Les habitants de la mer Morte tentent de s’en sortir
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Les habitants de la mer Morte tentent de s’en sortir

Ils ont une terre précaire sous leurs pieds et une géopolitique de l’économie hydraulique difficile, les résidents de la région se battent pour voir le verre à moitié plein

Lorsque Yariv Kita, le directeur commercial du Kibbutz Ein Gedi, quitte le Kibbutz au volant de sa voiture, il ne peut échapper aux marques de destruction causées par les dolines autour de sa maison.

De l’autre côté de l’entrée du Kibbutz, il y a un verger de dattiers morts, des palmiers qui se sont multipliés et qui ressemblent à des poupées de chiffon molles. Derrière se trouvent les vestiges de la plage publique du Kibbutz – des structures destinées au public, dont un terrain de camping, un kiosque et un restaurant.

“Ces cratères menacent notre existence”, dit Kita.

Le secteur, dont ce qui fut dans le passé une partie de la Route 90, est maintenant une zone interdite. Le paysage est criblé de dolines, dont l’origine se trouve dans le niveau d’eau qui ne cesse de baisser rapidement dans la mer Morte, à proximité.

Les dolines – ces cratères soudains et dangereux qui se forment lorsque la pierre, sous la surface, est dissoute par les eaux souterraines – ont commencé à apparaître autour de la mer Morte à la fin des années 1980, en raison du déclin rapide de la nappe d’eau. Aujourd’hui, le niveau de l’eau baisse d’un mètre chaque année.

Les cratères, dans le sol, ont toutes les formes et toutes les tailles. Certains font plus de 50 mètres de circonférence et 30 mètres de profondeur, d’autres moins d’un mètre. En 1990, il y avait un peu plus de 100 dolines, selon l’Institut géologique d’Israël.

Aujourd’hui, il y en a un peu plus de 6 000, et de nouvelles ne cessent d’apparaître quotidiennement.

La survie du Kibbutz Ein Gedi n’est que l’un des nombreux défis économiques que la présence de ces cratères impose aux habitants qui vivent aux abords de la mer Morte. Des centaines de résidents tentent, de manière précaire, de vivre dans une zone dont les caractéristiques géographiques sont en pleine mutation sous leurs pieds.

Des solutions sont possibles, clament les leaders locaux, mais elles coûteront chères. Et l’inaction plongera la région dans une pauvreté et un isolement plus importants encore, disent-ils.

“Nous avons perdu 300 dunams (un peu plus de 30 hectares), ils sont totalement partis”, explique Kita. « Nous avons perdu des millions de shekels. Nous sommes encore en train d’évaluer l’impact financier ».

Au-delà des pertes physiques causées par les dolines, ajoute Kitan, le Kibbutz est également en train de perdre un élément moins tangible : l’espoir.

“Ce qui est en danger, c’est vraiment la question de la poursuite de notre implantation dans la région de la mer Morte”, dit-il. « Personne n’a quitté le Kibbutz – on adore cet endroit – mais c’est une grosse inquiétude ».

Comme de nombreuses zones rurales, Ein Gedi se bat avec le problème démographique. C’est difficile d’attirer des jeunes dans la région et d’encourager une nouvelle génération à rester dans le secteur plutôt que de déménager vers le centre.

« Nous sommes dans un petit périmètre isolé et il n’y a aucune raison de venir vivre ici”, indique Kita. “A l’heure actuelle, nous n’avons que trois bébés à la maison des enfants [communale du Kibbutz]. Nous devons nous renouveler. Sans vies nouvelles, nous ne survivrons pas ».

Des constructions abandonnées sur la page publique du Kibbutz Ein Gedi le 3 janvier 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Des constructions abandonnées sur la page publique du Kibbutz Ein Gedi le 3 janvier 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« Nous demandons du soutien et de l’aide », ajoute Kita. « C’est trop difficile pour qu’on se charge de tout ça nous-mêmes. L’état doit nous aider. Nous ne sommes pas responsables de ce problème, nous n’avons aucun contrôle dessus et nous devons continuer à gagner notre vie ici ».

