Le souvenir de Netanyahu aide Bennett vis-à-vis de Biden – pour le moment
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Analyse

Le souvenir de Netanyahu aide Bennett vis-à-vis de Biden – pour le moment

Le gouvernement a réussi à reporter la réouverture du consulat pour les Palestiniens et cela pourrait ne pas s'arrêter là pour Washington - mais la dynamique va dans les deux sens

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le Premier ministre Naftali Bennett à Maalot, le 20 juillet 2021. (Crédit :  Rami Shlush/POOL)
Le Premier ministre Naftali Bennett à Maalot, le 20 juillet 2021. (Crédit : Rami Shlush/POOL)

NEW YORK — La décision prise par l’administration Biden de reporter la réouverture de sa mission pour les Palestiniens, à la demande d’Israël, a exposé une dynamique unique dans les relations établies entre la super-puissance mondiale et son allié du Moyen-Orient.

Malgré le déséquilibre du pouvoir, le président américain Joe Biden a décidé de laisser de côté un objectif politique et de reporter ce qui avait été une promesse de campagne depuis presque six mois afin de ne pas déstabiliser la coalition pour le moins hétéroclite du Premier ministre Naftali Bennett, en quête d’union.

Le secrétaire d’État américain Anthony Blinken avait fait part à Jérusalem, au mois de mai, de l’intention de Washington de rouvrir une mission de facto pour les Palestiniens et attendre pour ce faire l’adoption d’un budget par le nouveau gouvernement israélien, comme les États-Unis ont accepté de le faire, signifie donc que cette initiative sera repoussée au mois de novembre au plus tard.

La volonté de Biden de céder aux besoins exprimés par Bennett sur une question aussi sensible en Israël laisse entrevoir un certain degré d’influence du Premier ministre néophyte sur le leader du monde libre.

« Il est dans l’intérêt de l’administration Biden que ce gouvernement puisse connaître un départ sans heurts et qu’il puisse se stabiliser au cours de ses premiers mois passés au pouvoir », explique un ancien responsable américain, sous couvert d’anonymat. « Il est donc compréhensible que l’administration se montre sensible aux demandes du gouvernement israélien de s’abstenir de faire telle ou telle chose ou de soulever des questions, dans un premier temps, qui pourraient être sources de tensions pour le nouveau gouvernement ».

Mais cet ancien officiel met aussi en garde contre une surestimation de la signification de ce geste, suggérant qu’il s’agit davantage d’une « hiérarchisation des intérêts » plutôt que d’une démonstration d’influence.

Cette photo du lundi 4 mars 2019 montre le bâtiment du consulat des États-Unis à Jérusalem. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

« Si le consulat déménage au mois de novembre plutôt qu’au mois d’août, ce n’est pas très grave – tandis qu’aider le gouvernement à traverser la période de l’adoption du budget est beaucoup plus important », continue l’ancien responsable.

Ilan Goldenberg, qui a été chef de cabinet au sein du bureau de l’envoyé spécial américain chargé des négociations israélo-palestiniennes au Département d’État sous l’administration Obama, reconnaît que le gouvernement Bennett a de l’influence sur « les initiatives publiques déterminantes qui pourraient être controversées politiquement ».

Les États-Unis considèrent que le nouveau gouvernement représente « une opportunité d’avancer par rapport à ce qui a été l’approche très destructrice de Benjamin Netanyahu, que ce soit au niveau de la relation établie entre Israël et les États-Unis et au niveau du caractère sain des institutions de gouvernance israéliennes, et il y a le désir de ne pas faire trop de remous », indique-t-il.

Il est également improbable que Washington crée des difficultés au nouveau gouvernement israélien concernant ses réponses aux attaques émanant de Gaza, présume de son côté un ancien officiel de l’administration Obama proche de l’administration américaine actuelle. Il indique que Washington a conscience du fait que Bennett ripostera de manière plus forte aux attaques à la roquette, et même aux lancers de ballons incendiaires, que ce n’était le cas de Netanyahu, son prédécesseur, et que les États-Unis pourraient bien devoir malgré tout garder le silence, même s’il y a une réelle inquiétude de ce que l’agressivité de l’État juif n’entraîne un autre conflit meurtrier à Gaza.

Du côté d’Israël, l’impression qui est ressortie suite aux entretiens récents avec l’administration Biden est que les États-Unis reconnaissent qu’ils ne peuvent pas pousser Jérusalem à prendre des initiatives majeures vis-à-vis des Palestiniens qui risqueraient de faire s’effondrer la coalition, ont déclaré des officiels israéliens au Times of Israel le mois dernier.

