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Les démocrates examinent une résolution contre l’AIPAC en lesquels certains voient un « fond antisémite »

La résolution « condamne l'influence croissante » du lobby américain pro-israélien et dénonce l'influence de « fonds occultes » lors des élections, sans nommer d'autres groupes

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prend la parole lors de la conférence sur la politique du Comité des affaires publiques américano-israélien à Washington le 6 mars 2018. (Nicholas Kamm/AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prend la parole lors de la conférence sur la politique du Comité des affaires publiques américano-israélien à Washington le 6 mars 2018. (Nicholas Kamm/AFP)

JTA — Le Comité national démocrate s’apprête à examiner une résolution, la semaine prochaine, qui « condamne l’influence croissante » de l’AIPAC. La résolution condamne par ailleurs les importantes sommes d’argent venues de l’étranger, lors des élections, mais ne dénonce que le lobby pro-israélien, alors même que d’autres lobbies investissent de grosses sommes pour influencer les résultats.

Cet examen se fera dans un contexte de rejet de l’AIPAC dans les rangs et les scrutins démocrates qui fait craindre à certains démocrates juifs — parfois eux-mêmes critiques de l’AIPAC — une attitude inappropriée, voire antisémite.

« Je pense qu’il existe un courant antisémite dans ces condamnations de l’AIPAC », déclarait le mois dernier à la Jewish Telegraphic Agency le Représentant américain Dan Goldman.

Goldman a accepté l’aide de l’AIPAC pour son troisième mandat, mais il assure qu’il n’acceptera pas l’argent des entreprises qui y sont liées.

La résolution, soumise à des amendements avant son vote, affirme que l’AIPAC et son super PAC, United Democracy Project, ont été « les plus gros pourvoyeurs de fonds étrangers lors des scrutins démocrates » en 2024, à l’instar d’autres « PACs d’entreprise » et sources de « financement occulte », sans en dire plus.

Allison Minnerly, la membre du comité à l’origine de cette résolution, a déclaré à The Intercept, un média de gauche, qu’en prenant ses distances avec l’AIPAC, le Parti démocrate « pourrait se rapprocher » d’électeurs qui « n’ont peut-être pas l’impression de se sentir représentés ou entendus au sujet de Gaza, en voyant leur parti soutenir les droits des Palestiniens ou s’opposer au conflit militaire. » Minnerly avait déjà présenté une autre résolution en août dernier appelant à un embargo sur les armes contre Israël, laquelle avait été rejetée.

Selon un récent sondage NBC, 57 % des électeurs démocrates ont une opinion négative d’Israël et 13 % une opinion positive.

Des manifestants pro-palestiniens et anti-israéliens défilent lors d’une manifestation devant la Convention nationale démocrate le 22 août 2024 à Chicago. (Photo AP/Noah Berger)

Par ailleurs, de plus en plus de candidats démocrates au Congrès — voire de politiciens potentiellement intéressés par l’investiture présidentielle pour 2028 — ont pris leurs distances vis-à-vis de l’AIPAC et militent en faveur d’une aide militaire à Israël conditionnée.

Le groupe fait par ailleurs part à une opposition en ligne. Track AIPAC, l’organisme de surveillance des réseaux sociaux qui publie les chiffres des dons de campagne des lobbies pro-Israël, a gagné 442 000 abonnés sur X depuis 2024.

Lors des réunions publiques et des forums de candidats, on demande souvent aux politiciens s’ils accepteraient un soutien ou des dons du groupe.

Alana Zeitchik, militante et écrivaine israélo-américaine, explique comprendre que les candidats soient interrogés au sujet de l’AIPAC dans ce contexte, et qu’elle « aimerait bien que les candidats » refusent tous les fonds de particuliers et d’entreprises. Mais lorsqu’ils parlent de l’AIPAC « de leur propre chef », elle y voit « une stratégie politique pour nourrir la bête, une hyper-obsession ».

La résolution du Comité national démocrate fait part de ses inquiétudes concernant les « considérables fonds étrangers » versés aux candidats selon leurs positions en matière de politique étrangère, en évoquant spécifiquement les 14 millions de dollars dépensés par l’AIPAC lors d’une primaire dans l’Illinois. La question de ces dépenses « soulève des inquiétudes quant à une influence excessive sur le débat démocratique et l’élaboration des politiques publiques », lit-on dans la résolution, et « l’élaboration des positions du Parti démocrate ».

La résolution condamne « l’influence croissante de l’argent occulte et des dépenses indépendantes soutenues par les entreprises dans les élections démocrates. »

L’AIPAC est, cette année encore, le principal pourvoyeur de fonds de ces élections de mi-mandat. Le groupe, qui s’efforce de faire élire un Congrès majoritairement pro-israélien, a récemment dépensé près de 22 millions de dollars pour aider quatre candidats de l’Illinois, trois d’entre eux via des PAC de campagne portant différents noms. Deux de ses quatre favoris ont remporté les élections.

La résolution du Comité national démocrate se concentre sur l’AIPAC, sans parler d’autres groupes d’intérêts forts pourvoyeurs de fonds, comme par exemple les groupes de lobbying immobilier ou les PAC pro-IA, en pleine expansion.

