Les discussions sur le F-35 ont commencé après les accords – envoyé émirati
Rechercher

Les discussions sur le F-35 ont commencé après les accords – envoyé émirati

Yousef al-Otaiba déclare à la Douzième chaîne que la vente d'armes a commencé après les Accords Abraham, pas avant ; pense que Biden est bien placé pour négocier avec l'Iran

Un avion de chasse israélien F-35 décolle lors de l'exercice aérien multinational "Blue Flag" à la base aérienne d'Ovda, au nord de la ville israélienne d'Eilat, le 11 novembre 2019. (Emmanuel Dunand/AFP)
Un avion de chasse israélien F-35 décolle lors de l'exercice aérien multinational "Blue Flag" à la base aérienne d'Ovda, au nord de la ville israélienne d'Eilat, le 11 novembre 2019. (Emmanuel Dunand/AFP)

L’ambassadeur émirati à Washington a déclaré que les discussions avec les Etats-Unis sur la vente d’avions à la pointe de la technologie aux Émirats arabes unis n’avaient commencé qu’après la signature d’un accord de normalisation entre Abou Dhabi et Jérusalem à Washington, au mois de septembre.

L’administration Trump a officiellement fait savoir au Congrès, mardi, qu’elle avait l’intention de vendre 50 avions de type F-35 aux EAU dans le cadre d’un accord de vente d’armes plus général – une transaction à hauteur de plus de 23 milliards de dollars – dont l’objectif de dissuader les menaces potentielles de l’Iran et ce malgré l’inquiétude de l’État juif.

« Ces discussions ont commencé après les Accords Abraham », a assuré Yousef al-Otaiba devant les caméras de la Douzième chaîne dans un entretien qui a été diffusé mardi, avant l’annonce, par les Etats-Unis, de l’approbation de la vente.

« Et au fait, cela fait six ans que nous tentons d’acquérir le F-35. Tout a donc commencé il y a très longtemps, mais il n’y avait aucun progrès et nous avons le sentiment que les Accords Abraham ont déverrouillé quelque chose, qu’ils ont permis d’ouvrir une porte », a-t-il révélé.

Il a indiqué ignorer si les Émirats se seraient rapprochés d’Israël sans savoir si l’État juif approuverait tacitement la vente d’armes américaines.

« Je crois que nous avions confiance dans l’administration américaine, que nous savions qu’elle nous aiderait à les obtenir. Ce que l’administration américaine fait avec les Israéliens, c’est à eux qu’il faut poser la question, mais je crois que nous avons eu le sentiment que cette vente pourrait se faire, que ce soit au niveau de l’administration mais aussi au niveau du Congrès, tant qu’il traiterait le problème de l’avantage militaire qualitatif israélien », a ajouté Otaiba.

Le diplomate émirati Yousef al-Otaiba dans un entretien accordé à la Douzième chaîne, le 10 novembre 2020. (Capture d’écran/Douzième chaîne)

Il a indiqué que Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense, Benny Gantz, avaient donné leur accord sur la vente après des discussions avec des responsables américains sur la préservation de cette supériorité militaire d’Israël dans la région.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a expliqué, mardi, qu’il avait autorisé la vente dans le cadre des efforts de paix livrés par l’administration américaine au Moyen-Orient, et il a directement lié cette vente à la décision des Émirats de normaliser leurs liens avec Israël.

« Nous l’avons autorisée en reconnaissance de notre relation qui ne cesse de s’approfondir avec les Émirats, et de la nécessité, pour ces derniers, d’acquérir des capacités de défense de pointe qui lui permettront de dissuader et de se défendre contre les menaces accrues provenant d’Iran », a fait savoir Pompeo.

Les parlementaires américains en ont été informés après la signature du traité diplomatique en septembre.

Les responsables israéliens avaient fait part de leur préoccupation concernant une vente éventuelle de F-35s dans la mesure où elle pouvait toucher à l’équilibre du pouvoir militaire dans la région. Pompeo a insisté sur le fait qu’elle serait « pleinement conforme » à la politique américaine de longue haleine portant sur le maintien de la supériorité militaire d’Israël.

Cette vente, d’un montant de 23,37 milliards de dollars, comprendra 50 F-35, 18 systèmes de drone de pointe de type Reaper et des munitions air-air et air-sol.

Un drone américain MQ-9 Reaper lors d’un exercice au Texas, le 3 novembre 2019. (Crédit : Air National Guard/Technical Sgt. Daniel J. Martinez)

Concernant l’Iran, Otaiba a déclaré croire à la possibilité d’un accord, ajoutant : « Il faut s’attaquer à tous les problèmes, pas seulement à l’un d’entre eux. On ne peut pas s’attaquer seulement à la question du nucléaire et oublier tous les problèmes que nous avons à gérer aujourd’hui ».