C’est un défi pour tous les Kibbutz ruraux d’attirer de nouveaux membres. Mais alors qu’Ein Gedi se trouve littéralement englouti sous les dolines, les perspectives s’assombrissent encore. Le Kibbutz lui-même n’est pas dans la zone de danger des cratères dans la mesure où il se situe à l’écart de la rive. Mais alors que les dolines se multiplient, ce sont les emplois qui se raréfient.

Flottant sur une mer non-imposable

Le maire du Conseil régional de Tamar, Dov Litvinoff, membre du Kibbutz, partage les même sentiments que Kita, même s’il est plus optimiste sur une éventuelle gestion future des cratères.

‘Nous voulons faire aboutir l’idée sioniste de l’installation sur la rive gauche de la mer Morte. Mais je suis optimiste. Même avec les problèmes, il est possible de continuer à vivre ici’

« Le problème des dolines ne disparaîtra pas mais je pense que c’est un problème avec lequel nous pouvons coexister”, dit-il. “Nous avons besoin d’être orientés pour trouver comment nous pouvons continuer à vivre en côtoyant ce phénomène, nous avons besoin de l’aide du gouvernement pour conserver nos habitants dans la zone ».

« Nous voulons faire aboutir l’idée sioniste de l’installation sur la rive gauche de la mer Morte », ajoute-t-il. « Mais je suis optimiste. Même avec les problèmes, il est possible de continuer à vivre ici. Je n’accepte pas cette manière d’abandonner, cette amertume selon laquelle il n’y aurait rien que nous ne puissions faire ici ».

Litvinoff voudrait que le gouvernement approuve un statut particulier pour les résidents, similaire à celui qui est octroyé aux habitants des communautés adjacentes de Gaza, qui obtiennent des subventions et des réductions d’impôts et permettrait de rendre l’installation dans la région économiquement avantageuse.

Pour faire revenir les touristes, il veut créer une zone économique spéciale dans le secteur de la mer Morte, une zone franche à valeur ajoutée comme celle qui existe à Eilat pour encourager les magasins et les entreprises commerciales.

Une série de dolines le long des rives de la mer Morte le 11 janvier 2017. aujourd'hui, on en compte plus de 6 000 et ces cratères continuent quotidiennement à apparaître. (Crédit :Melanie Lidman/Times of Israel)
Une série de dolines le long des rives de la mer Morte le 11 janvier 2017. aujourd’hui, on en compte plus de 6 000 et ces cratères continuent quotidiennement à apparaître. (Crédit :Melanie Lidman/Times of Israel)

Mais, reconnaissant que l’industrie pourrait ne plus jamais atteindre le niveau qu’elle a connu dans le passé, Litvinoff envisage également des opportunités d’emplois alternatives et indépendantes du tourisme pour assurer l’avenir de la région.

Il cite un partenariat avec l’université de Tel Aviv pour étendre le Centre de recherches de la mer Morte, qui permettrait de faire venir une population fortement diplômée dans le secteur.

Kita imagine voir, pour sa part, un parc technologique, dont un accélérateur de hautes-technologies, comme source potentielle de création de nouveaux emplois.

Litvinoff met la pression sur l’état pour obtenir la somme de 300 à 400 millions de shekels (soit 80 millions à 106 millions de dollars) pour améliorer l’infrastructure routière dans les cinq années à venir.

Les inondations régulières et l’hiver, ont mené à la fermeture des routes, parfois pendant des jours, forçant les enfants du secteur à manquer jusqu’à trois jours d’école, explique-t-il.

Le pont d’Arugot, qui a coûté 60 millions de shekels (soit 15 millions de dollars) devait résoudre ce problème, mais il a été construit sur une zone sensible aux cratères et a été abandonné après seulement six ans d’usage.

Les dolines sont causées par l’eau douce qui dissout les dépôts de sel, provoquant l’effondrement de la terre qui entoure ces dépôts lors de leur désintégration.

