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Les chansons de l’Israélienne Liraz Charhi, bande son des manifestations en Iran

Pour son dernier album, la chanteuse israélienne a secrètement collaboré avec des artistes iraniens à Istanbul et s’est produite avec eux lors d’un festival de musique à Cracovie

Liraz Charhi, de la série Téhéran (Crédit : Shay Franco)
Liraz Charhi, de la série Téhéran (Crédit : Shay Franco)

Selon des informations des médias israéliens, les chansons de l’artiste israélienne Liraz Charhi, enregistrées avec des artistes iraniens, seraient désormais indissociables des récentes manifestations en République islamique.

Charhi, qui interprète le rôle d’une espionne du Mossad dans la série télévisée israélienne « Téhéran » à succès, avait précédemment enregistré des chansons avec des musiciens iraniens dont l’identité n’est pas révélée.

Son dernier album, intitulé « Roya » – fantaisie en persan – a été, lui, enregistré en personne à Istanbul avec quatre artistes iraniens il y a de cela quelques temps, a indiqué la Douzième chaîne.

Depuis la Révolution islamique de 1979, la République islamique d’Iran considère l’État juif comme son ennemi juré. Se rendre en Israel ou même travailler avec des Israéliens sur des projets artistiques est passible de sanctions en Iran.

Selon la Douzième chaîne, les paroles des chansons de Charhi, « Jusqu’à quand serons-nous silencieux, jusqu’à quand garderons-nous la tête baissée ? » servent de bande son à des vidéos mises en ligne pour témoigner des manifestations en cours en Iran, déclenchées par la mort de Mahsa Amini, 22 ans, aux mains de la police des mœurs pour une contravention au code vestimentaire strict en vigueur.

Charhi a déclaré à la Douzième chaîne que son premier album, « Naz » – enregistré avec des artistes iraniens – avait connu un grand succès en Iran après sa sortie en 2018.

« Très rapidement, j’ai reçu des vidéos sur lesquelles on voit des femmes retirer leur voile pour danser sur ma musique, lors de soirées clandestines », a-t-elle ajouté.

Après avoir collaboré à nouveau avec des artistes iraniens sur son deuxième album, Zan, Charhi a invité les musiciens à se rendre à Istanbul, en février dernier, pour y enregistrer avec elle son troisième album.

La Turquie est en effet l’un des rares pays accessibles aux Iraniens sans visa.

Les artistes iraniens l’ont rejointe à Istanbul, sous réserve que leur visage soit flouté sur les photos et que leur nom n’apparaisse en aucune manière.

« J’ai tellement attendu pour rencontrer mes amis, ma famille d’Iran. Le courage dont vous avez fait preuve en venant jusqu’ici… c’est incroyable », s’est exclamée Charhi à l’arrivée des musiciens.

L’un des musiciens a confié à la Douzième chaîne : « Nous savons que l’Iran a un problème avec Israël… mais si on ne fait que de la musique, ça va. »

« Je sais que cela peut être dangereux, mais je fais ce que j’aime », a-t-il ajouté.

Charhi est partie en tournée cet été, après l’enregistrement de son album.

Le Festival de la culture juive lui a offert l’opportunité de se produire avec ses musiciens iraniens lors d’une représentation à la synagogue de Cracovie, en Pologne.

Les musiciens iraniens ont accepté de se produire masqués.

Charhi a précisé à la Douzième chaîne que des hijabs dorés avaient été tissés de manière à préserver leur identité, mais que l’une des musiciennes avait insisté pour montrer une partie de ses cheveux.

Toujours selon la même source d’information, de retour en Iran, elle aurait été reconnue et dénoncée pour avoir joué avec une Israélienne.

Depuis le début des manifestations en Iran, Charhi reçoit un grand nombre de messages de fans iraniens sur son compte Instagram.

« Merci d’être notre voix, ainsi on ne m’oubliera pas », pouvait-on lire dans un des messages.

« J’adore vos chansons en persan et j’espère qu’un jour vous viendrez chanter dans notre belle ville de Téhéran », a écrit un autre fan.

L’organisation Iran Human Rights, basée à Oslo, indique que 92 manifestants au moins ont été tués dans le cadre de la répression des manifestations, qui en sont à leur quatrième semaine.

Ces manifestations alimentent les tensions entre l’Iran et l’Occident, en particulier avec les États-Unis.

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