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CERTAINS ÉLECTEURS ARABES MINIMISENT LA MENACE DE BEN GVIR

Les électeurs de Lod choisissent entre l’extrême-droite et la gauche radicale

Les tensions à Lod se sont apaisées depuis les graves violences intercommunautaires de mai 2021, mais les émeutes sont encore fraîches dans l'esprit de certains électeurs

Une place de marché de Lod le jour des élections législatives, le 1er novembre 2022. (Crédit : Jeremy Sharon/Times of Israel)
Une place de marché de Lod le jour des élections législatives, le 1er novembre 2022. (Crédit : Jeremy Sharon/Times of Israel)

En mai 2021, la ville mixte judéo-arabe de Lod est devenue l’épicentre des pires violences intercommunautaires jamais observées en Israël, au cours desquelles deux résidents – un Arabe et un Juif – ont été tués et des dizaines ont été blessés. Les résidents arabes se sont révoltés dans la ville et ont brûlé des biens juifs à la suite des violences sur le mont du Temple à Jérusalem, tandis que des Juifs d’extrême-droite, venus de l’extérieur de Lod, se sont battus contre des résidents arabes et la police.

Mardi matin, le jour des élections législatives, dans le vaste marché en plein air de la ville, ces émeutes n’auraient pas pu sembler plus lointaines.

Sous le chaud soleil d’automne, les clients arabes côtoyaient les Juifs, les femmes musulmanes religieuses en hijab et en niqab examinaient les bijoux vendus par un Juif religieux, et le marché semblait être une scène de coexistence pacifique exemplaire.

Pourtant, bien que les électeurs locaux aient exprimé un large éventail d’opinions politiques, beaucoup ont déclaré qu’ils voteraient pour certains des partis les plus extrêmes.

Yishai Lavi a déclaré qu’il voterait pour le parti d’extrême-droite, religieusement conservateur, HaTzionout HaDatit, qui comprend la faction Otzma Yehudit dirigée par le député extrémiste Itamar Ben Gvir, parce qu’il voulait que le pays mette l’accent sur son identité juive.

« Il doit être clair pour tout le monde que c’est un pays juif. Les personnes qui sont contre l’État d’Israël ne devraient pas faire partie de la coalition », a-t-il déclaré, en faisant référence aux partis politiques arabes.

Le député Itamar Ben Gvir, à droite, et le député Bezalel Smotrich, à gauche, lors d’un événement de campagne électorale à Sderot, le 26 octobre 2022. (Crédit : Flash90)

Lavi a affirmé que l’état des relations entre Juifs et Arabes dans la ville était bon, en faisant un geste en direction des divers clients qui faisaient leurs courses sur le marché.

« Nous vivons ensemble, mais il doit être clair que c’est un État juif », a-t-il dit.

Lavi a également noté qu’il soutenait la promesse du parti HaTzionout HaDatit, d’annexer la Cisjordanie.

Interrogé sur ce qu’il pensait de l’objectif de Ben Gvir d’annexer la Cisjordanie sans donner aux Palestiniens le droit de vote, Lavi a répondu qu’il n’était pas sûr de la manière dont un tel plan fonctionnerait dans la pratique, et a refusé de dire s’il jugeait cela démocratique.

Ahmad Mansour, un habitant de Jaffa, venu à Lod pour faire ses courses au marché, a déclaré qu’il n’avait pas encore voté et qu’il n’était même pas sûr de le faire en raison de la désillusion générale à l’égard de l’ensemble du système politique.

Il a dit que s’il votait, ce serait soit pour Raam, le parti islamiste partenaire de coalition dans le gouvernement sortant, soit pour le nationaliste Balad. Mais il s’est dit insatisfait des priorités politiques de Balad.

« [Le leader de Balad, Sami] Abou Shahadeh, veut davantage s’occuper des Palestiniens. Mais il faut s’occuper des gens à l’intérieur d’Israël, des citoyens, et ensuite se préoccuper de ce qui se passe à l’extérieur », a-t-il déclaré. Selon lui, le leader du parti Raam, Mansour Abbas, a donné la priorité aux besoins des Israéliens arabes.

Le député de Raam, Mansour Abbas, à la Knesset, le 30 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Le problème le plus urgent est le coût de la vie, a-t-il déclaré, notant qu’il est difficile de joindre les deux bouts.

« Il faut faire baisser les prix. Le coût de la vie est trop élevé, l’immobilier est trop cher », a-t-il déclaré, tout en ajoutant qu’il ne croit pas vraiment que les politiciens seront efficaces pour résoudre ces problématiques.