Alors que le niveau de la mer Morte ne cesse de baisser, l’eau douce souterraine vient pousser le littoral fuyant, rencontrant de nouveaux dépôts salins et créant de nouvelles dolines.

« Aujourd’hui, nous savons mieux où nous pouvons construire et où nous ne pouvons pas le faire », explique Litvinoff. « Mais les constructions sont également plus chères parce que nous devons creuser avant de les commencer. Si nous trouvons des dépôts de sel, alors nous savons que nous ne devons pas construire là ».

‘On n’a pas le sentiment d’être dans un bassin’

La mer Morte est présentée dans toutes les brochures et dans toutes les publicités qui font la promotion d’Israël, et personne n’a davantage conscience de l’importance des bonnes infrastructures dans la région que le ministère du Tourisme.

Tandis que seulement quelques initiatives éparses ont été entreprises au nord de la mer Morte, le ministre du Tourisme a mis tous ses oeufs dans le même panier : Ein Boqek, le principal pôle touristique sur les rives du bassin sud de la mer Morte.

En 2012, le gouvernement a alloué la somme de 833 millions de shekels (222 millions de dollars) à un projet sur cinq ans visant à réhabiliter la mer Morte.

La plus grande partie de ce montant a été consacrée au développement touristique et hôtelier, tandis que 134 millions de shekels ont été destinés à la protection environnementale et au problème des dolines dans le nord de la zone.

Le ministère du Tourisme est sur le point de lancer un appel d’offres concernant le « projet de la vallée de la mer Morte », qui comprendra 14 nouveaux hôtels situés entre Ein Boqek et Hamei Zohar, une autre plage à quelques kilomètres au sud. Cela permettra de doubler le nombre de chambres d’hôtels, qui passera de 4 000 aujourd’hui à 8 000.

La zone hôtelière à Ein Boqek a actuellement un parc de 4000 chambres d'hôtel, mais un projet du ministère du Tourisme prévoir de doubler leur nombre. (Autorisation : Conseil régional de Tamar)
La zone hôtelière à Ein Boqek a actuellement un parc de 4000 chambres d’hôtel, mais un projet du ministère du Tourisme prévoir de doubler leur nombre. (Autorisation : Conseil régional de Tamar)

Mais tandis que le ministère du Tourisme se presse de construire davantage de chambres, les visites depuis l’étranger ont baissé au cours des cinq dernières années.

En 2010, 183 000 touristes venant de l’international s’étaient rendus sur les sites de la mer Morte. Il n’ont été que 143 500 en 2015.

Le tourisme national a augmenté ces cinq dernières années, passant de 643 000 personnes en 2010 à presque 750 000 personnes en 2015, même si les Israéliens sont dotés d’un budget moindre que celui des étrangers.

Avec la fermeture des plages Mineral Beach et Ein Gedi Beach, il ne reste plus qu’une plage reconnue sur le bassin nord de la mer Morte, Kalia Beach, qui est publique mais dont l’entrée est payante. La majorité des visiteurs accèdent à l’eau par le biais d’une plage non-reconnue d’Einot Samar.

La plupart des touristes qui visitent la mer Morte se rendent presque exclusivement à Eint Boqek, au bord du rivage d’un bassin d’évaporation artificiel qui sert à séparer les minéraux de l’eau.

Pour Litvinoff, cela ne constitue pas un problème. « L’eau est la même, le sentiment est le même, les minéraux sont les mêmes », s’exclame-t-il. « Vous dites que c’est un bassin, mais c’est un bassin de 80 kilomètres carrés. Il fait une fois et demi la taille de Tel Aviv, on n’a pas le sentiment d’être dans un bassin ».

Quand il pleut, il pleut à verse

Ironiquement, tandis que le versant nord de la mer Morte a un besoin d’eau désespéré, le bassin sud connaît le problème opposé : celui des inondations.

Le bassin sud accueille toutes les usines de la mer Morte. Elles pompent l’eau du bassin nord vers le bassin sud afin d’extraire des minéraux comme la potasse et le sel, entre autres.

