Les facultés israéliennes appelées à ne plus parler de politique lors des cours
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Les facultés israéliennes appelées à ne plus parler de politique lors des cours

Ces règles contentieuses, qui entreront en vigueur en 2019 et qui ont été avancées par le ministre de l'Education, incluent également l'interdiction d’appeler au boycott d'Israël

Des étudiants israéliens participent à une expérience de chimie à l'université de Tel Aviv, le 22 septembre 2011 (Crédit photo : Gili Yaari / Flash90)
Des étudiants israéliens participent à une expérience de chimie à l'université de Tel Aviv, le 22 septembre 2011 (Crédit photo : Gili Yaari / Flash90)

Un projet de code d’éthique à destination des établissements universitaires a été approuvé et entrera en vigueur au début de l’année prochaine. Le programme a attiré la controverse l’an dernier car il inclut une clause qui empêchera les maîtres de conférence de promouvoir des programmes politiques spécifiques ou le boycott d’Israël lors de leurs cours.

Cependant, la clause controversée interdisant la politique lors de conférences ne sera pas obligatoire, du moins au début, a déclaré dimanche dans un communiqué le Conseil pour l’enseignement supérieur en Israël, l’organe directeur national pour les institutions universitaires.

Le document fixant les limites de l’activisme politique par des maitres de conférence a été élaboré l’année dernière par le philosophe Asa Kasher, qui est également l’auteur du code d’éthique de l’armée, à la demande du ministre de l’Education Naftali Bennett.

Bien que le code ne vise pas une orientation politique en particulier, les universités israéliennes sont souvent perçues comme étant de gauche. Les critiques du programme ont accusé Bennett, dirigeant du parti religieux HaBayit HaYehudi (droite), de tenter de limiter le pouvoir des voix libérales dans les établissements de l’enseignement supérieur tout en y apportant des points de vue plus conservateurs.

En juillet dernier, Kasher a présenté le programme à Bennett, qui a tweeté dimanche matin la déclaration complète du Conseil de l’enseignement supérieur, affirmant qu’il le faisait « afin d’éviter la controverse et les distorsions ».

« Lisez-la », a-t-il ajouté. « Chaque mot a un sens. »

Asa Kasher lors d’une conférence à l’université Bar-Ilan près de Tel Aviv, le 11 juin 2017 (Crédit : Flash90)

Le code interdit également la discrimination envers ou en faveur de conférenciers ou d’étudiants en fonction de leurs opinions politiques, et interdit de participer ou de réclamer des boycotts académiques d’instituts israéliens, qui ont été souhaités par des militants pro-palestiniens du monde entier.

Le code interdit également la « propagande de parti » dans les amphithéâtres ainsi que le fait de présenter une vision politique personnelle comme étant celle d’une institution.

« La décision d’engager des actions contre un membre du personnel qui aurait violé les instructions ci-dessus sera prise dans le cadre de la procédure disciplinaire normale, ainsi que son jugement et sa condamnation s’il est reconnu coupable », indique le communiqué.

Le conseil a déclaré que le code serait intégré dans les règles disciplinaires de toutes les universités et facultés d’Israël d’ici le début de l’année 2019 et qu’elles seraient toutes tenues de l’appliquer.

Cependant, bien que les institutions soient tenues d’inclure la plus grande partie du code dans leurs nouvelles règles, elles ne seront pas obligées d’inclure l’article qui a attiré le plus de critiques lors de sa première proposition. Cette clause interdirait aux conférenciers « d’abuser de leur position afin de défendre systématiquement et indûment une opinion politique, d’une manière qui s’écarte clairement de ce qui est requis afin d’enseigner le sujet du cours ».

Néanmoins, ajoute le communiqué, le Conseil s’attend à ce que les universités incluent et appliquent également cette clause. Selon un rapport publié dimanche dans le quotidien Yedioth Ahronoth, le conseil envisagerait de l’ajouter à l’avenir à la liste des articles obligatoires s’il n’était pas inclus et appliqué dès l’année prochaine.

Le ministre de l’Education, Naftali Bennett, assiste à la conférence Muni Expo 2018 au Centre des congrès de Tel Aviv, le 14 février 2018 (Tomer Neuberg / Flash90)

Selon le rapport, le Conseil de l’enseignement supérieur a discuté du code de déontologie avec des représentants des différentes institutions académiques et a entendu leurs réserves. Finalement, il a déclaré qu’il « reconnaissait l’importance suprême de la liberté académique et de l’excellence, tout en rejetant catégoriquement la politisation dans le milieu universitaire ».

Les établissements universitaires seront tenus de faire part de leurs progrès dans la mise en œuvre du nouveau code d’éthique au Conseil de l’enseignement supérieur d’ici 2020.

« Nous devrions garder le monde académique libre de la politique et de motivations inappropriées », a déclaré M. Bennett, cité par le Yedioth, au cours du week-end. « Liberté académique absolue : oui ; faire avancer un programme politique et appeler au boycott : non. Nous laissons la politique à l’extérieur, aux portes du monde universitaire. »

L’année dernière, Bennett a défendu le programme en affirmant qu’il s’appliquerait à la fois à la gauche et à la droite du champ politique. « Le programme n’est dirigé contre aucun parti politique et balaie la gauche et la droite – et de toute façon, aucun camp n’a de raison de s’y opposer », a-t-il dit.

Néanmoins, un groupe de doyens d’universités a critiqué le Conseil de l’enseignement supérieur, définissant sa décision d’approuver le code de « continuation de la tendance malheureuse dans laquelle le code d’éthique devient une censure politique qui bafoue les principes les plus fondamentaux de liberté académique et de recherche libre et qui vise à faire taire certaines voix ».

« Nous assistons à une baisse dangereuse de la liberté d’expression et de la liberté académique, telle qu’elle est pratiquée dans des pays arriérés, et qui n’a pas lieu d’être dans un pays qui prétend être démocratique », poursuit leur déclaration.

Stuart Winer a contribué à cet article.

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