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Les chefs de la coalition annoncent leur intention de dissoudre la Knesset

Après la dissolution du Parlement, Yair Lapid deviendra Premier ministre intérimaire jusqu'à l'assermentation d'un nouveau gouvernement

Le Premier ministre Naftali Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid à gauche, assistent à une cérémonie de départ d'une délégation israélienne qui s'envole pour installer un hôpital de campagne en Ukraine à l'aéroport Ben Gourion, le 21 mars 2022. (Crédit: Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)
Le Premier ministre Naftali Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid à gauche, assistent à une cérémonie de départ d'une délégation israélienne qui s'envole pour installer un hôpital de campagne en Ukraine à l'aéroport Ben Gourion, le 21 mars 2022. (Crédit: Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)

Après des mois de dysfonctionnement, la 24e Knesset d’Israël est sur le point de prendre fin, le Premier ministre Naftali Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid ayant annoncé lundi qu’ils soumettraient la semaine prochaine un projet de loi visant à dissoudre volontairement la Knesset et ainsi provoquer des élections anticipées.

La déclaration commune spectaculaire des deux architectes du gouvernement dit de « changement », qui a mis fin à 12 années consécutives de règne du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a déclaré que tous les efforts pour sauver le gouvernement avaient été « épuisés », en raison des nombreuses rébellions des député rebelles.

« Après avoir épuisé toutes les tentatives de stabiliser la coalition, le Premier ministre Naftali Bennett et (…) Yaïr Lapid ont décidé de faire voter la loi (de dissolution du Parlement) à la Knesset la semaine prochaine », soulignent-ils dans un communiqué.

Bennett et Lapid avaient réuni en juin 2021 une coalition unique dans l’histoire d’Israël rassemblant des partis de droite, de centre, de gauche, et pour la première fois, une formation arabe, afin de mettre un terme à 12 ans sans discontinuer de règne de Benjamin Netanyahu à la tête du gouvernement.

Or l’accord de coalition Bennett-Lapid prévoyait aussi une rotation entre les deux hommes à la tête du gouvernement et le remplacement de M. Bennett par M. Lapid en cas de dissolution du Parlement.

Si le projet de loi visant à dissoudre le Parlement est bien adopté par les députés, Yaïr Lapid deviendra ainsi nouveau Premier ministre d’Israël jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement.

C’est donc le centriste Yaïr Lapid qui devrait être Premier ministre lors de la visite prévue le 13 juillet prochain du président américain Joe Biden, sa première en Israël depuis son arrivée à la Maison Blanche en janvier 2021.

Bennett devrait devenir Premier ministre de transition, poste qu’occupe actuellement Lapid, et sera également chargé du « dossier Iran », selon les médias israéliens.

Compte tenu des contraintes légales et des fêtes du Nouvel an juif, les élections devraient avoir lieu à la fin du mois d’octobre, probablement le 25.

La coalition en crise  

Selon la Douzième chaîne d’information la coalition, souhaitait organiser le vote préliminaire sur le projet de loi lundi.

Mais la coalition de M. Bennett a semblé vouloir prendre l’initiative en appelant elle-même à la dissolution du Parlement, ce qui mènerait, à de nouvelles élections le 25 octobre prochain selon les médias locaux, les cinquièmes en moins de quatre ans en Israël.

L’annonce de Lapid et Bennett est intervenue dans le cadre de la dernière campagne de l’opposition visant à dissoudre la Knesset et à organiser de nouvelles élections, la coalition disparate ayant du mal à survivre depuis qu’elle a perdu sa majorité parlementaire en avril.

Pour fragiliser la coalition, l’opposition lui avait infligé le 6 juin dernier un camouflet en réunissant une majorité de voix contre un projet de loi visant à proroger l’application de la loi israélienne aux plus de 475 000 Israéliens vivant en Cisjordanie.

Et deux membres de la coalition, un député du parti arabe Raam et une députée de la formation Meretz (gauche), ont voté en première lecture contre le projet de loi, remettant ainsi en cause la stabilité du gouvernement dirigé par Naftali Bennett.

En vigueur depuis le début en 1967, cette loi est automatiquement ratifiée tous les cinq ans par le Parlement.

