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Les incitations à la violence toujours dans les manuels scolaires de l’UNRWA

Selon une organisation israélienne, le contenu n’aurait été supprimé que dans le portail public, pas dans les livres de l'Office de l'ONU pour les réfugiés palestiniens

Un enseignant supervise des écoliers palestiniens pendant leur examen final à l'école de garçons de l'UNRWA d'Hébron, dans la ville d'Hébron en Cisjordanie, le 26 mai 2019. Illustration (Crédit : Nasser Nasser/AP)
Un enseignant supervise des écoliers palestiniens pendant leur examen final à l'école de garçons de l'UNRWA d'Hébron, dans la ville d'Hébron en Cisjordanie, le 26 mai 2019. Illustration (Crédit : Nasser Nasser/AP)

Un organisme de surveillance israélien a découvert que les manuels scolaires produits par l’Office des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) contiennent encore toujours des incitations à la violence contre Israël et à la haine des Juifs, malgré les promesses de les supprimer.

L’Office de secours et de travaux des Nations unies (UNRWA) aurait ‘caché’ le contenu en le supprimant de son portail éducatif public en ligne, a déclaré jeudi dans un communiqué le Institute for Monitoring Peace and Cultural Tolerance in School Education (IMPACT-se).

Selon un rapport d’IMPACT-se, le contenu éducatif publié par l’UNRWA « contient des documents qui encouragent le djihad, la violence et le martyr, promeuvent l’antisémitisme, ainsi que la haine, l’intolérance et le manque de neutralité. »

« De fausses théories du complot enseignent aux étudiants que les politiques israéliennes comprennent des tentatives ‘d’effacer l’identité palestinienne’, de ‘voler et falsifier le patrimoine palestinien’ et ‘d’effacer le patrimoine culturel de Jérusalem' », indique la déclaration.

Le contenu éducatif, qui a été distribué en Cisjordanie et à Gaza cette année, n’apparaît pas sur le nouveau portail éducatif de l’UNRWA, bien qu’il ait été produit par le département officiel de l’éducation de l’UNRWA.

« Ils ont été rédigés, supervisés, approuvés, imprimés et distribués à des milliers d’étudiants par des enseignants et des membres du personnel de l’UNRWA, dont les noms apparaissent également sur les documents comme ayant contribué au contenu ou l’ayant supervisé », a déclaré IMPACT-se.

Selon IMPACT-se, l’UNRWA a affirmé qu’il publiait tout le contenu produit par ses soins sur le site Web dans un souci de transparence.

L’UNRWA n’a pas fait de commentaire immédiat sur l’affaire.

Pages de couverture du matériel éducatif produit par l’UNRWA. (Crédit : IMPACT-se)

Le président d’IMPACT-se, Marcus Sheff, a déclaré dans son communiqué que l’UNRWA avait promis l’année dernière de retirer tout contenu offensant.

« Il semble que l’UNRWA ait interprété cette promesse comme un retrait du site web, où le contenu peut être scruté, plutôt que de le retirer des salles de classe », a déclaré Sheff. « L’UNRWA a été une nouvelle fois informé de nos préoccupations il y a seulement deux mois. »

Parmi les contenus signalés par IMPACT-se figure un exercice de grammaire enseignant que « les Palestiniens sacrifient leur sang pour libérer Jérusalem », selon le communiqué.

D’autres exercices comprennent des phrases sur les « guerriers du djihad » contre « l’occupant », l’engagement à « libérer » la Palestine, et à « résister courageusement à l’ennemi », selon le rapport.

Un poème enseigne aux élèves que mourir en martyr en tuant des Israéliens est un « passe-temps ».

« Le poème glorifie le rejet d’un cessez-le-feu pacifique pendant la bataille, présentant le fait de faire la paix comme un signe de faiblesse », lit-on dans le rapport.

Le programme éducatif islamique dépeint les Juifs comme « intrinsèquement perfides et hostiles à l’islam et aux musulmans », ainsi que l’on peut le lire dans un autre exercice de grammaire impliquant que les Juifs sont impurs et souillent la mosquée Al-Aqsa sur le mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem.

« Israël est décrit comme ayant été établi à la suite d’une conspiration impérialiste, européenne, coloniale et anti-arabe dans le but de diviser le monde arabe », a déclaré IMPACT-se.