« Les usines extraient les minéraux qu’elles veulent, et tous les sédiments dont elles ne veulent pas se déposent au fond, ce qui signifie que le fond des bassins d’évaporation s’élève », explique Edelstein. Alors qu’ils continuent à pomper les mêmes niveaux d’eau dans le bassin sud, les inondations deviennent inévitables.

« Je dis toujours aux touristes de ne pas rester dans un hôtel au bord de l’eau parce que leurs fondations sont probablement remplies d’eau salée », dit Jaky Ben Zaken, qui dirige une entreprise d’excursions en bateau près de Mitzpe Shalem, ne plaisantant qu’à moitié.

Les hôtels le long du rivage de la mer Morte (Crédit : Mendy Hechtman/Flash90)
Les hôtels le long du rivage de la mer Morte (Crédit : Mendy Hechtman/Flash90)

Au mois de décembre 2015, le gouvernement a approuvé un plan de 3,8 milliards de shekels (980 millions de dollars) pour récolter certains de ces sédiments dans le but de tenter de mettre un terme aux inondations.

Israël Chemicals, l’entreprise responsable des usines, fournira un montant de 3,04 milliards de shekels et l’état financera le reste, a rapporté le journal Haaretz. Le double problème de la rétraction et des inondations simultanées montre comment chaque lieu, le long de la mer Morte, devra trouver une solution qui lui sera propre.

Dans un effort visant à régler certains de ces problèmes, Eli Groner, directeur général du bureau du Premier ministre, a rencontré un groupe de responsables de plusieurs ministères et de conseils régionaux durant une tournée dans la zone le 26 janvier.

« Entre autres, l’équipe a examiné les effets des problèmes environnementaux sur les sources de revenus dans la région, sur le tourisme, l’agriculture et les infrastructures de transport », a indiqué une porte-parole.

Afin de rester à son niveau actuel, la mer Morte a besoin d’environ 800 millions de mètres-cubes par an.

Dans le meilleur scénario possible, les changements dans les politiques de gestion de l’eau permettront à environ 400 millions de mètre-cubes de retourner à la mer : 200 millions de mètres-cubes depuis Israël, 100 millions depuis la Jordanie, et 100 millions depuis la Syrie, selon EcoPeace, qui fait la promotion de programmes coopératifs entre Israël, la Jordanie et les Palestiniens.

Pour conserver la mer à flot, Groner a souligné le projet dit du canal ‘Red-Dead’ qui permettra à l’eau de la mer Rouge de se déverser dans la mer Morte.

« En tant que solution à moyen et à long terme, l’état d’Israël et le royaume hachémite de Jordanie font la promotion du projet RSDSC (Red Sea-Dead Sea Water Conveyance Project), une canalisation qui pompera des centaines de millions de mètres-cubes d’eau vers la mer Morte. La première phase du projet devrait compenser la chute annuelle du niveau de l’eau et, s’il est décidé d’étendre le projet, alors il s’agira de stabiliser ce niveau d’eau ».

Alors que le niveau de l'eau baisse, les scientifiques découvrent des "cheminées de sel", des formations salines qui ont grandi autour de sources d'eau douce souterraines. La raison de la cristallisation du sel autour des courants d'eau douce - comme on le peut voir sur cette photo prise le 11 janvier 2017 - est encore incertaine pour la science (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
Alors que le niveau de l’eau baisse, les scientifiques découvrent des « cheminées de sel », des formations salines qui ont grandi autour de sources d’eau douce souterraines. La raison de la cristallisation du sel autour des courants d’eau douce – comme on le peut voir sur cette photo prise le 11 janvier 2017 – est encore incertaine pour la science (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Un certain nombre de pays et de dirigeants du globe se sont engagés à participer financièrement à ce projet qui coûtera 10 milliards de dollars et qui fait déjà l’objet d’un appel d’offres.

