Les Iraniens en colère contre les élites corrompues sur les réseaux sociaux
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Les Iraniens en colère contre les élites corrompues sur les réseaux sociaux

La colère grandit sur Internet à cause des privilèges et des modes de vie apparemment extravagants des membres des familles des fonctionnaires du gouvernement

Manifestation dans les rues de Téhéran, le 25 juin 2018. (Crédit : AFP / ATTA KENARE)
Manifestation dans les rues de Téhéran, le 25 juin 2018. (Crédit : AFP / ATTA KENARE)

Dans un climat d’agitation publique croissante face aux difficultés économiques de leur pays, les Iraniens de plus en plus en colère braquent les projecteurs sur le népotisme et la corruption qui, selon eux, prévaut au sein de l’élite nationale.

Une récente campagne sur les réseaux sociaux, sous le hashtag #where_is_your_kid, a appelé les membres du gouvernement et d’autres fonctionnaires à donner des détails sur l’éducation et les emplois de leurs enfants.

Les photos des jeunes de « Aghazadeh », ou enfants riches, qui mènent une vie apparemment opulente et extravagante et assistent à des événements festifs, ont suscité l’indignation des Iraniens, tandis que l’on rapporte que beaucoup jouissent de privilèges qui ne sont pas accordés aux autres, et occupent des emplois bien rémunérés et qui ne sont pas justifiés par leurs compétences ni leur expérience.

« Sont-ils en train de récolter le fruit de leurs efforts ou de se nourrir de nos richesses ? » a tweeté quelqu’un cité par Bloomberg.

Selon The Telegraph, Mahmoud Bahmani, ancien gouverneur de la Banque centrale d’Iran, s’est joint aux critiques, déclarant à la presse iranienne que plus de 5 000 de ces « enfants riches » vivent en dehors de l’Iran.

« Ils détiennent à eux seuls 148 milliards de dollars dans leurs comptes bancaires, a-t-il précisé, ce qui représente plus que les réserves de devises étrangères de l’Iran. Nous voulons savoir ce qu’ils font dans ces pays étrangers alors que seulement 300 d’entre eux sont inscrits comme étudiants universitaires ».

Les utilisateurs des réseaux sociaux ont également exprimé leur indignation devant les photos du mariage somptueux du fils de l’ambassadeur d’Iran au Danemark.

Ils ont également été exaspérés par le fils d’un ancien vice-président dont les entreprises ont prospéré pendant que son père était au service du gouvernement, et qui attribuait son succès lors d’une interview à de « bons gènes ».

Une autre histoire de ce genre, selon The Iran Project, est celle d’Ahmad Araghchi, neveu de l’actuel vice-ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, qui a été nommé le plus haut responsable des devises étrangères du pays, bien que son expérience ne semble pas correspondre aux attentes d’un tel poste. Il a été licencié et arrêté plus tôt ce mois-ci dans le cadre d’une enquête sur la corruption à la Banque centrale.

Certains responsables iraniens ont coopéré à la campagne et ont révélé les emplois et le niveau d’éducation de leurs enfants, notamment le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et le ministre de la Culture Abbas Salehi.

L’économiste iranien Manouchehr Farahbakhsh, qui vit à Londres, a déclaré au Telegraph que la famille du Guide suprême Ali Khamenei mériterait de figurer en tête de toutes les listes de népotisme, démontrant comment « de simples agriculteurs [avant la révolution islamique] ils sont devenus des milliardaires aujourd’hui ».

Depuis que les Etats-Unis se sont retirés de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran en mai, le rial iranien a chuté à des niveaux historiquement bas, ce qui a conduit de nombreuses personnes dans ce pays autoritaire à appeler explicitement à la fin du règne des dirigeants islamistes iraniens.

Des manifestations ont éclaté dans plusieurs grandes villes, dont Ispahan, Shiraz, Mashhad et Téhéran, sous le poids des inquiétudes concernant l’économie ainsi que de la colère générale contre le système politique.

Des vidéos ont montré des manifestants criant contre « le dictateur » en référence à Khamenei.

Ces nombreuses manifestations sont le prolongement d’une sorte de mouvement antigouvernemental national qui a commencé à gagner du terrain à la fin du mois de décembre et qui continue à manifester sporadiquement tout au long de l’année.

Le premier vice-président de la République islamique d’Iran, Eshaq Jahangiri, a admis samedi que la situation économique de l’Iran était grave, mais a souligné que la nation n’était pas dans une impasse.

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