L’envoyé de liaison juif d’Obama quitte son poste
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L’envoyé de liaison juif d’Obama quitte son poste

Après 3 ans, ou 6 réceptions de Hanoukka comme il les définit, à gérer les critiques sur l’accord iranien et les querelles avec Netanyahu, Matt Nosanchuk se retire

Matt Nosanchuk, assis en bout de table pendant une lecture de la Méguila de Pourim dans la salle de réception diplomatique de la Maison Blanche, le 24 mars 2016. (Crédit : Maison Blanche)
Matt Nosanchuk, assis en bout de table pendant une lecture de la Méguila de Pourim dans la salle de réception diplomatique de la Maison Blanche, le 24 mars 2016. (Crédit : Maison Blanche)

WASHINGTON (JTA) – Vous devez écouter les juifs vous crier dessus. Vous devez écouter les mandarins vous dire pourquoi ils n’écouteront pas les juifs. Vous devez présenter des compétitions de chant a cappella.

Qui ne voudrait pas être l’envoyé de liaison juif de la Maison Blanche ?

Matt Nosanchuk a passé presque trois ans à ce poste – officiellement intitulé directeur associé de l’engagement public – qui pourrait être l’apothéose de l’ingratitude. Il s’est retiré la semaine dernière.

Remarquablement, Nosanchuk a terminé avec beaucoup de remerciements de ceux qui avaient bien précisé leur antipathie pour l’administration qu’il représentait.

Un email dit : « Matt. Beaucoup de réussite. Vous avez toujours été gracieux et un auditeur merveilleux. Obama a de la chance de vous avoir. »

Cela venait de Morton Klein, le président de l’organisation sioniste d’Amérique et l’un des critiques les plus féroces de l’administration Obama.

Klein a confirmé qu’il avait envoyé ce message, que JTA a obtenu indépendamment de Nosanchuk ou de Klein.

« Matt a toujours pris mes appels, retourné mes appels, il a écouté mes inquiétudes et a répondu respectueusement, soutenant évidemment Obama, c’est son travail, a déclaré Klein. Obama avait de la chance de l’avoir. »

La clé de Nisanchuk pour rester plus longtemps que ses prédécesseurs ?

C’était sa capacité surnaturelle à écouter sans jugement, selon le rabbin Levi Shemtov, qui dirige les Amis américains de Loubavitch, les bureaux du Habad.

« La plus grande force de Matt pourrait simplement être sa capacité à écouter des opinions différentes de la sienne ou de celle de l’administration et d’apprécier leurs mérites, a dit Shemtov. C’est probablement pour cela qu’il était si largement respecté à ce poste. »

C’est une compétence qui a guidé Nosanchuk, 50 ans, qui vit dans une banlieue du Maryland de Washington D.C., dans certaines des années les plus tendues d’une relation tendue entre l’administration Obama, le gouvernement israélien et certaines organisations juives.

Il a pris des balles à la fois de la communauté juive et, à l’occasion, des fonctionnaires de l’administration à qui il relayait les préoccupations de la communauté juive.

Matt Nosanchuk (autorisation)
Matt Nosanchuk (autorisation)

Nosanchuk a mené le travail de proximité avec la communauté juive pendant les discussions sur l’accord nucléaire avec l’Iran, auquel se sont vigoureusement opposés le gouvernement israélien du Premier ministre Benjamin Netanyahu et le lobby pro-israélien AIPAC, ainsi que les négociations de paix israélo-palestiniennes menées par les Etats-Unis en 2013 – 2014, qui se sont effondrées au milieu des récriminations de toutes les parties.

Tout le long, il a maintenu des relations amicales avec les protagonistes de ces batailles, en ont témoigné de rares hommages officiels de l’AIPAC et de Ron Dermer, l’ambassadeur israélien à Washington.

« L’ambassade a apprécié de travailler avec Matt, qui a également assisté à beaucoup de nos évènements, et je lui souhaite beaucoup de succès dans le futur », a écrit Dermer dans un email à JTA.

« Nous sommes reconnaissants envers Matt de ses efforts importants pour construire la relation entre l’administration et la communauté pro-israélienne », a déclaré Marshall Wittmann, porte-parole de l’AIPAC.

Nosanchuk se serait dirigé droit vers ses adversaires dans l’espoir de les vaincre. Pendant une récente conférence de l’AIPAC, il s’est assis à la même table que Sheldon Adelson – investisseur de l’association ainsi que faiseur de roi au parti républicain – et a eu une conversation banale et plaisante. Adelson, magnat des casinos, a utilisé les grandes largeurs pour empêcher la réélection du président Barack Obama en 2012.

Dans un dessin biographique qu’il a envoyé à ses amis quand il était prêt à partir, Nosanchuk avait listé près du sommet du dessin, « garder les lignes de communication ouvertes avec ceux de la communauté qui critiquent » Obama. (Vers la fin, il a également listé « animer la compétition de groupe juif a cappella Kol HaOlam ».)