Évoquant l’administration Biden, il a estimé « qu’elle sera en meilleure position pour négocier. Aujourd’hui, il y a une nouvelle administration, mais il y a aussi beaucoup de moyens de pression sur l’Iran – les sanctions, la COVID, les prix faibles du pétrole, la région, tout ce qu’il se passe en général ».

« Pourquoi n’utilisons-nous pas ces moyens de pression pour obtenir un meilleur accord ? », a-t-il interrogé.

Interrogé sur les autres pays du Moyen-Orient qui pourraient, selon lui, conclure bientôt des accords de normalisation avec Israël, Otaiba n’a pas répondu.

« Je ne sais pas quels pays sont prêts ou quand ils le seront. Mais ce que je peux vous dire, c’est que nous avons brisé la glace, en quelque sorte. Nous avons brisé un tabou et rien n’est impossible désormais. C’est dorénavant possible ».

Soulignant les accords de normalisation signés avec Bahreïn et, bientôt, avec le Soudan dans le sillage de l’accord avec les EAU, il a déclaré que ces derniers prouvaient que « ce n’est pas une aberration… c’est une tendance ».

De gauche à droite : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Abdullatif al-Zayani et le ministre des Affaires étrangères des EAU Abdullah bin Zayed Al-Nahyan saluent du balcon Truman à la Maison Blanche après avoir participé à la signature des accords d’Abraham, par lesquels les pays du Bahreïn et les Émirats arabes unis reconnaissent Israël, à Washington DC, le 15 septembre 2020. (SAUL LOEB/AFP)

Après avoir accepté de normaliser leurs relations avec Israël au mois d’août, les responsables émiratis avaient fait part de leur volonté d’acquérir l’avion F-35. À ce moment-là, Netanyahu avait insisté sur le fait qu’il n’avait pas donné son feu vert à cette vente dans le cadre du traité signé avec les Émirats, mais Gantz et lui avaient ultérieurement renoncé aux objections qu’ils avaient soulevées concernant ce contrat d’armement spécifique.

Certains Américains se sont aussi inquiétés de ces ventes d’armes en raison de l’implication émiratie dans la campagne au Yémen, sous la direction de l’Arabie saoudite.

La Treizième chaîne israélienne, mardi soir, a indiqué que l’Arabie saoudite et le Qatar étaient intéressés par des accords de vente d’armes similaires, et elle a supposé que de telles transactions pourraient peut-être avoir lieu dans le contexte du réchauffement des liens entre ces deux pays et Israël. Le président Donald Trump a prédit, de manière répétée, que l’Arabie saoudite et jusqu’à neuf autres pays arabes étaient prêts à des accords diplomatiques avec l’État juif.

Les responsables de l’administration Trump ont reconnu que l’accord avec Israël avait placé les EAU dans une meilleure position concernant l’achat de cet avion à la pointe de la technologie, que seul l’État juif possède actuellement au Moyen-Orient.

Dans sa déclaration de mardi, Pompeo a comparé cette vente à l’aide apportée par Washington à l’Égypte et à la Jordanie lorsqu’ils avaient fait la paix avec Israël – ce qui a paru saper les propos de Netanyahu qui avait insisté avec force sur le fait que la vente d’armements n’était en rien liée à l’accord de normalisation.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo enlève son masque à son arrivée à un point-presse au département d’Etat de Washington, le 10 novembre 2020. (Crédit : Jacquelyn Martin / POOL / AFP)

Des informations faisant état de l’intention américaine de vendre des appareils F-35 aux Émirats arabes unies avaient circulé au mois d’août, quelques jours après que les EAU ont accepté de normaliser les liens avec Israël suite à des négociations menées par la Maison Blanche. Cette perspective avait choqué au sein de l’Etat juif – en particulier les responsables sécuritaires du pays que Netanyahu avait exclus des pourparlers avec Abou Dhabi.

Jusque-là, Washington avait rejeté les requêtes des pays du Moyen-Orient concernant le F-35, inquiète de ce qu’une telle vente ne mette en péril l’avantage militaire qualitatif israélien – dont la loi américaine impose le maintien pour toutes les ventes d’armes réalisées dans la région.

Netanyahu a nié de manière répétée avoir approuvé cette vente, ainsi que celle de drones à la pointe de la technologie et autres types d’armement dans le cadre des Accords Abraham, comme il a démenti tout pourparlers secrets à ce sujet – des affirmations qui ont été ouvertement mises en doute par Gantz et contestées également par les membres des partis d’opposition israéliens.

Le Premier ministre avait initialement exprimé son opposition à la vente, mais il avait fait volte-face le mois dernier, disant qu’Israël ne s’opposerait pas aux projets américains de fournir « certains systèmes d’armement » aux Émirats.

Quelques jours plus tard, la Maison Blanche avait officieusement fait part au Congrès de la proposition de transaction.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...