbin soit sanctionné pour avoir « accompli une mitzvah » et dénoncent l’installation « d’un climat contraire à l’esprit de la Torah ». Ils réclament l’annulation immédiate de la sanction, l’arrêt de toute procédure contre Lewin, le respect de l’autorité religieuse du Grand Rabbin de France ainsi qu’un retour « au dialogue, à l’apaisement et à la dignité ».
En janvier dernier, Lewin avait présenté l’erouv du Raincy comme « un tournant historique ». « Notre projet a été mené avec le soutien du Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, ainsi que de la Conférence des rabbins européens », écrivait-il alors.
L’erouv consiste à délimiter symboliquement un périmètre permettant à des Juifs pratiquants de transporter certains objets pendant le shabbat, conformément à certaines interprétations de la halakha. Rare en France, ce dispositif pour le moins utile reste contesté par certains courants ultra-orthodoxes.
L’installation d’un erouv nécessite l’accord des autorités municipales ainsi que la validation d’autorités rabbiniques compétentes.
Sur Facebook, la publication de Radio JM annonçant le licenciement du rabbin a suscité une vague de réactions. Plusieurs internautes ont dénoncé un « règlement de comptes » interne, une « mascarade » ou encore une gestion « catastrophique » du Consistoire. D’autres ont salué un rabbin « aimé et respecté » et exprimé leur solidarité envers celui qu’ils décrivent comme « un Mensch » et une figure importante de la communauté.
Certains commentaires ont également questionné la possibilité de tensions identitaires plus profondes autour de la place des rabbins ashkénazes au sein des institutions consistoriales, jetant au passage un discrédit sur la Conférence des rabbins européens.
De son côté, Evelyne Gougenheim, ancienne candidate au Consistoire de Paris en 2021 sur une ligne réclamant davantage de transparence et un « Consistoire renouvelé », a vivement critiqué la méthode employée par l’institution dans cette affaire.
Elle estime que cette affaire jette le discrédit sur l’institution, y compris auprès de la Conférence des rabbins européens.
Gougenheim s’interroge également sur le cadre juridique du licenciement. Selon elle, le Consistoire aurait longtemps considéré les rabbins comme des ministres du culte afin d’éviter certaines cotisations sociales, notamment l’assurance chômage, tout en utilisant aujourd’hui les mécanismes du droit du travail pour procéder au licenciement de Lewin.
Elle indique finalement que cette situation pourrait soulever d’importantes questions juridiques concernant le statut des rabbins et leurs droits sociaux.
« Qui a encore besoin du Consistoire ? », conclut-elle.
Au moment de mettre sous presse ni le Consistoire de Paris ni David Amar n’avaient publié de communiqué officiel sur cette décision.
la Communauté du Times of Israël !







