Les Israéliens sont coincés entre le 7 et le 8 octobre
Après le pire massacre de Juifs depuis la Shoah, le gouvernement n'a cessé de diviser les citoyens - allant jusqu'à classer les proches d'otages du "bon côté de l'histoire" ou pas

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Le rapatriement du sous-officier de l’unité de police Yassam, Ran Gvili, la semaine dernière, a enfin mis un terme au douloureux chapitre des otages enlevés par le Hamas et ses alliés lors du 7-Octobre. C’est la première fois depuis l’été 2014 qu’il n’y a aucun otage israélien retenu à Gaza. Le rachat des otages, ou pidyon chvouyim, est une mitsva (commandement) fondamentale du judaïsme, considérée comme prioritaire. Or, la façon de traiter cette question – pour le moins complexe – a divisé le pays pendant plus de deux ans, soulevant des débats plus que délicats que ce soit en privé, lors des manifestations hebdomadaires ou bien sur les plateaux de télévision.
Les familles, touchées directement par l’enlèvement insupportable d’un de leur proche lors du pogrom, étaient elles-mêmes grandement partagées quant à la manière dont il fallait gérer la situation.
Trois instances civiles, représentant les familles, s’étaient constituées. Les forums Tikva et Gvura privilégiaient une pression militaire maximale sur le Hamas avec lequel il refusait que le gouvernement entame des négociations, rejetaient les manifestations qui faisaient, selon eux, le jeu des terroristes, et réclamaient en outre l’arrêt de l’aide humanitaire destinée à l’enclave palestinienne. Quant au Forum des familles d’otages et de disparus, qui représentait la majorité des familles concernées, celui-ci favorisait un accord pour faire libérer les otages et mettre fin à la guerre.
Et sans surprise, seules les familles des deux premiers groupes ont été mises à l’honneur lors d’une cérémonie organisée début janvier à la Knesset. Son organisateur Ohad Tal, député du parti HaTzionout HaDatit, à l’extrême droite de l’échiquier politique, a voulu qu’elle soit un « hommage à ceux qui ont remonté le moral de la nation pendant la guerre de la renaissance ».
Pour le chef du parti HaTzionout HaDatit, Bezalel Smotrich, les membres des forums Tikva et Gvura « se sont opposés aux voix appelant à la défaite et à la capitulation, qui ont affaibli la nation et renforcé – malgré les meilleures intentions – le Hamas ». Il était donc, selon le ministre, légitime « de rendre hommage à certaines personnes et à certains groupes qui, à nos yeux, se sont positionnés du bon côté ». Et de conclure : les familles des forums Tikva et Gvura, « qui ont résisté à des épreuves auxquelles aucun d’entre nous n’aurait pu résister », ont apporté au gouvernement, selon lui, une « validation morale ».
Même son de cloche chez Gal Hirsch, responsable gouvernemental chargé de la question des otages, lors d’une interview publiée vendredi dans le journal Haaretz. « Les manifestations en faveur des otages ont aidé le Hamas. Il n’était pas nécessaire de créer un sentiment d’urgence. » Une déclaration qui a immédiatement déclenché un tollé auprès des anciens otages qui ont, dans une lettre, exigé sa démission sans plus tarder.
Sur les 251 otages kidnappés le 7-Octobre toutes nationalités confondues, 85 ne sont pas revenus en vie et Netanyahu ne s’est rendu qu’à un seul enterrement, celui de Ran Gvili, dont la famille faisait partie du forum Tikva. Des funérailles aux allures de campagne électorale, élections obligent, et lors desquelles le ministre Itamar Ben Gvir a récolté plus d’applaudissements que Netanyahu, qui n’a pas été salué par le chanteur Idan Amedi venu chanter sa chanson « Nigmar » (« c’est fini » en hébreu) pour réconforter la famille, comme il l’avait fait notamment pour le soldat Hadar Goldin dont la dépouille a été ramenée 11 ans après.
Idan Amedi a été blessé au combat pendant la guerre et a perdu des camarades chers qui servaient avec lui dans le Corps du génie de combat. Il symbolise ces milliers de réservistes qui ont tout abandonné pour servir leur pays et que Netanyahu et sa coalition insultent avec sa loi honteuse sur l’exemption des Haredim. Ne pas le saluer était la moindre des choses.