Nosanchuk, membre de la congrégation reconstructionniste Adat Shalom, dans la banlieue de Washington, et gay, est arrivé à son poste avec l’expérience des négociations dans des environnements moins favorables. En tant que fonctionnaire du département de la Justice, il a défendu les droits LGBT pendant le premier mandat d’Obama, qui a évolué de l’agnosticisme au soutien sans réserve au mariage homosexuel.

« Quand vous êtes à la Maison Blanche, il est très facile de fermer la porte et de dire que nous ne rencontrerons pas les personnes qui ne sont pas d’accord avec nous », a déclaré William Daroff, directeur pour Washington des fédérations juives d’Amérique du Nord (FJAN).

« Avec Matt, la Maison Blanche n’a jamais fermé les portes. Il s’est assuré que l’accord avec l’Iran soit dans un silo, pour que ceux qui sont en désaccord sur l’Iran puissent travailler avec l’administration sur 99 autres sujets. Sa personnalité et ses relations étaient telles que cette porte était toujours restée ouverte. »

Les FJAN n’ont jamais pris position sur l’accord iranien, mais beaucoup des agences qui les composent y étaient opposées.

Le mode opératoire de Nosanchuk était d’encadrer les sujets contentieux dans des paramètres familiers, presque intimes. Au plus fort du débat iranien il y a un an, Nosanchuk a organisé un discours d’Obama à Adas Israel, une synagogue de Washington. Il a également mis en place le discours par internet à la communauté juive pendant le débat sur l’Iran via les FJAN. En 2013, pour la première fois, une soukka était présente pour la réception annuelle de la communauté juive par le vice-président américain, Joe Biden.

Un signal de la réconciliation post-accord iranien entre Obama et Netanyahu – et Dermer, le bras droit de Netanyahu à Washington, a été le discours du souvenir de l’Holocauste du président à l’ambassade israélienne en janvier, également négocié par Nosanchuk.

La dernière semaine de Nosanchuk a été occupée. En plus d’organiser une lecture de la meguila de Pourim pour les fonctionnaires de l’administration dans la salle de réception diplomatique de la Maison Blanche, il a guidé le discours bien accueilli du vice-président Joe Biden à la conférence politique annuelle de l’AIPAC.

Le discours donné le lendemain par Tony Blinken, secrétaire d’Etat adjoint, pendant le déjeuner des rabbins et des chantres a été moins remarqué. Nosanchuk a eu la main sur l’écriture, qui comprenait un mélange presque homogène de yiddishkeit et de la défense forte, typique de l’administration Obama, de ses politiques considérées comme pro-Israël.

Blinken a ouvert la cérémonie en plaisantant à propos de sa bar-mitzvah – « je ne peux pas me défaire de la sensation d’avoir oublié de répéter quelque chose » – et a conclu avec des références à la tradition juive de sortir manger chinois et d’aller au cinéma pour ‘fêter’ Noël.

Entre les deux, Blinken a affirmé que l’accord iranien produisait des résultats limitant la menace iranienne dans la région, et a listé les façons dont l’administration Obama avait maintenu une relation sécuritaire solide avec Israël.

Nosanchuk était adepte, aussi, de la tradition la plus redoutée de la Maison Blanche parmi les liaisons avec la communauté juive : organiser la fête annuelle de Hanoukka.

Dresser la liste des invités – et recevoir les appels angoissés de ceux qui n’ont pas été invités – est un défi diplomatique de premier ordre. En fait, dans la citation enregistrée que les attachés de presse de la Maison Blanche l’ont autorisé à donner à JTA, Nosanchuk semble tirer fierté du fait que pendant qu’il s’en occupait, une fête de Hanoukka supplémentaire a été ajoutée chaque année pour gérer les foules.

« Le président Obama parle souvent des valeurs que lui et toute l’administration partagent avec la communauté juive, ainsi que de ses connexions profondes avec la communauté, a déclaré Nosanchuk dans ce communiqué. Ces trois dernières années – où, comme chacun à ce poste le mesure, six réceptions de Hanoukka à la Maison Blanche – j’ai eu la chance de travailler avec des collègues incroyables ici à la Maison Blanche et dans toute l’administration, et avec beaucoup d’individus et d’organisations dans la communauté juive, pour mettre ces valeurs en action. »

Le président Reuven Rivlin allumant la menorah de Hanoukka , en présence du président Barack Obama, de Michelle Obama, et de Nechama Rivlin, dans la East Room de la Maison Blanche à Washington, le mercredi 9 décembre 2015. (Capture d'écran YouTube / The White House)
Le président Reuven Rivlin allumant la menorah de Hanoukka , en présence du président Barack Obama, de Michelle Obama, et de Nechama Rivlin, dans la East Room de la Maison Blanche à Washington, le mercredi 9 décembre 2015. (Capture d’écran YouTube / The White House)

Nosanchuk restera au gouvernement à un poste qui n’a pas encore été annoncé. Le nom de son successeur n’a pas encore été dévoilé.

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