Les élus approuvent l’élargissement du cabinet, donnant de la marge à Netanyahu
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Les élus approuvent l’élargissement du cabinet, donnant de la marge à Netanyahu

Cette mesure controversée annulerait la limite de 18 ministres fixées en 2014 ; le Premier ministre devrait donner 26 à 28 portefeuilles à ses partenaires de la coalition

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Les employés du parlement préparent la plénière pour l'ouverture de la 21ème Knesset, le 29 avril 2019 (Crédit : Noam Moscowitz/Knesset)
Les employés du parlement préparent la plénière pour l'ouverture de la 21ème Knesset, le 29 avril 2019 (Crédit : Noam Moscowitz/Knesset)

Les membres de la Knesset ont voté lundi en faveur d’une loi controversée qui permettrait d’augmenter le nombre de postes au cabinet, afin d’appâter des potentiels partenaires de coalition au gouvernement.

Pour ce premier vote de la 21e Knesset, les députés ont voté à 65 contre 54 en faveur d’un texte de loi qui stipule que le cabinet compte entre 26 et 28 membres, au lieu des 21 actuels. Cette mesure viendrait annuler une loi de 2014 qui limite à 18 le nombres de ministres et qui a été amendée en 2015, lors des négociations de coalition après les élections.

Le texte de loi doit encore passer deux votes en séance plénière avant d’entrer en vigueur.

Etant donné que la date-butoir pour finaliser la formation d’un nouveau gouvernement approche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu cherche à attirer 5 partis, qui avec le Likud, convoitent des ministères.

En augmentant le nombre de ministères, Netanyahu obtiendrait certaines garanties de la part des partis qu’il a besoin pour obtenir une majorité, tout en satisfaisant les demandes des membres de son propre parti, qui risquent de perdre la main face aux réclamations des partenaires de la coalition.

Le député Yair Lapid, numéro 2 du parti Kakhol lavan, qui devrait être le plus grand parti de l’opposition, a fustigé ce qu’il a décrit comme des dépenses gaspillées pour des « ministères inutiles ».

« Pendant un instant, nous avons pensé que vous établirez un gouvernement qui travaillera pour le bien du pays, mais vous avez enterré cela dimanche » avec l’introduction d’un projet de loi pour élargir le cabinet, a-t-il accusé durant le débat à la Knesset lundi.

Le co-dirigeant de Kakhol lavan, Yair Lapid, fait une déclaration devant les médias à la Knesset de Jérusalem, le 13 mai 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

« Nous pouvons accrocher un panneau devant l’hôpital d’Afula qui dit ‘nous n’achèterons pas de machines IRM parce que l’argent a du aller vers un ministère inutile », a-t-il ajouté.

Lapid a accusé le Likud de chercher à établir « huit ministères inutiles », affirmant qu’il « n’y a aucune nécessité d’avoir un ‘ministère des Affaires du renseignement’, il faut simplement les postes, les chauffeurs, les salaires ».

Le député du Likud Ofir Akunis a défendu la mesure. Ministre des Sciences sous l’ancien gouvernement, il a accusé Kakhol lavan d’être anti-démocratique, soulignant qu’à l’inverse du Likud, le parti n’a pas organisé de primaires pour déterminer sa liste électorale.

« Aucun de vous, qui [vous prétendez être] des défenseurs de la démocratie, n’a été choisi par qui que ce soit, et vous parlez de démocratie ? »

Il a rejeté les critiques sur l’élargissement du cabinet, affirmant que peu de gouvernements avaient adhéré dans le passé à un nombre fixe de ministres. « La seule fois où [la loi limitant la taille du cabinet] a été pleinement respectée, c’était en 1996, avec le premier gouvernement Netanyahu », a déclaré Akunis.

