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Des Israéliens vivant aux US s’expriment contre le gouvernement de Netanyahu

Des Israélo-Américains se réunissent dans les villes américaines en solidarité avec les Israéliens qui manifestent le samedi soir pour dénoncer les projets de la nouvelle coalition

Des Israélo-Américains protestant contre le nouveau gouvernement israélien, au Washington Square Park, à New York, le 5 février 2023. (Crédit : JTA)
Des Israélo-Américains protestant contre le nouveau gouvernement israélien, au Washington Square Park, à New York, le 5 février 2023. (Crédit : JTA)

WASHINGTON (JTA) – Benny Chukrun, s’exprimant en hébreu par un jour de grand vent devant l’ambassade d’Israël dans la capitale américaine, avait un message pour les manifestants.

« Nous avons un rôle spécial à Washington. Nous avons accès aux leaders d’opinion juifs aux États-Unis », a-t-il déclaré lors d’un rassemblement dimanche pour s’opposer aux changements profonds prévus par le nouveau gouvernement en Israël, notamment une proposition visant à limiter le pouvoir du système judiciaire du pays. « Nous devons quitter notre zone de confort et agir. »

Des expatriés israéliens se sont réunis dans des villes du monde entier en solidarité avec les dizaines de milliers de personnes qui se sont rassemblées chaque samedi soir à Tel Aviv (depuis un mois) et ailleurs pour protester contre le gouvernement d’extrême-droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Des rassemblements ont eu lieu à New York, Washington, DC, San Francisco, Chicago, Toronto, Los Angeles, Miami, Vancouver, Sydney, Berlin, Paris et Londres, attirant des foules de 50 à 200 personnes. Ce week-end, les manifestations en Amérique du Nord ont eu lieu le dimanche afin d’accommoder les manifestants qui observent le Shabbat.

C’est un nouveau territoire, parfois intimidant, pour les expatriés israéliens. Les Israéliens d’Amérique étaient autrefois connus pour faire profil bas dans les communautés juives en raison de la stigmatisation associée au fait de quitter Israël. Ce sentiment de honte s’est estompé à mesure qu’un nombre croissant d’Israéliens se sont installés aux États-Unis pour travailler, entre autres, dans le secteur de la high-tech. Les voyages et les communications à l’étranger sont également devenus beaucoup plus faciles. Plus récemment, les militants politiques israéliens aux États-Unis sont devenus plus connus pour leur soutien public à leur pays par le biais d’organisations telles que l’Israeli-American Council (IAC), le plus gros réseau d’expatriés israéliens en Amérique.

Le groupe qui organise de nombreux rassemblements, UnXeptable, s’est formé en 2020 pour manifester en solidarité avec les protestations israéliennes contre Netanyahu. Maintenant, le mandat s’est élargi pour s’opposer aux actions du gouvernement israélien. Ce changement a suscité des inquiétudes familières chez les Israéliens des États-Unis : est-ce qu’ils nuisent à l’image publique d’Israël ? Ont-ils le droit de critiquer leur pays d’origine maintenant qu’ils n’y vivent plus ?

« Ces questions ont donné lieu à de multiples groupes WhatsApp avant les manifestations de ce week-end », a déclaré Kathy Goldberg, 57 ans, une Israélo-Américaine qui a aidé à organiser la manifestation de solidarité à Evanston, Illinois, une banlieue de Chicago.

« Il y avait des craintes que cela ait un air ‘d’anti-Israël’ – des craintes d’antisémitisme – que cela donne l’impression que nous nous acharnons sur Israël et que nous leur donnons plus de munitions, alors qu’en fait ce sont des gens qui aiment Israël et qui croient qu’en ce moment c’est la chose la plus pro-israélienne que nous puissions faire, pour aider à protéger Israël en tant que démocratie », a-t-elle déclaré à la Jewish Telegraphic Agency.

Ce qui a aidé Goldberg et d’autres Israéliens à surmonter ces craintes, c’est le rôle que, selon eux, les Israéliens vivant à l’étranger peuvent jouer pour expliquer aux communautés juives pourquoi il est normal, cette fois, de sortir et de protester. Lors du rassemblement devant l’ambassade d’Israël, Chukrun a fait remarquer que le ministre israélien de la Diaspora, Amichaï Chikli, venait de se rendre aux États-Unis pour défendre les propositions du gouvernement.