Il a néanmoins déclaré qu’il se félicitait de l’entrée de Raam dans le gouvernement actuel, marquant la première fois qu’un parti arabe a rejoint une coalition israélienne.

« Nous sommes censés être une démocratie, alors si c’est le cas, tous les partis doivent pouvoir participer au gouvernement », a déclaré Mansour.

Il a déclaré ne pas être particulièrement inquiet au sujet de Ben Gvir, affirmant qu’il ne pensait pas que le législateur serait capable de mettre en œuvre ses politiques les plus extrêmes, mais a néanmoins recommandé que « quelqu’un le calme ».

Un bureau de vote le jour des élections législatives dans le quartier mixte judéo-arabe de Ramat Eshkol, à Lod, le 1er novembre 2022. (Crédit : Jeremy Sharon/Times of Israel)

À quelques centaines de mètres du marché, les électeurs se sont dirigés, dans un flux lent mais régulier, vers le bureau de vote situé à l’intérieur de l’école Elrazi qui se trouve dans le quartier mixte juif-arabe de Ramat Eshkol.

Des familles sionistes et religieuses se sont installées à Ramat Eshkol à la fin des années 1990 et la communauté n’a cessé de croître depuis.

Les violences de mai 2021 ont durement touché le quartier, et des biens appartenant à des résidents juifs – y compris des voitures et une synagogue – ont été incendiés au cours des émeutes.

Shifra Epstein, une résidente de Ramat Eshkol qui a voté pour HaTzionout HaDatit, approuve le projet de Ben Gvir d’assouplir les règles de « tir ouvert » pour les soldats et les policiers tout en leur accordant l’immunité pour toute action effectuée pendant leur service.

« Nous avons vu ce qui s’est passé ici pendant les émeutes, lorsque les policiers ont tout simplement fui et n’ont rien fait parce qu’ils avaient peur de ce qui pourrait leur arriver », a déclaré Epstein.

« À partir du moment où ils auront un soutien, qu’ils sauront que l’État est derrière eux et qu’ils n’auront pas à avoir peur de leur ombre, alors ils pourront travailler correctement », a-t-elle poursuivi, ajoutant qu’elle croyait que « les êtres humains, en particulier les Juifs, sont compatissants et ne tuent pas sans raison ».

Elle a dit préférer le député Bezalel Smotrich à Ben Gvir, car elle estime que le leader du parti HaTzionout HaDatit est plus modéré et inclusif que le chef de la faction Otzma Yehuda.

Une voiture de police en feu à Lod, le 12 mai 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Leila, une femme musulmane religieuse qui vit également à Ramat Eshkol, a voté peu après Epstein dans le même bureau de vote et a déclaré avoir voté pour Balad car elle ressentait un manque d’égalité en tant que citoyenne arabe.

Balad plaide pour une solution à un État dans laquelle Israël et la Cisjordanie deviendraient un seul État démocratique sans identité juive.

Leila a dit qu’elle ressentait cette inégalité dans tous les domaines, mais elle a cité en particulier le système éducatif, dans lequel – selon ses termes – « des ressources beaucoup plus importantes sont consacrées au système éducatif juif qu’aux écoles arabes ».

Comme Mansour, elle dit ne pas être trop préoccupée par les politiques extrémistes du parti HaTzionout HaDatit, parce qu’elle vit « dans un pays démocratique ».

De retour au marché, le vendeur de chaussures, David Harhouhli, a déclaré qu’il avait voté pour le parti ultra-orthodoxe Shas afin de préserver la nature religieuse du caractère juif d’Israël, malgré le fait qu’il estime que le parti ne le représente pas forcément.

« Je vote pour eux uniquement parce que je veux qu’il y ait un peu de Torah ici, un minimum de correction. Je ne crois pas en eux, je ne sais pas qui ils sont, mais je veux un parti religieux afin que ce pays conserve son identité juive », a déclaré Harhouhli.

« Je ne veux pas que n’importe qui puisse se marier, je ne veux pas de mariages juifs réformés, je veux que le Shabbat soit préservé, contrairement à aujourd’hui où il y a des bus partout pendant Shabbat ; les magasins sont ouverts, ce qui n’était pas le cas auparavant. »

« Vous pouvez entrer dans une école et personne ne connait ne serait-ce que le ‘Shema Yisrael' », a-t-il dit, en référence à un verset central récité dans la prière juive.

« Où cela nous mènera-t-il ? Si nous continuons comme ça, nous allons à coup sûr perdre notre identité juive. »

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