Le sénateur du New Jersey Cory Booker, qui a par le passé reçu des dons de l’AIPAC avant de les refuser cette année, a déclaré à Politico, la semaine dernière, que l’attention portée à l’AIPAC était « problématique ».

« Il y a des Irano-Américains qui font des paquets d’argent. Il y a des Turco-Américains qui accumulent de l’argent. Il y a beaucoup de groupes ethniques qui mettent de l’argent, en tant que groupe, et souvent pour des choses qui ne me conviennent pas. Mais d’une manière ou d’une autre, l’AIPAC semble attirer beaucoup l’attention, et cela me pose problème », explique Booker. « L'[AIPAC] n’est pas le problème en Amérique. Le problème en Amérique, c’est l’argent en politique. »

Le sénateur Cory Booker, représentant démocrate du New Jersey, s’exprime depuis la tribune du Sénat, le 1er avril 2025. (Crédit : Senate Television via AP)

Adam Carlson, qui est directeur de la société progressiste de sondages Zenith Research, s’est moqué de ses propos par un tweet ironique balayant d’un revers de main les inquiétudes de Booker et soulignant l’absence d’un groupe de la taille de l’AIPAC pour les Iraniens ou les Turcs-Américains.

« Cory a raison. J’en ai assez que les médias traditionnels refusent de rapporter que PERSIAPAC et TURKPAC dépensent des centaines de millions de dollars pour s’immiscer dans les primaires afin de soutenir leurs candidats préférés », a écrit Carlson, qui est juif. « Ce ‘deux poids-deux mesures’ a quelque chose d’antisémite. C’est très courageux à lui de le souligner. »

Goldman, comme Booker, assurent ne pas accepter d’argent des PAC d’entreprises pour cette élection, mais Goldman n’a pas dit non au soutien de l’AIPAC.

Dans le cadre de ces primaires, Goldman fait actuellement face à une contestation de la part de Brad Lander, un progressiste juif dont les attaques contre Goldman portent essentiellement sur le soutien que lui apporte l’AIPAC.

La résolution proposée par le Comité national démocrate a beau laisser entendre que l’AIPAC façonne les positions du Parti démocrate, Goldman assure que ses opinions sont totalement indépendantes.

« Je suis très favorable à ce que l’AIPAC reconnaisse qu’elle est une organisation qui soutient avant tout l’État d’Israël et la relation États-Unis-Israël, mais cela ne signifie pas qu’elle doive rester vent debout aux côtés du gouvernement israélien », explique-t-il.

Il ajoute : « Je continuerai à travailler en toute indépendance, sur la base de ma compréhension des choses et de ma vision nuancée de la situation, en faveur d’une paix régionale et d’une solution à deux États, avec la sécurité pour Israël. »

D’autres démocrates ont déclaré avoir refusé l’AIPAC en raison de désaccords sur des questions de politique étrangère. Dans l’Illinois, le Représentant La Shawn Ford a déclaré avoir rencontré l’UDP mais n’avoir pas reçu son soutien car il refusait de satisfaire à l’exigence de soutien à l’aide militaire inconditionnelle à Israël.

Zeitchik dit ne pas apprécier les tactiques « répugnantes » de l’AIPAC, qui passent selon elle par des publicités offensives envers des politiciens pourtant pro-israéliens dès lors qu’ils se disent prêts à mettre des conditions à l’aide militaire — ce qui ne l’empêche pas de se dire inquiète de l’attention particulière portée à cette initiative.

« Je pense que cette obsession extrême envers l’AIPAC, chez les progressistes, et le fait d’en faire le croque-mitaine, le problème, a comme sous-entendu une vision du monde antisémite, une forme de réaction antisémite », estime Zeitchik.

Selon Joel Petlin, le surintendant du district scolaire – majoritairement juif – de Kiryas Joel, non loin de New York, la résolution du Comité national démocrate « met l’AIPAC en avant pour faire la même chose que ce que beaucoup d’autres groupes de pression font chaque jour. »

Il ajoute : « Si cette résolution venait à être adoptée, le Comité national démocrate cesserait de s’appeler ‘the big tent party’, car il serait alors clair que les Juifs américains n’y ont pas leur place. »

Des comptes semblables à Track AIPAC sont apparus sur Internet, toutefois sans le même succès. Oil PACs Tracker a été fondé en 2021 et compte 43 000 abonnés. Un compte appelé Melt ICE, qui suit la position des candidats sur l’ICE, a rassemblé 3 000 abonnés depuis sa création en janvier dernier.

Zeitchik dit apprécier la façon dont des candidats au Congrès tels que Jack Schlossberg, qui se présente dans le 12e district du Congrès de New York, gèrent le problème en rejetant toutes les formes de fonds de cette nature, sans pour autant s’en prendre spécifiquement à l’AIPAC.

« Le fait qu’Israël soit devenu un enjeu de divisions et que les politiciens continuent à agiter la question pour attiser encore les divisions est pour moi alarmant », conclut-elle.

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