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Les étudiants pro-palestiniens de la Cornell University démantèlent leur camp

Au moment où les campus se vident pour l'été, une manifestante a expliqué que les activistes ont préféré enlever leurs tentes eux-mêmes plutôt que d'attendre d'être délogés par la police - mais qu'ils pourraient à nouveau se mobiliser en septembre

Des étudiants de la Cornell University assis sur la pelouse sur le campus d'Ithaca, à New York, le 3 novembre 2023. (Crédit : Matt Burkhartt/Getty Images/AFP)
Des étudiants de la Cornell University assis sur la pelouse sur le campus d'Ithaca, à New York, le 3 novembre 2023. (Crédit : Matt Burkhartt/Getty Images/AFP)

JTA – Les étudiants sont en train de lever le camp qui avait été installé sur le campus de la Cornell University – un exemple rare de dissolution volontaire d’un mouvement de protestation pro-palestinien dans un établissement d’enseignement supérieur américain.

Les campements, érigés dans une série d’autres universités de tous les États-Unis, n’avaient disparu qu’après la conclusion d’un accord entre administration et manifestants ou suite à l’intervention plus ou moins musclée de la police. La venue des forces de l’ordre avait entraîné des milliers d’arrestations, des scènes de violence et les étudiants avaient dénoncé des tentatives de répression de leur liberté d’expression. Les accords conclus avec les protestataires ont provoqué la colère d’un grand nombre au sein de la communauté juive organisée qui affirme que ceux qui ont participé à ces camps doivent être sanctionnés dans la mesure où ils ont, par leurs actions, encouragé des comportements antisémites.

Mardi, les étudiants pro-palestiniens de la Cornell University ont opté pour une troisième option, démontant volontairement leurs tentes, bien avant la remise des prix au sein de l’établissement qui est prévue le 25 mai, et quelques jours après que la présidente de l’institution, Martha Pollack, a annoncé qu’elle quittait son poste.

Aucun accord n’a été conclu. Aucune arrestation n’a été faite. Les étudiants sont seulement partis de leur propre gré.

« Notre Zone libre ferme ses portes mais le combat continue », a noté la branche, à la Cornell University, de l’organisation Students for Justice in Palestine sur Instagram, dans la journée de lundi. Le post n’a pas donné de détail sur cette prise de décision mais une protestataire a déclaré que les étudiants étaient désireux de terminer leur mouvement de protestation de leur propre chef, et en déterminant eux-mêmes les conditions de leur départ.

« Nous avons démantelé le camp parce que nous voulons continuer à contrôler les choses », a expliqué Sivan Gordon-Buxbaum, une étudiante de troisième cycle à la Cornell qui est membre du mouvement antisioniste Jewish Voice for Peace, au micro de WENY, une station de radio locale.

« Nous faisons nous-mêmes nos choix et nous ne voulions pas nous retrouver à la merci de l’administration », a-t-elle ajouté. « Et c’est donc, d’une certaine manière, le choix que nous avons fait. Nous démantelons le camp. Cela va nous donner une occasion de nous regrouper, de nous refocaliser sur la mobilisation, de nous restructurer pour nous préparer potentiellement à l’automne prochain ».

Cette levée du campement survient également alors que le campus se vide. Les cours se sont terminés il y a une semaine et les étudiants sont actuellement en train de passer leurs examens, qui s’achèveront la semaine prochaine. Ces derniers jours, plusieurs autres camps ont aussi été levés de manière plus pacifique. Une démarche qui est habituellement survenue après la conclusion d’un accord avec les administrations de ces établissements d’enseignement supérieur qui se sont engagés à examiner la possibilité de désinvestir d’Israël et qui ont juré, dans certains cas, de lever les sanctions dont les leaders des manifestations ont écopé.

Une voiture de police de l’État de New York est garée devant le Centre pour la vie juive de l’université Cornell, à Ithaca (New York), le 30 octobre 2023. (Crédit : David Bauder/AP)

Ce qui a été le cas, mardi matin, au sein d’une autre université de l’Ivy League, Harvard, où le campement qui avait été dressé a été levé après que le président par intérim de l’école, Alan Garber, a accepté le principe d’une discussion sur le désinvestissement d’Israël entre les manifestants et le Conseil d’administration, selon le Harvard Crimson. Garber, qui est Juif, a pris la tête de l’université après la démission de sa prédécesseure, Claudine Gay, plongée dans la tourmente après une audience qui avait été organisée au Congrès, au mois de décembre, audience qui avait été consacrée à l’activisme pro-palestinien sur les campus des États-Unis.

Le 3 mai, les tentes qui avaient été montées sur le campus de la Tufts University ont également été démontées en l’absence d’un accord, après les menaces de poursuite en justice faites par l’administration. De leur côté, les organisateurs du mouvement de protestation à l’encontre ont accusé l’université de faire preuve de mauvaise foi. D’autres campements, notamment au sein de l’Université de Californie du sud, ont été démantelés après l’émission d’ordonnances sommant les leaders des manifestations de quitter les campus. Dans le cas de l’USC, presque une centaine de personnes avaient été arrêtées pendant des échauffourées antérieures avec la police.

