Rechercher

L’envoyé soudanais déchu met en garde Israël contre le soutien de l’armée soudanaise

Noureddine Sati explique que si Jérusalem veut normaliser ses relations avec Khartoum, elle doit le faire avec le peuple, et non avec l'armée

Capture d'écran d'une vidéo de l'ambassadeur soudanais déchu aux États-Unis, Noureddine Sati, lors d'une interview avec le radiodiffuseur public Kan, le 13 mars 2022. (Crédit : Twitter)
Capture d'écran d'une vidéo de l'ambassadeur soudanais déchu aux États-Unis, Noureddine Sati, lors d'une interview avec le radiodiffuseur public Kan, le 13 mars 2022. (Crédit : Twitter)

L’ambassadeur soudanais déchu aux États-Unis, qui était en poste alors que son pays normalisait ses relations avec Israël au cours des 18 derniers mois, a accusé Jérusalem de soutenir le coup d’État militaire d’octobre au Soudan. Il a expliqué que ce n’était pas le moyen de gagner le soutien des citoyens du pays.

Noureddine Sati s’est entretenu avec le radiodiffuseur public Kan dans une interview vidéo diffusée dimanche avec des sous-titres en hébreu.

En 2020, le diplomate vétéran est devenu le premier ambassadeur soudanais aux États-Unis en 23 ans, puis a été limogé après s’être prononcé contre le coup d’État d’octobre 2021 du général soudanais Abdel Fattah al-Burhane. Le régime au pouvoir l’a rappelé en janvier, mais il a préféré rester aux États-Unis.

Les liens avec Israël n’ont pas été entachés par le coup d’État, ce qui a donné le sentiment à de nombreux Soudanais qu’Israël soutenait l’armée, fournissant matière à ceux qui s’opposent à la normalisation, a rapporté Kan.

Sati a également déclaré avoir vu le rôle qu’Israël a eu dans le coup d’État et a averti qu’Israël « a fait une erreur, ce n’est pas la bonne façon d’entrer au Soudan ».

« Si vous voulez l’amitié du peuple soudanais, si vous voulez la normalisation avec le peuple soudanais et le Soudan, vous devez entrer par la grande porte, par la porte du peuple soudanais », a-t-il déclaré, faisant référence aux élus et au public qui les a élus au pouvoir.

« Israël et d’autres doivent comprendre qu’il n’y aura pas de stabilité au Soudan tant qu’il y aura un régime militaire », a-t-il insisté. « Ne soutenez pas l’armée qui tue les Soudanais, les Soudanais ne l’oublieront pas. »

Le général soudanais Abdel Fattah al-Burhan s’exprime lors d’une conférence de presse au commandement général des forces armées à Khartoum, le 26 octobre 2021. (Crédit : Ashraf Shazly/AFP)

Sati, âgé de 75 ans, a déclaré qu’il n’avait aucun moyen de retourner au Soudan « sous le régime actuel ». Il a dit qu’il continuerait cependant à dénoncer le régime militaire depuis l’étranger.

Sous l’administration Trump, le Soudan a été encouragé à normaliser ses relations avec Israël en échange du retrait – par Washington – de la liste des pays qui soutiennent le terrorisme, ouvrant également la voie à des relations diplomatiques avec les États-Unis.

Les deux pays ont normalisé leurs relations fin 2020 dans le cadre d’une série d’accords négociés par les États-Unis entre Israël et quatre pays arabes – les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc. Israël et le Soudan ont depuis noué des relations de sécurité et de renseignement qui ont permis à des responsables d’organiser des réunions lors de voyages inopinés.

Sati a expliqué à Kan qu’au Soudan, on leur a toujours appris qu’Israël était l’ennemi et qu’il fallait s’opposer à son existence. Selon lui, même s’il n’y avait pas d’opposition de principe au sein du gouvernement à l’établissement de liens avec Israël, c’était une question de timing et de considération de l’opinion publique au Soudan.

Il a également déclaré qu’aucun accord public n’avait été signé avec Israël – comme ce fut le cas avec Bahreïn et les Émirats arabes unis, qui ont normalisé les relations lors d’une cérémonie à la Maison Blanche – en raison de l’instabilité inhérente au Soudan.

Des manifestants soudanais marchent sur un drapeau israélien lors d’un rassemblement contre la signature par leur pays d’un accord sur la normalisation des relations avec l’État juif, devant les bureaux du cabinet dans la capitale Khartoum, au Soudan, le 17 janvier 2021 (Crédit : ASHRAF SHAZLY / AFP)

Le mois dernier, Burhane a salué les liens continus de son pays avec Israël, affirmant que le partage de renseignements entre les deux anciens adversaires avait contribué à l’arrestation de militants présumés dans son pays.

Israël est resté silencieux sur le coup d’État militaire d’octobre au Soudan, dirigé par Burhane, et les troubles qui s’en sont suivi là-bas, indiquant qu’il avait l’intention de maintenir des liens normalisés avec le Soudan.

La normalisation des relations avec Israël a ouvert la voie à la réintégration du Soudan dans la communauté internationale après deux décennies d’isolement sous l’ancien président autocratique Omar el-Béchir.

Le Soudan était autrefois l’un des rivaux les plus féroces d’Israël dans le monde arabe. Il a accueilli la conférence arabe historique après la guerre du Moyen-Orient de 1967 au cours de laquelle huit pays arabes ont juré de ne jamais faire la paix avec Israël.

Le coup d’État militaire du 25 octobre a bouleversé la transition du Soudan vers un régime démocratique après trois décennies de répression et d’isolement international sous Béchir. La nation africaine était sur une voie fragile vers la démocratie depuis qu’un soulèvement populaire a forcé l’armée à destituer el-Béchir et son gouvernement islamiste en avril 2019.

Le coup d’État a déclenché des manifestations de rue quasi quotidiennes, plongeant davantage le pays dans la tourmente. Les forces de sécurité ont lancé une répression meurtrière contre les manifestants, tuant environ 80 personnes et en blessant plus de 2 200 autres depuis le coup d’État, selon un groupe médical soudanais.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...