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Le soir où Trump a appelé en vain Rohani au téléphone – source diplomatique

Macron avait fait installer une ligne sécurisée entre l'hôtel du président américain et celui de la délégation iranienne, mais Rouhani a fait dire qu'il ne prendrait pas l'appel

Le président américain Donald Trump, (à gauche), le 22 juillet 2018, et le président iranien Hassan Rouhani, le 6 février 2018. (AP Photo)
Le président américain Donald Trump, (à gauche), le 22 juillet 2018, et le président iranien Hassan Rouhani, le 6 février 2018. (AP Photo)

Poussé par la France, en marge de l’ONU Donald Trump a appelé mardi 24 septembre Hassan Rouhani mais le président iranien a refusé de prendre l’appel, alors qu’Emmanuel Macron patientait dans l’hôtel de la délégation iranienne à New York, a indiqué une source diplomatique française.

« À New York, jusqu’au dernier moment, Emmanuel Macron a tenté d’établir un contact, car ses entrevues avec les présidents Trump et Rouhani laissaient penser que ce contact était possible », a expliqué son entourage.

Pendant ses 48 heures à New York, Emmanuel Macron, qui œuvre depuis des mois à une rencontre entre les deux dirigeants, a vu trois fois Donald Trump et deux fois Hassan Rouhani, plaidant pour un dialogue direct.

Le soir où il devait reprendre son avion pour Paris, il a estimé qu’un coup de fil entre les deux hommes était possible, selon la même source.

La délégation française a donc envoyé des techniciens installer ce soir-là une ligne sécurisée entre l’hôtel Lotte, où se trouvait le président américain, et le Millennium, où résidait la délégation iranienne, avec l’accord des deux parties.

Le président iranien Hassan Rouhani rencontre avec Emmanuel Macron en marge de la 74ème Assemblée générale de l’ONU à New York, le 26 septembre 2019. (Crédit : Ludovic MARIN / AFP)

Donald Trump a prévu d’appeler à 21H00 tandis que le doute plane encore sur la réaction des Iraniens.

Le président français donne vers 19H00 un point de presse sur le bilan de son séjour à l’Assemblée générale des Nations unies, sans mentionner cette initiative.

Il va dîner dans une pizzéria puis se rend quelques minutes avant 21H00 dans la salon de l’hôtel Millennium où est installée la ligne sécurisée, pour s’assurer que l’appel aura bien lieu, selon la source diplomatique, après la publication par la presse américaine d’un récit de cette soirée.

Donald Trump appelle à l’heure dite, mais Hassan Rouhani fait dire au président français qu’il ne prendra pas l’appel.

« La discussion a continué à bloquer sur ce point dur : les Iraniens veulent d’abord une levée des sanctions américaines, Donald Trump veut d’abord que Téhéran prenne des engagements sur le nucléaire et ses activités balistiques et régionales », selon cette source.

« Téhéran a dit non. C’est tout à fait dommage car les exigences sur le fond étaient admises par le président Rouhani et le président Trump. »

« Ce qui ressort est qu’Hassan Rouhani n’avait pas les mains libres à New York », explique cette source, pour qui certains « durs » du régime iranien ont intérêt à maintenir la fermeture du pays, étranglé par les sanctions américaines.

« Ce qui est important est que les Iraniens n’ont pas dit non mais ont dit qu’ils avaient besoin de temps », fait valoir Paris, pour qui ce contact direct reste la seule voie pour éviter un conflit grave dans le Golfe.

« Dire que le président a attendu dans un couloir, comme l’a dit la presse américaine, c’est faux. Le principe d’un contact téléphonique était accepté, Emmanuel Macron devait participer à cet entretien pour faciliter le contact », assure la source diplomatique française.

« Le président est allé dans un salon de réception de l’hôtel Millennium, où les Iraniens l’attendaient – on ne s’invite pas chez un chef d’Etat sans son consentement. Il n’a pas attendu longtemps. Il n’a pas vu le président Rouhani, qui n’a pas pris l’appel. Il a alors utilisé la ligne sécurisée pour appeler Donald Trump pour l’informer. Ce dernier l’a remercié de ses efforts et l’a encouragé à les poursuivre. »

« Le contact direct entre Iran et Etats-Unis permettrait de déclencher les négociations, qui pourront ensuite s’effectuer avec par exemple les cinq membres du Conseil de sécurité plus l’Allemagne », conclut la même source.

