L’envoyé US pour l’antisémitisme s’inspire de l’Irak pour s’attaquer au « fléau »
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Interview

L’envoyé US pour l’antisémitisme s’inspire de l’Irak pour s’attaquer au « fléau »

Elan Carr, avocat et ex-chef anti-terroriste de l'armée US, dit avoir été choisi par Trump pour sa carrière dédiée à "combattre le mal et assurer la sécurité des gens"

Elan Carr, le nouvel envoyé des Etats-Unis contre l'antisémitisme. (Avec l'aimable autorisation d'Elan Carr)
Elan Carr, le nouvel envoyé des Etats-Unis contre l'antisémitisme. (Avec l'aimable autorisation d'Elan Carr)

Alors que les États-Unis connaissent une recrudescence des incidents antisémites signalés, le nouvel envoyé spécial pour la surveillance et la lutte contre l’antisémitisme, Elan Carr, a déclaré au Times of Israel que la communauté juive et Israël « ne pouvaient avoir de meilleur ami à la Maison Blanche » que le président Donald Trump.

M. Carr a été nommé le 5 février à un poste statutaire qui était resté vacant depuis que l’administration Trump est entrée à la Maison Blanche en janvier 2017. Avocat et ancien chef de la fraternité juive AEPi [Alpha Epsilon Pi], Carr est connu pour son travail dans la lutte contre la violence des gangs à Los Angeles et a dirigé une équipe anti-terroriste en Irak en 2003.

Carr a dit avoir été sollicité pour ce nouveau rôle gouvernemental parce qu’il est « un combattant ».

« Ma carrière a porté sur deux choses : combattre le mal et assurer la sécurité des gens. Et la lutte contre l’antisémitisme n’est que cela : combattre le mal et assurer la sécurité des gens. C’est ma feuille de route et c’est le même genre de détermination et de force que je vais appliquer à ce fléau », a déclaré Carr dans une interview accordée à Jérusalem.

Citant sa propre nomination comme preuve de l’engagement du président dans la lutte contre l’antisémitisme, M. Carr a fermement nié les allégations des dirigeants de la communauté juive qui, à la suite du massacre de 11 Juifs dans une synagogue de Pittsburgh, ont affirmé que le président Donald Trump « enhardissait » les extrémistes et les antisémites.

« Les États-Unis sont le pays le plus philosémite de l’histoire et ce président est le président le plus philosémite que nous ayons jamais eu. Il aime la communauté juive, il soutient la communauté juive et il est ouvertement, sans complexe, pro-Israël sous toutes les formes imaginables », a déclaré Carr.

Le président américain Donald Trump prononce son discours sur l’état de l’Union lors d’une session conjointe du Congrès au Capitole à Washington, DC, sous la surveillance du vice-président Mike Pence, le 5 février 2019. (AP Photo/Andrew Harnik)

« Je pense que de l’accuser soit d’être antisémite, soit de soutenir ouvertement ou intentionnellement les méchants – est totalement faux », a ajouté M. Carr. En guise de preuve, il a fait référence au discours sur l’état de l’Union du 5 février dans lequel M. Trump a longuement parlé des maux de l’antisémitisme, – prononcé quelques heures seulement après la nomination de M. Carr.

« Il n’y a pas beaucoup d’espace libre dans ce discours et le temps qu’il a passé à parler d’antisémitisme est remarquable et extraordinaire », a fait remarquer M. Carr.

Alors que beaucoup d’encre a coulé aux États-Unis au sujet de la lutte croissante du pays contre l’antisémitisme, la patrie de Carr ne fait pas partie de son mandat. En vertu de la Global Anti-Semitism Review Act de 2004, le Département d’État a reçu l’ordre de « surveiller l’antisémitisme mondial, de faire rapport chaque année au Congrès américain et de combattre les actes d’antisémitisme commis dans des pays étrangers ».

Ce président est le président le plus philosémite que nous ayons jamais eu

Son bureau est tenu de contribuer à deux rapports annuels du Département d’État : Rapports nationaux sur les pratiques en matière de droits de l’homme (Country Reports on Human Rights Practices – HRR) et Rapport annuel sur la liberté religieuse internationale (Annual Report on International Religious Freedom – IRFR). « L’Envoyé spécial travaille également avec des ONG nationales et internationales et des organisations multilatérales, ainsi qu’avec d’autres gouvernements », selon la loi de 2004.

L’envoyé spécial des États-Unis pour la surveillance et la lutte contre l’antisémitisme, Elan Carr, intervient devant la Conférence des présidents à Jérusalem, le 21 février 2019. (Matty Stern|/ Ambassade des États-Unis à Jérusalem)

Carr n’en est qu’à ses débuts dans ce rôle, et on ne sait pas exactement quel genre d’actions – ou de comportement – il va entreprendre. Mais il a déjà participé à deux conférences en Europe, ainsi qu’à un voyage à Jérusalem la semaine dernière avec des délégués de la Conférence des présidents, et à des rencontres avec des organismes gouvernementaux israéliens.

M. Carr a déclaré au Times of Israel que même si l’antisémitisme mondial se situe à un niveau critique, il y a encore de la place pour l’optimisme.