Le ministre des Sciences et de la Technologie Ofir Akunis intervient lors de la séance plénière de la Knesset, le 26 avril 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le député Zeev Elkin, du Likud, a accusé les députés d’opposition de faire preuve d’hypocrisie. « Il y avait 23 ministres dans le gouvernement Yesh Atid et Yair Lapid en faisait partie », a-t-il dit, en référence au parti de Yair Lapid qui a fusionné avec Hossen LeYisrael de Benny Gantz pour former Kakhol lavan. « Et il y a des députés [dans l’opposition] qui ont servi comme ministres dans des gouvernements de 30 ministres. »

A une semaine de la date-butoir du 28 mai pour que Netanyahu soumette sa coalition à la Knesset, les négociations semblent dans l’impasse et aucun accord n’a été signé. Sans concilier les revendications du parti laïc Yisrael Beytenu et celles des ultra-orthodoxes, ainsi que celles des autres factions susceptibles de rejoindre le Likud, Netanyahu ne sera pas en mesure d’assembler une coalition d’au moins 61 sièges sur les 120 que compte la Knesset.

Après les élections de 2013, Yesh Atid a conditionné son adhésion au gouvernement à l’adoption d’une loi visant à réduire drastiquement le nombre record de 30 ministres dans le gouvernement précédent, à 18. Après les élections de 2015 cependant, la première fois que cette loi pouvait être appliquée, Netanyahu a fait adopter un amendement pour faire passer ce nombre à 21. Il souhaite désormais faire abroger cette loi.

Les membres de Kakhol lavan et d’autres partis qui finiront probablement dans l’opposition se sont élevées contre la mesure, évoquant un coût de 300 millions de shekels pour financer l’augmentation du nombre de ministères, du personnels et des frais qui y seront liés.

« Vous volez des fonds budgétaires d’un public qui en besoin. Ne faites pas semblant de vous préoccuper des patients atteints d’un cancer ou de ceux qui ont besoin d’aide quand vous leur prenez de l’argent, sous leur nez, pour vous-même », a déclaré le député Kakhol lavan Meir Cohen, durant le débat de lundi matin à la commission des arrangements de la Knesset, à l’adresse des députés du Likud de la commission.

La cheffe du Meretz Tamar Zandberg au cours d’un débat de commission de la Knesset sur l’annulation de la loi 2013 limitant le nombre de ministres, le 20 mai 2019 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« C’est un accord corrompu qui est en train de se conclure devant nous », a déclaré Tamar Zandberg , présidente du Meretz.

Gantz, de Kakhol lavan, a été jusqu’à accuser Netanyahu d’avoir recours à la « corruption politique » dans sa tentative d’élargir le nombre de postes du cabinet qu’il offrirait à ses partenaires de coalition.

« Pouvez-vous croire que nous allons parler aujourd’hui d’augmenter le nombre de ministres ? C’est encore un outil dans la mallette de la corruption politique. Le seul objectif est le gain politique. Quiconque accepte ceci accepte un pot-de-vin politique », a déclaré Gantz.

Le président de la commission Miki Zohar, du Likud, a expliqué qu’en réalité, le projet de loi offrirait davantage de stabilité et permettrait de gagner de l’argent en « évitant une nouvelle élection dans deux ans. Cela coûterait des milliards ! »

Dimanche, Netanyahu a déploré le fait que ses potentiels partenaires de coalitions avaient des demandes exagérées et obstruaient tout progrès dans les négociations. « Malheureusement, les partis sont encore au sommet des arbres qu’ils ont escaladé », a déclaré le Premier ministre à l’ouverture de la réunion du cabinet à Jérusalem.

« J’espère que nous trouverons rapidement une façon de les faire redescendre sur terre pour qu’ensemble, nous puissions établir un gouvernement stable pour l’Etat d’Israël, qui continuera à conduire le pays vers de nouveaux sommets », a-t-il dit.

Si Netanyahu ne parvient pas à former une coalition d’ici au 28 mai, la tâche pourra être confiée à un autre membre de la Knesset. Si aucun membre de la législature n’est susceptible de réussir à former un gouvernement, le pays pourrait avoir à retourner aux urnes.

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