Rouhani accuse Trump de l’échec des efforts de compromis nucléaire français à New York

Le président iranien Hassan Rouhani a déclaré mercredi qu’il soutenait un plan des pays européens visant à soutenir l’accord nucléaire de son pays avec les puissances mondiales, mais la proposition a été sabotée par le président américain Donald Trump qui menaçait ouvertement d’imposer de nouvelles sanctions.

S’exprimant lors d’une réunion hebdomadaire du cabinet à Téhéran, M. Rouhani a déclaré : « Nous sommes d’accord avec le cadre général dans lequel la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont exhorté Téhéran à entamer des pourparlers sur un nouvel arrangement concernant l’accord nucléaire, connu sous le nom de Plan d’action conjoint [ Joint Comprehensive Plan of Action].

M. Rouhani a indiqué que le plan prévoyait notamment d’empêcher l’Iran de se procurer des armes nucléaires, de garantir son soutien à la paix régionale, de lever les sanctions américaines et de reprendre immédiatement les exportations de pétrole iranien.

Il a déclaré que le plan aurait pu être discuté lors de sa visite à New York la semaine dernière pour l’Assemblée générale des Nations Unies, mais que Trump a laissé passer les chances en jurant dans son discours à l’assemblée que non seulement les sanctions resteraient en place mais « qu’elles seraient renforcées ».

M. Rouhani a accusé Washington d’envoyer des messages contradictoires en étant ouvert à des compromis en privé, mais en appelant publiquement à une pression accrue sur l’Iran.

Il a également remercié le président français Emmanuel Macron pour les efforts personnels qu’il a déployés afin de faciliter les discussions directes entre lui et Trump.

« Il a fait de son mieux pendant ces 48 heures, surtout au cours des dernières 24 heures, et nous l’avons soutenu », a déclaré M. Rouhani, d’après un reportage publié sur le site Web Iran Front Page.

« Ce qui nous a empêchés d’obtenir un résultat, c’est la Maison-Blanche », a-t-il ajouté, selon le rapport. « Ni Paris ni Tokyo, ni d’autres pays ne sont à blâmer. Toutes les parties, ainsi que l’Iran, ont fait de gros efforts. »

Mardi, Politico a rapporté que Trump et Rouhani ont convenu d’un plan en quatre points rédigé par Macron qui aurait vu les deux dirigeants se rencontrer et déclarer une reprise des négociations. Cependant, l’effort diplomatique a échoué lorsque M. Rouhani a reculé par rapport à ce que d’autres rapports qualifiaient de profonde méfiance à l’égard de l’administration américaine.

Le rapport de mardi faisait suite à un rapport du New Yorker publié dimanche, selon lequel M. Macron était sur le point de passer un appel téléphonique entre M. Trump et M. Rouhani pendant la réunion de l’ONU, mais les efforts secrets du président français ont échoué en raison du manque de confiance du dirigeant iranien envers le président américain.

Téhéran et Washington sont à couteaux tirés depuis que les Etats-Unis se sont retirés unilatéralement en mai 2018 de l’accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015, rétablissant des sanctions économiques contre l’Iran.

Le président Donald Trump annonçant sa décision de quitter l’accord nucléaire iranien dans la salle d’accueil diplomatique de la Maison-Blanche, le 8 mai 2018. (Chip Somodevilla / Getty Images)

La Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne ont déclaré à plusieurs reprises qu’elles étaient déterminées à sauver l’accord qui a permis à l’Iran d’échapper aux sanctions en échange d’une réduction de son programme nucléaire, mais leurs efforts n’ont jusqu’à présent guère porté leurs fruits.

Les tensions se sont de nouveau exacerbées en mai dernier lorsque l’Iran a commencé à réduire ses propres engagements dans le cadre de l’accord et que les États-Unis ont déployé des moyens militaires dans la région.

Depuis lors, des navires ont été attaqués, des drones abattus et des pétroliers saisis. Le mois dernier, deux attentats contre les infrastructures pétrolières saoudiennes, qui ont détruit la moitié de la production du royaume, ont été imputés à l’Iran par Washington et l’Europe.

Téhéran a nié toute implication dans les attaques revendiquées par les rebelles soutenus par l’Iran qui combattent une coalition dirigée par les Saoudiens au Yémen.

Depuis lors, l’Iran a averti que toute riposte militaire déclencherait une réaction sévère qui conduirait à un vaste conflit dans la région.

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