Les États-Unis informent Israël des discussions sur le nucléaire iranien
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Les États-Unis informent Israël des discussions sur le nucléaire iranien

Le chef du Mossad devrait rencontrer Blinken à Washington alors que Jérusalem tente de faire entendre son opposition à la réintégration des Américains dans l'accord du nucléaire

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Les responsables israéliens, avec l'ambassadeur Gilad Erdan, à droite, le conseiller à la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat, deuxième à droite, rencontrent les responsables américains  Brett McGurk, à gauche, le Conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan, deuxième à gauche, et  Barbara Leaf, troisième à gauche, à l'ambassade israélienne de Washington, le 27 avril 2021. (Crédit : Ambassade d'Israël)
Les responsables israéliens, avec l'ambassadeur Gilad Erdan, à droite, le conseiller à la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat, deuxième à droite, rencontrent les responsables américains Brett McGurk, à gauche, le Conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan, deuxième à gauche, et Barbara Leaf, troisième à gauche, à l'ambassade israélienne de Washington, le 27 avril 2021. (Crédit : Ambassade d'Israël)

Les conseillers à la Sécurité nationale israélien et américain se sont rencontrés mardi à Washington, pour évoquer les inquiétudes qui entourent les ambitions nucléaires iraniennes et les efforts livrés par les États-Unis pour réintégrer l’accord qui avait été conclu entre Téhéran et les puissances mondiales.

La rencontre entre le chef du Conseil national à la sécurité intérieure Meir Ben-Shabbat et son homologue américain, Jake Sullivan, a été la première rencontre directe entre des responsables de haut-niveau des deux pays depuis l’entrée en fonction du président Joe Biden à la Maison Blanche.

« Les responsables américain et israélien ont évoqué leurs graves inquiétudes au sujet des avancées réalisées dans le programme nucléaire de l’Iran, ces dernières années. Les États-Unis ont informé Israël du déroulement des discussions à Vienne et ils ont souligné l’intérêt fort que portent les États-Unis à des consultations étroites à mettre en place, à l’avenir, avec Israël concernant ce problème du nucléaire iranien », a indiqué un compte-rendu de la Maison Blanche.

« Les États-Unis et Israël ont convenu de la menace significative représentée par le comportement agressif de l’Iran dans la région et les responsables américains ont souligné le soutien sans faille apporté par le président Biden au droit d’Israël à se défendre », a continué le communiqué.

Des agents de police devant le « Grand Hotel Wien » à Vienne, en Autriche, le 9 avril 2021, où se déroulent les négociations nucléaires à huis clos avec l’Iran. (AP Photo/Florian Schroetter)

Ben-Shabbat et Sullivan sont à la tête d’un groupe stratégique bilatéral dont l’objectif est de faire coopérer les États-Unis et Israël dans l’effort visant à empêcher la république islamique d’obtenir l’arme nucléaire. Le groupe s’était rencontré virtuellement à deux occasions ces derniers mois.

Selon la Maison-Blanche, un autre groupe bilatéral sera établi et consacrera exclusivement ses activités aux drones et missiles iraniens. « Les États-Unis et Israël ont convenu de mettre en place un groupe de travail interagences qui se focalisera sur la menace croissante incarnée par les drones et les missiles de précision qui sont produits par l’Iran et qui sont fournis à ses groupes mandataires dans toute la région du Moyen-Orient », a annoncé l’administration Biden mardi.

Parmi les personnalités présentes lors de la session organisée à l’ambassade israélienne de Washington, mardi, l’envoyé israélien aux États-Unis Gilad Erdan ; l’adjointe américaine au secrétaire d’État pour les Affaires du Proche-Orient, Barbara Leaf ; et le Coordinateur pour le Moyen-Orient et l’Afrique du nord au sein du Conseil national de sécurité, Brett McGurk.

Le directeur de l’agence de renseignement du Mossad, Yossi Cohen, a été aperçu entrant dans l’ambassade. Selon la Douzième chaîne, Cohen et Erdan devraient rencontrer le Secrétaire d’État américain Antony Blinken, pour évoquer également la question du nucléaire iranien.