« Je pense qu’il y a une tendance à être alarmiste et c’est parce que le défi est urgent – j’appellerais cela une crise. L’antisémitisme est en hausse partout dans le monde, dans presque toutes les régions du monde, et il est également en hausse aux États-Unis. D’un autre côté, nous ne sommes pas dans les années 1930 et nous avons des raisons d’être optimistes », a déclaré M. Carr. « Nous avons certainement beaucoup de partenaires et d’alliés qui se préoccupent de cette question avec qui j’ai déjà commencé à travailler ».

Pour Carr, la question de l’antisémitisme est à la fois personnelle et professionnelle. Sa mère, une réfugiée irakienne, a été témoin de l’arrestation de son père à Bagdad, dans la foulée de la fondation de l’État d’Israël. On frappa à la porte tôt le matin et le grand-père d’Elan Carr l’ouvrit alors qu’il avait encore de la crème à raser sur son visage.

« Ma mère l’a vu se faire emmener, elle l’a vu défiler dans les rues avec des fers aux pieds et elle l’a vu aller en prison », explique-t-il. Sa mère et sa grand-mère n’ont cessé de rendre visite à son grand-père emprisonné pendant deux ans jusqu’à ce qu’il leur dise de fuir le pays.

Nous ne sommes pas dans les années 1930 et nous avons des raisons d’être optimistes

« L’arabe était la langue maternelle de ma mère. J’ai grandi avec l’arabe à la maison. Lorsque j’ai servi en Irak en 2003, je parlais l’arabe irakien à des Irakiens en Irak. Ils m’appelaient tout le temps cousin et je me disais : « Si seulement ils savaient », raconte Carr.

Carr awaits a ride at the airport in Baghdad, where a relative served as chief rabbi in the 19th century. (Courtesy of Elan Carr)
Elan Carr attend un chauffeur à l’aéroport de Bagdad, où un de ses parents a exercé les fonctions de grand rabbin au XIXe siècle. (Avec l’aimable autorisation d’Elan Carr)

Lorsque sa mère et sa grand-mère ont fui l’Irak pour Israël, elles ont traversé les ports sûrs de l’Iran. Aujourd’hui, Carr condamne sans équivoque le pays qui offrait autrefois un passage sûr aux autres Juifs Mizrahi.

« L’Iran est aujourd’hui l’un des principaux fléaux de la planète. C’est un nid de frelons de l’antisémitisme. C’est un point central de l’idéologie anti-occidentale et anti-israélienne, c’est un danger avéré et manifeste pour tous les peuples civilisés du monde », a-t-il ajouté.

Bien que M. Carr s’oppose catégoriquement à ce que l’on accorde la priorité à une région ou à une population dans son plan d’attaque, il a déclaré qu’il ne concentrerait pas ses efforts sur l’Europe comme ses prédécesseurs dans cette fonction, Gregg Rickman (premier envoyé, nommé en 2006 par George Bush), Hannah Rosenthal (sous administration Obama en 2009), Michael Kozak (2012) et Ira Forman (nommé par Obama en mai 2013).

« Le Moyen Orient est important pour moi parce que ma communauté, mon histoire, sont celles d’un juif Mizrahi. Deuxièmement, parce que ce qui se passe au Moyen Orient est lié à ce qui se passe en Europe. Il est question de la connotation antisioniste de l’antisémitisme, des déclarations provenant du Moyen Orient et de la pensée du monde musulman qui ont des effets directs sur les rues en Europe et sur l’antisémitisme aux États-Unis dans les campus universitaires, a déclaré M. Carr.

L’Iran est aujourd’hui l’un des principaux fléaux de la planète

M. Carr, qui a grandi dans l’Upper West Side de New York, est devenu un chef de file sur les campus dans les années 1980 pendant les jours sombres des manifestations anti-apartheid – et anti-israéliennes – à Berkeley, l’Université de la Californie. « Il n’y a pas eu une seule manifestation ou expression publique sur une question qui ne soit pas devenue antisémite », se souvient-il.

Carr décrit l’antisémitisme comme « une maladie corrosive », « une pathologie humaine qui pourrit au cœur de toute société qui l’embrasse » et « une bête complexe et multi-tentaculaire ». Mais c’est aussi l’une des rares questions qui unit les sociétés, a-t-il dit.

L’envoyé spécial américain chargé de surveiller et de combattre l’antisémitisme, Elan Carr, devant la Vieille Ville de Jérusalem. (Autorisation)

« Malheureusement, c’est le grand unificateur dans un sens parce qu’il rassemble des éléments très disparates de la société qui se haïssent souvent les uns les autres, mais qui n’ont que cela en commun. Il y a l’antisémitisme qui émane de certaines communautés ethniques, il y a l’antisémitisme qui a éclaté au milieu des manifestations populaires en France, il y a l’antisémitisme qui vient de l’intelligentsia de gauche.

« Mon Dieu, il est presque devenu banal de dire publiquement combien l’État d’Israël est détestable et combien le sionisme est détestable. C’est impensable, mais c’est devenu courant », dit-il.

L’antisémitisme rassemble des éléments très disparates de la société qui se détestent souvent les uns les autres

Cela devient de plus en plus courant, a dit M. Carr, sauf dans un pays – les États-Unis – où M. Carr a déclaré qu’il existe un large consensus pour la condamnation de la haine la plus ancienne. Il a souligné le renforcement de la législation contre le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) et le retrait du Conseil des droits de l’homme de l’ONU qui est « obsédé par la question d’Israël ».

« Nous ne nous contentons pas de parler, nous passons de la parole aux actes, et cette administration a été sans égal pour ce qui est de traduire ses discours en actes », a déclaré Carr.

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