Selon le plan, une usine de dessalement de l’eau de la ville jordanienne d’Aqaba, à côté d’Eilat, pompera sa saumure (une eau très salée qui subsiste après le processus de dessalement) à 200 kilomètres au nord de la mer Morte. Et cela permettra de résoudre un autre problème : en effet, si le dessalement offrira une eau très recherchée au sud d’Israël et à la Jordanie pour des usages agricoles et de consommation, la saumure devra se déverser ailleurs que dans la mer Rouge, qui accueille des coraux très sensibles.

Les scientifiques contrôleront avec beaucoup d’attention le niveau d’eau de la mer Morte pour maintenir l’équilibre.

Toutefois, ce projet ne permettra de faire venir qu’environ 800 à 100 millions de mètre-cubes par an, selon les estimations, et 225 millions de litres-cubes par an à l’avenir.

Dans la mesure où la mer Morte a besoin de 800 millions de mètres-cubes par an simplement pour se stabiliser, ce projet onéreux offrira l’eau nécessaire mais « ne sauvera pas la mer Morte », comme cela avait été annoncé aux donateurs du monde entier.

Pas d’eau perdue

« On ne peut pas blâmer Bibi [le Premier ministre Benjamin Netanyahu] ou Trump ou même [le chef suprême iranien Ali] Khamenei, et on ne peut même pas blâmer Dieu », dit Uri Schor, porte-parole de Mekorot, la compagnie nationale israélienne des eaux. « Le fait est qu’au cours des dernières années, le nord a eu moins de pluie. Mais le besoin en eau ne cesse de grandir parce qu’il y a plus de gens, pas seulement des Israéliens mais aussi des Jordaniens ».

Il faut également compter l’afflux de presque un million de réfugiés syriens en Jordanie.

Au cours de la dernière saison pluvieuse d’hiver, la mer de Galilée ne s’est élevée que de 40 centimètres. Durant un hiver moyen, elle devrait s’élever d’environ 1,75 mètre, explique Schor. Le niveau de la mer est encore à 40 centimètres au-dessous de « la ligne rouge inférieure », une démarcation inventée après que le lac de Tibériade est tombé en dessous de ce qu’on appelle dorénavant la « ligne rouge supérieure ».

Des pierres recouvertes de sel sur les rives du bassin nord de la mer Morte le 11 janvier 2017 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
Des pierres recouvertes de sel sur les rives du bassin nord de la mer Morte le 11 janvier 2017 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Grâce aux prouesses d’Israël en termes de dessalement, le pays siphonne le niveau minimum possible d’eau dans la mer de Galilée afin de maintenir ce réservoir en renfort en cas de nécessité d’approvisionnement d’urgence. L’état juif ponctionne environ 25 millions de mètres-cubes d’eau par an.

Auparavant, Israël prenait plus de 350 millions de mètres-cubes d’eau par an dans la mer de Galilée.

‘Les solutions viendront uniquement d’un travail mené tous ensemble. Le problème est à la frontière et on doit donc s’appuyer sur la coopération. Sans coopération et sans compréhension, il n’y aura jamais une solution’

L’ouverture du barrage pour permettre à l’eau de s’écouler naturellement le long du fleuve Jourdain n’est tout simplement pas possible, dit Schor.

Mekorot, comme le gouvernement, soutient le projet RSDSC.

« Cette solution soulève de nombreuses questions », note Schor. « Mais apporter de l’eau depuis la mer de Galilée n’est pas possible. Les choses ne sont plus comme elles étaient ».

Edelstein, d’EcoPeace, estime que la situation est tellement dure que même ses spécialistes ne sont guère pointilleux sur l’eau à utiliser.

« Pas besoin de prendre de l’eau de mer de Galilée. Ça peut être de l’eau dessalée ou même des eaux usées traitées », dit-elle. N’importe quelle eau peut aider à réhabiliter le fleuve du Jourdain et permettre à la mer Morte de survivre.

Mais tout le monde – géologues, militants, politiciens, leaders ainsi que les habitants – reconnaissent que le problème obligera à se montrer créatif et qu’Israël comme la Jordanie devront faire preuve d’habileté.