Le chef d’État-major de l’armée israélienne, Aviv Kohavi, a pour sa part annulé son séjour à Washington, en compagnie de la délégation, en début de semaine dans un contexte de tensions croissantes sur la frontière avec Gaza.

Suite à la rencontre qui a eu lieu entre Sullivan et les responsables israéliens, la Maison-Blanche a aussi condamné mardi les tirs de roquettes de Gaza vers l’État juif ainsi que les affrontements entre Juifs et Arabes survenus à Jérusalem.

« Les deux parties ont aussi partagé des inquiétudes face aux confrontations violentes récentes qui ont eu lieu à Jérusalem et les responsables américains ont salué les récents appels au calme d’Israël. Les États-Unis condamnent avec force les attaques à la roquette indiscriminées qui ont récemment émané de Gaza vers Israël. Les responsables américains ont fait part du soutien continu de l’administration aux initiatives visant à faire avancer la paix entre Israéliens et Palestiniens et à promouvoir une solution à deux États au conflit », a indiqué la Maison-Blanche.

Des pourparlers indirects à Vienne entre l’Iran, les États-Unis et d’autres puissances mondiales visent à redonner vie au JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action), mis à mal par le retrait du président américain Donald Trump en 2018. L’administration Trump avait ensuite adopté des sanctions contre l’Iran dans le cadre d’une stratégie de « pressions maximales » dans le but de contraindre Téhéran à accepter un pacte plus strict de restriction de son programme d’armement nucléaire.

Biden, de son côté, cherche à réintégrer les États-Unis dans le JCPOA, mais refuse néanmoins de le faire tant que l’Iran ne se conformera pas à ses dispositions. Suite au retrait de Trump, l’Iran avait repris avec vigueur ses activités d’enrichissement de l’uranium et la république islamique a récemment augmenté cet enrichissement à un pourcentage sans précédent – 60 % – dans le contexte d’une politique à laquelle la communauté internationale s’est opposée avec véhémence.

Israël avait vivement recommandé à Biden de maintenir cette politique de « pressions maximales », affirmant qu’une réintégration au sein du JCPOA diminuerait fortement l’influence gagnée par les États-Unis en résultat des sanctions qui ont endommagé l’économie de la république islamique.

Jérusalem a aussi appelé à la mise en place d’un nouvel accord qui s’attaquerait au programme balistique de l’Iran, ainsi qu’au soutien apporté par le pays aux groupes terroristes de la région.

Ces objectifs sont appuyés par les États-Unis – qui ont néanmoins déclaré qu’ils ne pourraient pas mettre en place un nouvel accord plus large sans réintégrer le pacte existant. De plus, Washington souligne que Téhéran est plus proche aujourd’hui de la production d’une arme nucléaire que cela n’était le cas quand Trump a déserté le JCPOA.

Israël s’inquiète, de manière générale, d’un retour trop hâtif des États-Unis dans l’accord qui avait été conclu en 2015, et de ce que les préoccupations nourries par l’État juif et les autres pays du Moyen-Orient – notamment les pays du Golfe – soient ignorées.

Interrogé vendredi sur l’impact des rencontres bilatérales sur le positionnement de l’administration concernant la réintégration des États-Unis dans l’accord, la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, a répondu : « non ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a donné pour instruction à sa délégation faite de hauts-responsables de la sécurité de faire part des objections israéliennes au retour des États-Unis dans l’accord sur le nucléaire, mais sans évoquer les détails des discussions. Netanyahu avait souligné lors d’une rencontre avec les membres de la délégation, jeudi dernier, que l’État juif n’était pas partie dans l’accord conclu avec l’Iran et que ce dernier ne l’engageait donc pas.

« Israël n’est attaché qu’à ses intérêts propres en termes de sécurité et le pays agira donc en fonction de ses intérêts », a déclaré un responsable israélien.

« S’il y a, à l’avenir, des contacts sérieux du côté iranien concernant un accord amélioré, alors Israël fera part de son positionnement sur les caractéristiques et sur le contenu potentiels d’un tel accord », a-t-il ajouté.

Une explosion qui a eu lieu, au début du mois, au sein de l’usine nucléaire de Natanz a été attribuée à Israël. Les États-Unis, pour leur part, ont démenti toute implication.

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