Le nom d’Israël n’apparaît pas du tout dans les livres scolaires de l’UNRWA et toute la surface de l’État juif est désignée comme la Palestine moderne. Dans un des exercices les élèves doivent nommer des villes israéliennes comme étant palestiniennes, ajoute l’organisation de surveillance.

Philippe Lazzarini, au centre, commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), parle lors d’une conférence de presse dans la zone de Balakhiya du camp de réfugiés de Shati, dans la bande de Gaza, le 12 octobre 2021. (Crédit : Adel Hana/AP)

IMPACT-se a déclaré que son rapport prouvait que le matériel de l’UNRWA ne correspondait pas à sa revendication de s’aligner sur « les valeurs de neutralité, de droits de l’homme, de tolérance, d’égalité et de non-discrimination de l’ONU en matière de race, de sexe, de langue et de religion ».

Le groupe a déclaré qu’il avait rencontré le commissaire général de l’UNRWA, Philip Lazzarini, en mai, pour lui faire part de ses inquiétudes concernant « les documents à caractère haineux produits par l’UNRWA et le secret sur le matériel pédagogique. »

IMPACT-se a également fourni à Lazzarini une copie de son rapport avant qu’il ne soit publié.

Bien que Lazzarini ait déclaré qu’il existe des « mécanismes internes robustes » pour s’assurer que le contenu soit conforme aux valeurs de l’ONU, IMPACT-se a accusé l’UNRWA de refuser de rendre ce processus public « ou de divulguer des documents clés, ainsi que les méthodes exactes qu’elle utilise pour contrer le programme scolaire palestinien très problématique. »

IMPACT-se a noté qu’en juin, l’ambassadrice des États-Unis auprès de l’ONU, Linda Thomas-Greenfield, a soulevé la question du contenu des manuels scolaires de l’UNRWA lors d’une audition budgétaire de la Commission des crédits de la Chambre des représentants et a déclaré qu’il s’agissait d’une « ligne rouge pour nous tous. »

Selon Mme Sheff, la majorité des 338 millions de dollars que les États-Unis consacrent à l’UNRWA sont destinés à l’éducation.

« Vu les lignes rouges qui sont franchies de façon si flagrante, la volonté faire appliquer la politique ne devrait pas être si difficile à trouver », a-t-il insisté.

En janvier 2021, un rapport similaire d’IMPACT-se avait constaté que le matériel produit par l’UNRWA était « truffé de contenus problématiques qui contredisent les valeurs déclarées de l’ONU ».

Dans une déclaration faite à la suite de la publication du rapport, l’UNWRA s’est à nouveau engagé à sévir contre toute incitation à la haine ou à la violence.

Le chef de l’UNWRA, M. Lazzarini, a précisé dans un tweet que « l’incitation à la haine/violence n’avait pas sa place dans les écoles de l’UNWRA ». Il a affirmé que le matériel incitatif avait été publié par accident.

Une femme palestinienne assiste à une manifestation devant le siège de l’UNRWA dans la ville de Gaza, le 16 août 2015. (Crédit : Khalil Hamra/AP)

Israël fait pression depuis longtemps pour la fermeture de l’UNRWA, arguant qu’elle contribue à perpétuer le conflit avec les Palestiniens, puisqu’elle confère le statut de réfugié à des millions de descendants de ceux qui ont été déplacés à l’origine au moment de la guerre d’indépendance d’Israël en 1948.

L’administration du président américain Donald Trump avait appuyé la position d’Israël en réduisant son aide en 2018. Washington versait à l’UNRWA 300 millions de dollars par an, soit environ un tiers de son budget annuel de base. L’administration Biden a rétabli le financement.

Les manuels scolaires produits par l’Autorité palestinienne ont fait l’objet de critiques similaires.

Le Parlement européen a adopté une résolution en 2020 condamnant l’Autorité palestinienne pour avoir continué à inclure des discours de haine et du matériel violent dans le matériel scolaire, déclarant être « préoccupé par le fait que le matériel problématique » dans les manuels scolaires palestiniens n’ait toujours pas été retiré.

En janvier de cette année, IMPACT-se a constaté que les manuels scolaires de l’Autorité palestinienne n’avaient pratiquement pas changé.

Les Palestiniens rejettent l’argument selon lequel leurs manuels constituent une incitation. Dans un discours prononcé l’année dernière devant les Nations unies, le président de l’AP, Mahmoud Abbas, avait défendu le programme scolaire en affirmant qu’il ne faisait que refléter le narratif national palestinien.

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