Le géologue Ariel Meroz marche sur la pointe des pieds sur une mince croûte recouvrant une doline le 11 janvier 2017 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
Le géologue Ariel Meroz marche sur la pointe des pieds sur une mince croûte recouvrant une doline le 11 janvier 2017 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

« Ce problème est régional et il n’appartient à personne en particulier – c’est pourquoi la compréhension et la coopération sont importantes de tous les côtés », indique Ariel Meroz, géologue auprès de l’Institut de géologie israélien qui a participé à une conférence, en Jordanie, à l’Université de Potsdam, en présence d’homologues israéliens, jordaniens, allemands et des Territoires palestiniens.

Il explique que les scientifiques lors de cette conférence ont majoritairement placé la politique de côté pour partager les connaissances et les idées.

« Les solutions viendront uniquement d’un travail mené tous ensemble », dit-il. « Le problème est à la frontière et on doit donc s’appuyer sur la coopération. Sans coopération et sans compréhension, il n’y aura jamais de solution ».

Nous avons déjà vécu ici auparavant

Même si les dolines semblent être un problème nouveau, les preuves de la présence de cratères similaires peuvent être trouvées dans une source improbable – la Torah.

En 2001, Eli Raz, un résident du Kibbutz Ein Gedi et l’un des plus importants experts d’Israël sur la question des dolines, a écrit un article avec Amos Frumpkin de l’Université hébraïque.

Dans cet article, les deux hommes formulaient l’hypothèse que les cratères puissent avoir figuré dans le chapitre 14 de la Genèse sur Sodome and Gomorrhe. Les spécialistes de la Bible estiment que ce récit s’est déroulé environ 2000 ans avant l’ère commune, à un moment où la mer Morte connaissait une baisse de niveau dramatique, selon des preuves géologiques.

Durant la bataille des quatre rois, le verset 10 affirme : « La vallée de Siddim [aujourd’hui de la mer Morte] était couverte de puits de bitume. Le roi de Sodome et celui de Gomorrhe prirent la fuite, et y tombèrent… »

Une grotte de sel sur les rives de la mer Morte le 11 janvier 2017 (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Une grotte de sel sur les rives de la mer Morte le 11 janvier 2017 (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« Les deux rois, vivant dans cette vallée, auraient dû être familiers avec ces cratères qui, semble-t-il, caractérisaient la région », ont écrit Raz et Frumpkin. « Le fait qu’ils soient tombés dans ce gouffre suggère un événement inattendu, peut-être un effondrement catastrophique qui a avalé les deux rois dans leur fuite ».

Raz sait bien à quoi ressemble l’un de ces tragiques affaissements. En 2003, il a passé 13 heures piégé dans un cratère, écrivant une lettre d’adieu à sa famille sur du papier hygiénique après qu’une doline qu’il était en train de mesurer ne s’effondre, l’aspirant à l’intérieur. Il a été finalement secouru.

Israël a fait beaucoup de chemin au cours des dernières années. Aujourd’hui, l’imagerie satellite détaillée, appelée radar à synthèse d’ouverture (InSAR), permet aux ingénieurs et aux géologues de traquer les glissements et les baisses à l’échelle millimétrique sur le terrain, à chaque minute, en utilisant les photos prises depuis l’espace.

Cette méthode permet également aux autorités de fermer la Route 90 et la plage d’Ein Gedi avant que des cratères n’avalent des populations entières.

Mais contrairement à l’époque de Sodome et Gomorrhe, le fleuve du Jourdain qui pourvoit la mer Morte reste aride et sec. La société peut toujours construire de nouveaux ponts, des barrages et des routes pour tenter de contourner la réalité de la disparition de la mer Morte et vivre avec la nouvelle réalité créée par les dolines.

Alors qu’il n’y a pas de solution permanente à l’horizon au déclin rapide de la mer Morte, les cratères menaces d’avaler les espoirs d’avenir d’une région entière en plus des constructions et des routes d’ores et déjà laissés à l’abandon.

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