Au cours des semaines précédant ce vote, la coalition avait déjà perdu sa majorité avec le départ d’une députée du parti Yamina de M. Bennett. Et depuis ce vote, un autre député de cette formation de droite, Nir Orbach, a menacé de ne plus soutenir le gouvernement.

Le député de Yamina Nir Orbach lors d’une réunion de la commission des Arrangements à la Knesset, le 21 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans ce contexte, l’opposition menée par l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, accusé de corruption dans une série d’affaires, menaçait de déposer dès mercredi 22 juin un projet de loi pour dissoudre le Parlement.

L’opposition envisage une telle mesure depuis plusieurs mois, mais le Likud de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu est réticent à présenter un tel projet de loi, car un échec signifierait que toute proposition similaire serait bloquée pour une période de six mois.

Une source au fait de l’annonce de lundi a déclaré que Bennett était favorable à la dissolution de la Knesset parce qu’Orbach prévoyait de voter prochainement en ce sens – une décision que la coalition minoritaire de 59 sièges ne pourrait empêcher si tous les membres de l’opposition votaient en sa faveur.

Les analystes y ont également vu une tentative des dirigeants de la coalition de reprendre l’initiative, après avoir été ballottés de crise en crise.

Bennett aurait également eu l’intention d’empêcher la mesure d’extension de la loi israélienne aux Israéliens de Cisjordanie d’expirer à la fin de ce mois.

Selon la Douzième chaîne, Bennett et Lapid ont rencontré les autres leaders de la coalition et les ont informés de la mesure. Une source au sein du parti Kakhol lavan du ministre de la Défense Benny Gantz a déclaré qu’il n’était pas au courant de la décision finale avant qu’elle ne soit prise. De même, une source du parti Tikva Hadasha de Gideon Saar a déclaré que le ministre de la justice n’avait pas non plus été informé.

La ministre de l’intérieur Ayelet Shaked, le numéro 2 de Yamina, a été informée par Bennett avant l’annonce, bien qu’elle n’ait pas été consultée à l’avance, selon des sources politiques. Les deux hommes sont des alliés politiques de longue date, mais leur partenariat pourrait toucher à sa fin.

Un ancien législateur de Yamina a confirmé que la réunion de faction prévue lundi après-midi avait été annulée et que la plupart des membres du parti n’avaient pas été informés de la décision de Bennett à l’avance.

« Nous savions que c’était l’un des scénarios possibles, mais il n’y a pas eu de réunion de faction aujourd’hui », a déclaré Yomtob Kalfon.

« Il est logique que [Bennett] ait fait cela. C’est très militaire », a ajouté Kalfon, car ce geste permet à Bennett de quitter le bureau du Premier ministre selon ses propres conditions. « C’est diriger, ne pas être dirigé ».

Le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu s’adresse à la Knesset le 13 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

« Le manque de responsabilité de certains élus de la coalition a amené à ce résultat inévitable. L’objectif des prochaines élections est clair: éviter que Netanyahu revienne au pouvoir et utilise l’Etat pour ses besoins personnels », a déclaré le ministre de la Justice Gideon Saar, qui dirige le parti Nouvel espoir (droite).

Les derniers sondages placent toujours le Likud en tête dans les intentions de vote, mais sans dépasser le seuil de la majorité (61 députés sur les 120 du Parlement) avec ses alliés des partis ultra-orthodoxes et de l’extrême-droite.

« Dans tous les sondages des deux derniers mois, un seul a crédité Netanyahu et ses alliés de 61 sièges et cela fait quelques semaines déjà. Donc ce n’est pas comme s’il y avait une tendance favorable » à son égard, a indiqué à l’AFP l’analyste israélienne Dahlia Scheindlin.

S’il est adopté lors du vote préliminaire de la semaine prochaine, pour lequel seule une majorité simple de la Knesset est requise, le projet de loi de dissolution de la Knesset devra ensuite passer trois autres votes de la Knesset avec le soutien d’au moins 61 des 120 députés.

Un projet de loi de dissolution de la Knesset est l’un des trois moyens de renverser le gouvernement. Les autres sont un vote de défiance soutenu par au moins 61 députés, ou l’incapacité du gouvernement à adopter un budget dans les délais impartis.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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