Les responsables de l’administration Biden ont répété, en effet, qu’ils ne souhaitaient pas relancer les négociations de haut niveau entre l’État juif et l’Autorité palestinienne (AP) sur des questions de statut final et qu’ils préféraient mettre en avant des initiatives plus modestes, plus tangibles, visant à garantir des « mesures égales de sûreté, de sécurité, de prospérité et, plus important encore, de dignité » pour les deux peuples.

Le Premier ministre Naftali Bennett et le chargé d’Affaires américain en Israël Michael Ratney à l’ambassade des États-Unis de Jérusalem, le 5 juillet 2021. (Crédit : Ziv Sokolov/Ambassade américaine de Jérusalem)

L’influence est une voie à deux sens

Dans le contexte de ces gestes plus modestes d’Israël à l’égard des Palestiniens, les États-Unis conservent leur influence traditionnelle sur l’État juif, affirme Goldenberg.

Sur ces questions, « les États-Unis ont la capacité de dire au gouvernement Bennett que : ‘Vous aviez promis que les choses seraient différentes. Nous allons vous donner une certaine latitude d’action mais vous devez, vous aussi, nous offrir quelque chose en échange’. »

De plus, Goldenberg estime que ce type de pression sera exercé de l’intérieur de la coalition israélienne. Les hauts responsables de presque tous les partis membres de l’alliance au pouvoir ont évoqué leur intérêt à l’idée de pouvoir améliorer les liens avec les Palestiniens et à l’idée d’une « diminution du conflit ».

« Ce qui devient un levier que les États-Unis pourront utiliser pour réclamer l’amélioration de la vie des Palestiniens dans des domaines comme l’aide économique, la liberté de déplacement, les permis ou le maintien de l’ordre – qui sont tous des dossiers qui peuvent être traités discrètement », explique-t-il.

Un officiel israélien confie au Times of Israel que le ministre de la Défense, Benny Gantz, a présenté aux responsables de l’administration Biden une liste d’initiatives qui, espère Gantz, pourront être mises en œuvre pour renforcer l’AP – même si un grand nombre d’entre elles devront au préalable être approuvées par le moins pacifiste Bennett.

« Le gouvernement israélien est également désireux de repartir sur un bon pied avec l’administration américaine et à mettre en place une relation plus bipartisane que celle qui existait sous Netanyahu », commente Lucy Kurtzer-Ellenbogen, qui dirige le Programme du conflit israélo-palestinien au sein de l’Institut américain de la paix.

Le président américain Joe Biden, à droite, et le président israélien Reuven Rivlin, à gauche, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, aux États-Unis, le 28 juin 2021. (Crédit :POOL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

Et pourtant, ce n’est pas comme si les relations bilatérales avaient été exemptes de désaccords depuis que Bennett est devenu Premier ministre, au mois de juin. Au cours du mois et demi qui vient de s’écouler, les États-Unis ont condamné l’établissement d’un nouvel avant-poste israélien en Cisjordanie et ils ont été particulièrement critiques face à la démolition punitive de l’habitation de la famille d’un terroriste palestinien présumé.

De plus, l’administration Biden n’a pas renoncé purement et simplement à son plan de réouverture du consulat. « Ce qui est implicite dans ce message transmis par les Israéliens du ‘ne nous dérangez pas avant le mois de novembre’, c’est que cette réouverture aura lieu après », note l’ex-responsable de l’administration Obama proche de l’administration actuelle.

Comme l’a dit un officiel du parti Yamina de Bennett, le gouvernement « est bien déterminé à ce que les désaccords ponctuels n’impactent pas de manière plus large les liens bilatéraux ».

Et ce qui apparaît clairement dans la dynamique entre les deux administrations, c’est qu’elle est faite de concessions mutuelles.

Personne, à Washington, ne répond aux inquiétudes israéliennes en rappelant qui est la superpuissance dans l’équation comme l’avait fait l’ancien président Bill Clinton après s’être entretenu avec le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, selon le livre d’Aaron David Miller, The Much Too Promised Land.

Mais Kurtzer-Ellenbogen affirme que l’approche américaine de prudence, qui prend en compte la politique intérieure israélienne, « ne sera pas nécessairement sans date d’expiration ».

« Pour le moment, les intérêts de toutes les parties, en termes de stabilité et d’intérêt à long-terme, semblent dominer le reste et dicter la patience stratégique », dit-elle.

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