Les Arabes israéliens vont-ils boycotter les élections ?
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Les Arabes israéliens vont-ils boycotter les élections ?

L'expert A'as al-Atrache estime que "25 % à 30 % des votes des Arabes iront aux partis sionistes", c'est-à-dire israéliens juifs, contre 15 à 16 % en 2015

Une Arabe israélienne devant une affiche de campagne, à Kfar Menda, près de Nazareth, le 4 avril 2019. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)
Une Arabe israélienne devant une affiche de campagne, à Kfar Menda, près de Nazareth, le 4 avril 2019. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Quelques jours avant les législatives, dans le nord d’Israël, des activistes tentent de convaincre les habitants arabes d’aller voter. Mais entre leurs divisions, le maigre bilan de leur mandature et l’animosité de la droite, les partis arabes peinent à mobiliser.

Quatre partis arabes sur deux listes participent aux législatives israéliennes du 9 avril. Ils représentent 17,5 % de la population.

Comme à chaque élection, ils font face aux appels au boycott venue de la communauté et à l’hostilité provenant de certains partis juifs.

« Les gouvernements israéliens successifs ont ostracisé la population arabe », mais « notre lutte ne doit pas être absente du Parlement, c’est là qu’est décidée la loi », dit la candidate Soundous Saleh, du Front démocratique et arabe pour le changement.

L’Arabe israélienne Sondos Saleh, candidate sur la liste Hadash-Taal en campagne à Akko le 26 mars 2019. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

« Si les Arabes boycottent les élections, le pouvoir israélien choisira des Arabes qui le représentent et qui parleront en notre nom », insiste-t-elle devant la centaine d’habitants venus l’écouter dans la vieille ville d’Akko.

Un célèbre rappeur arabe israélien, Tamer Nafar, a publié jeudi une vidéo appelant à voter. « Soit nous votons, soit nous finirons expulsés de la patrie », chante-t-il, sur un ring où il se bat contre son double pour symboliser les contradictions de la communauté.

Le rappeur arabe israélien Tamer Nafar se produit sur scène lors d’un festival dans la ville arabe israélienne du nord de Sakhnin le 23 octobre 2016. (AFP PHOTO / AHMAD GHARABLI)

Au contraire, dans un quartier arabe de la ville de Haïfa, des inconnus ont recouvert des affiches électorales de l’inscription en rouge : « J’irai voter quand les martyrs iront voter ».

Les Arabes israéliens sont très majoritairement musulmans, mais aussi chrétiens et druzes. Ils ont la citoyenneté israélienne et le droit de vote.

Rejet ou adhésion

Ils sont partagés entre la solidarité avec les Palestiniens et l’adhésion à l’Etat d’Israël, entre la participation et le rejet du système parlementaire.

Ils se disent aussi victimes de discriminations et de négligence de la part des autorités. Près de 50 % de la communauté vivait sous le seuil de pauvreté en 2015, alors que le taux de pauvreté dans les autres groupes en Israël (hormis les juifs ultra-orthodoxes) était de 13,5 %, selon l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).

En 2015, 64 % des électeurs arabes avaient glissé un bulletin dans l’urne (72,36% pour tout Israël).

Affiche de la campagne du parti Magen dans une rue d’Arab al-Naim, le 27 mars 2019. (Adam Rasgon/Times of Israel)

« Pour l’instant, la participation des Arabes est estimée à 51 % », dit l’analyste A’as al-Atrache, basé à Nazareth, plus grande ville arabe d’Israël. Le boycott gagne des adeptes parmi les jeunes entre 18 et 30 ans, qui font activement campagne contre la participation sur les réseaux sociaux, note-t-il.

Il invoque les divisions entre partis arabes et la frustration face aux résultats qu’ils ont obtenus au parlement.

En 2015, les partis arabes avaient présenté une liste unie pour franchir le seuil de représentation fixé à 3,25 % des votes. Ils avaient réalisé un score historique : 13 sièges sur les 120 du Parlement.

Cette année, ils alignent deux listes : Hadash-Taal, laïc, et Raam-Balad, alliance entre un parti nationaliste arabe et un mouvement islamiste.

Un Arabe israélien devant une affiche de campagne de Kakhol lavan, à Haïfa, le 4 avril 2019. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Cinquième colonne

Le chercheur et activiste Alif Sabbagh défend le boycott lors de la même réunion publique que celle à laquelle participe Soundous Saleh, à Akko.

Il distingue trois catégories de non-votants : ceux qui boudent les urnes depuis toujours parce qu’Israël est un « Etat d’occupation et colonialiste », ceux qui désespèrent faute de résultats obtenus par la représentation parlementaire, et ceux qu’ont indignés de récentes lois discriminatoires selon eux.

La Knesset a voté en 2018 une loi dite de « l’Etat-nation juif ». Le texte a attisé la crainte chez les Israéliens non juifs de devenir des citoyens de seconde zone en faisant primer le caractère juif du pays sur d’autres principes comme la démocratie et l’égalité entre les citoyens.

Le député Ayman Odeh lors d’une marche de protestation contre le projet de loi proposé sur l’Etat nation à Tel Aviv, le 14 juillet 2018 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le Premier ministre de droite Benjamin Netanyahu a encore accentué ces inquiétudes en déclarant récemment qu’Israël « n’est pas l’Etat de tous ses citoyens (…) Israël est l’Etat-nation du peuple juif – et uniquement du peuple juif ».

Les partis arabes ont à nouveau servi de repoussoir à la droite au cours de la campagne, comme en 2015 quand M. Netanyahu avait brandi, le jour du scrutin, le spectre d’électeurs arabes allant voter « en masse » dans les isoloirs.

Des Arabes israéliens manifestent contre l’organisation d’un meeting de campagne de Kakhol lavan en présence de Moshe Yaalon à Tamra, le 3 mars 2019. (Crédit ; Adam Rasgon/Times of Israel)

La droite assimile communément les partis arabes à une « cinquième colonne » anti-israélienne.

Le candidat de droite Oren Hazan a même publié une vidéo détournant une scène du western spaghetti « Le Bon, la brute et le truand », le montrant dans son bain sortir son six-coups pour abattre le député arabe Jamal Zahalka.

Pourtant, estime l’expert A’as al-Atrache, « 25 % à 30 % des votes des Arabes iront aux partis sionistes », c’est-à-dire israéliens juifs, contre 15 à 16 % en 2015.

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