Mais comment rester indifférent face au sort de captifs innocents, victimes des négligences inadmissibles d’un gouvernement obnubilé par son pouvoir et qui va même jusqu’à oser refuser de se soustraire au travail pourtant indispensable d’une commission d’enquête capable d’apporter une vérité nécessaire pour un pays profondément traumatisé qui a tout simplement besoin de guérir ? Comment éviter à tout prix de réitérer les histoires insupportables des familles d’Hadar Goldin et d’Oron Shaul ? Ou de Ron Arad, qui attend toujours ? Ni celle de Gilad Shalit – le soldat franco-israélien échangé en 2011 contre 1 027 prisonniers après être resté captif durant 5 ans aux mains du Hamas. Un accord qui a inclus l’instigateur du 7-Octobre, Yahya Sinwar, qui connaissait la valeur des otages. Le mentor de Sinwar et fondateur du Hamas, le cheikh Ahmed Yassine, avait été relâché de la même manière : Israël l’avait échangé, ainsi que 1 150 autres prisonniers incarcérés pour atteinte à la sécurité nationale, contre trois soldats de Tsahal qui avaient été enlevés.
Les échanges pour le moins déséquilibrés entre Israël et ses ennemis avaient commencé sur le champ de bataille dans les années 1950 – quand des milliers de prisonniers de guerre arabes avaient été échangés contre de petits groupes de soldats israéliens. Après la campagne du Sinaï de 1956, Israël avait libéré 5 500 Égyptiens pour pouvoir rapatrier quatre Israéliens. Après la guerre des Six Jours de 1967, près de 7 000 prisonniers de guerre arabes avaient été relâchés en échange de la remise en liberté de 15 Israéliens qui avaient été capturés. En 1973, après la guerre de Kippour, environ 8 000 Arabes avaient été libérés contre près de 300 Israéliens.
Le jour du rapatriement par Tsahal de la dépouille de Ran Gvili, Eylon Levy, un influenceur pro-Israël et ancien porte-parole du gouvernement, a annoncé qu’il retirait son pin’s en forme de ruban jaune qu’il accrochait en guise de solidarité avec les captifs, mais qu’il le garderait dans sa poche, sans le mettre complètement de côté.
Car, selon lui, les conditions dans lesquelles la guerre a pris fin, avec un Hamas toujours armé et encore à la tête d’une grande partie de Gaza, signifient que ce pin’s pourrait encore s’avérer être malheureusement utile, évoquant les prisonniers palestiniens ayant du sang sur les mains relâchés en échange d’otages innocents.
« La crise des otages du 7-Octobre est terminée, mais elle ne sera pas la dernière », a-t-il averti, tout en soulignant qu’Israël n’avait pas eu le choix car il fallait ramener tout le monde, mais bien conscient du fait que « nous avons libéré les preneurs d’otages de demain. »
L’adoption de la loi « Shamgar-Lapid » ?
Lors de sa longue conférence de presse du 27 janvier dernier, Netanyahu a dit en avoir bien conscience, précisant être en pourparlers au sujet de l’adoption d’une loi, inspirée des recommandations du Comité Shamgar de 2008, visant à limiter drastiquement le prix payé par Israël pour récupérer des otages.
« Je n’en ai pas encore parlé au cabinet », a-t-il dit. « Je veux y réfléchir. C’est une question très complexe, très difficile. Rien n’est joué d’avance. » « La loi doit être au service de la réalité, et non l’inverse », a-t-il insisté. « Mon premier réflexe serait de dire oui, mais je veux examiner attentivement les différents aspects de la question, de manière réaliste et responsable », a-t-il noté.
La loi « Shamgar-Lapid » reprend la proposition détaillée d’un précédent texte déposé par le chef de l’opposition, Yaïr Lapid.
Cette législation stipule par ailleurs : « aucune négociation ne sera menée concernant les otages israéliens avant qu’un organisme international ne leur ait rendu visite et n’ait vérifié leur état ; un seul terroriste sera libéré en échange d’un otage ; aucun terroriste vivant ne sera libéré en échange de la dépouille d’un otage israélien ; et aucun terroriste complice d’un meurtre ou d’une tentative de meurtre, ou ayant occupé un poste de commandement au sein d’une cellule terroriste, ne sera libéré. »
Le désarmement du Hamas : le deuxième chapitre du 7-Octobre
Le Hamas, qui disposerait de dizaines de milliers de terroristes armés dans son aile armée, est censé procéder à son propre désarmement au cours de la deuxième phase du plan en vingt points du président américain Donald Trump. Or, selon la Treizième chaîne, l’armée israélienne a récemment remis au Premier ministre un document détaillant comment le groupe terroriste palestinien ne cesse de se renforcer dans l’enclave et reconstitue ses capacités depuis le cessez-le-feu entré en vigueur en octobre. Et le groupe terroriste a, à maintes reprises et catégoriquement, rejeté cette exigence.
Si Trump échoue à obtenir le désarmement complet du Hamas, son « Conseil de Paix » n’aura pas de raison d’être et les Israéliens resteront coincés quelque part entre le 7 et 8 octobre. Et ce, d’autant plus si Netanyahu continue de rejeter la mise en place d’une – véritable – commission.
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