Les organisateurs, au sein de la Cornell University, ont expliqué qu’ils continuaient à négocier avec l’administration, indépendamment de la démission de Pollack. Parmi les demandes des manifestants, le désinvestissement d’Israël ; la fin d’un partenariat établi entre Cornell et le Technion-Institut de Technologie israélien ; un appel au cessez-le-feu à Gaza ; l’établissement d’un département d’études palestiniennes et une déclaration, de la part de l’université, établissant que l’anti-sionisme n’est pas une expression d’antisémitisme. Ils réclament aussi la levée des sanctions pour les protestataires ainsi que la « restitution » de terres – avec « un surplus » – aux populations indigènes de la région.

« Alors que l’administration a tenté de ralentir les pourparlers, leur rythme est en train de s’accélérer à nouveau », a noté la publication écrite sur Instagram par l’organisation Students for Justice in Palestine. Les manifestants de la Cornell University ont estimé que leur mouvement avait été un succès – même en l’absence de conclusion d’un accord. Ils ont expliqué qu’ils avaient reçu « des dons fiscaux généreux de la part de la communauté » et qu’ils prévoyaient d’en donner une grande partie « aux organisations caritatives qui soutiennent les Palestiniens à Gaza ».

Le campement installé à Cornell, qui est resté pendant 18 jours, a largement évité les agitations et les accusations d’antisémitisme auxquelles d’autres camps, ailleurs, ne sont pas parvenus à échapper. Cornell avait attiré l’attention, au début de la guerre, quand un étudiant avait envoyé des menaces de mort et des menaces de viol à ses pairs juifs et lorsqu’un professeur avait fait savoir qu’il était « euphorique » au lendemain de l’attaque commise par le Hamas, le 7 octobre.

Quelques protestataires ont été suspendus au sein de l’établissement mais un professeur juif, sur le campus, dit à la Jewish Telegraphic Agency que le mouvement de protestation est majoritairement resté pacifique.

Des sympathisants pro-palestiniens de l’Université de Harvard et du Massachusetts Institute of Technology (MIT) rassemblés dans un campement anti-Israël au MIT, à Cambridge, dans le Massachusetts, le 22 avril 2024. (Crédit : Joseph Prezioso/AFP)

« Dans l’ensemble, cela a été l’exemple d’une désobéissance civile non-violente de la part des manifestants, ce type d’exemple qu’on pourrait trouver dans un manuel », déclare Menachem Rosensaft, professeur de droit adjoint qui est actuellement en charge d’un cours consacré à l’antisémitisme au regard du droit. Rosensaft est également ancien conseiller général auprès du Congrès juif mondial.

Dans les semaines qui avaient suivi l’établissement successif de ces camps sur les campus américains, les responsables élus et les groupes juifs avaient exercé des pressions sur les universités en faveur d’un démantèlement des tentes avant que le semestre ne se termine. Les pressions exercées dans ce sens sur l’université de Columbia, sommée de disperser ses manifestants pro-palestiniens – ils avaient été les premiers à dresser un campement au sein de leur établissement – avaient finalement amené l’université à utiliser la force, ce qui avait entraîné une opposition féroce dans tous les États-Unis. Columbia a annulé ses cérémonies de remise des diplômes au début du mois.

Certains camps ont été remplacés par des manifestations plus agressives. Un campement qui avait été dressé, la semaine dernière, par les étudiants du Pomona College à l’endroit où cette école de Californie devait organiser sa remise de diplôme avait été abandonné après la décision prise par l’institution d’organiser sa cérémonie sur le campus de l’USC. Un groupe d’une centaine de personnes avaient alors pris d’assaut le campus, entraînant des heurts avec la police et au moins une arrestation.

Des manifestants pro-palestiniens se rassemblent devant le Shrine Auditorium où une cérémonie de remise des diplômes est organisée pour les étudiants du Ponoma College de Los Angeles, le 12 mai 2024. (Crédit :AP/Ryan Sun)

Mais Rosensaft estime, pour sa part, que les manifestants du campus de Cornell, contrairement à de nombreux autres, sont en train de réaliser les limites de leur activisme.

« Je suis certain que les étudiants, dans le camp, ont eu le sentiment qu’ils avaient dit tout ce qu’ils avaient à dire et qu’il était peu probable qu’ils aient davantage d’impact », explique-t-il. « Je ne peux que présumer qu’ils ont réalisé que l’administration n’allait pas leur accorder un supplément d’oxygène, qu’elle allait augmenter encore la température et qu’elle pouvait passer à la confrontation – et la vaste majorité des étudiants et des employés n’étaient tout simplement pas prêts à ça ».

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