Le ministre des Affaires de la Diaspora, Amichaï Chikli, prenant la parole lors de la conférence annuelle de l’Israeli-American Council, à Austin, Texas, le 19 janvier 2023. (Crédit : Shahar Azran)

« Chikli était ici il y a peu de temps, essayant de persuader les bailleurs de fonds juifs conservateurs de Kohelet que la révolution en cours n’est pas anti-démocratique », a déclaré Chukrun à la cinquantaine d’Israéliens réunis devant l’ambassade, faisant référence au Forum Kohelet, un très influent groupe de réflexion de la droite israélienne qui mène la charge en plaidant à l’étranger pour le nouveau gouvernement.

« Nous pouvons donner la voix de l’opposition, nous devons donner la voix de l’opposition », a-t-il dit à la foule, qui a répondu par des murmures d’approbation. « Ceux qui ont des amis dans les organisations juives, tendez-leur la main. Nous devons leur expliquer ce qui se passe. Il y a beaucoup d’ignorance, de nombreux malentendus. »

Les Israéliens qui protestent, tant en Israël qu’à l’étranger, sont ébranlés par un barrage de changements potentiels. La question la plus médiatisée est une proposition de réforme qui affaiblirait considérablement le contrôle judiciaire israélien et modifierait la manière dont les juges sont nommés. Des groupes de manifestants s’opposent également aux promesses du gouvernement d’annexer des territoires de Cisjordanie à Israël, de restreindre les droits des Israéliens LGBTQ et d’étendre les pouvoirs de la police, notamment à l’égard des Arabes israéliens.

« Beaucoup d’Américains [juifs] se disent ‘mais quel est le problème ? Ici [aux États-Unis], les politiciens choisissent les juges' », a déclaré Chukrun, 62 ans, qui travaille dans le domaine de la technologie éducative. « Ils ne comprennent pas qu’aux États-Unis, ce n’est qu’une partie d’une structure globale de contrôles et d’équilibres, et vous ne pouvez pas prendre un seul aspect de l’État d’Israël qui est déjà une démocratie fébrile. »

Des employés du secteur de la high-tech protestant contre les changements proposés au système judiciaire, à Tel Aviv, le 7 février 2023. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Itaï Beck, un entrepreneur de la Silicon Valley, a déclaré à la foule de la manifestation de San Francisco que la Diaspora juive avait un intérêt moral à s’exprimer maintenant. Il a formulé son discours comme un test vrai/faux. Comme Chukrun, il a critiqué le Kohelet Forum ainsi qu’Israel Hayom, un tabloïd de droite gratuit en Israël surnommé « bibiton » (un mot composé du surnom de Netanyahu « bibi » et du mot « journal » en hébreu, « ïton »). Israel Hayom est financé par Miriam Adelson, épouse de feu le magnat des casinos et donateur républicain, Sheldon Adelson.

« Le peuple juif hors d’Israël n’est pas autorisé à exprimer ses opinions et à se joindre à la manifestation : faux », a-t-il déclaré dans ses propos en anglais, qui ont été partagés sur WhatsApp avec d’autres manifestants. « Premièrement, Israël a été établi comme le centre juif mondial. Deuxièmement, le peuple juif du monde entier fait pression et soutient Israël – au Congrès, dans les médias, dans la vie de tous les jours. »

Dans la mesure où les Israélo-Américains ont eu un profil public jusqu’à présent, ce profil penchait à droite. L’IAC, financé en grande partie par les Adelson, a servi de tribune aux Républicains ces dernières années ; c’est l’un des deux seuls groupes juifs auxquels Donald Trump a accepté de s’adresser en tant que président, et il a profité de l’occasion pour se moquer des Juifs américains qui ne soutiennent pas assez Israël. Les manifestations organisées par l’IAC défendent généralement le gouvernement israélien en place.

Shay Bar, 38 ans, qui a participé à la manifestation de Los Angeles avec sa famille, a déclaré que les préoccupations des Israéliens de l’étranger allaient dans ce cas au-delà de la partisanerie.

« Notre solidarité depuis l’étranger concerne l’avenir d’Israël et notre avenir ici dans la Diaspora », a-t-il déclaré. « Si la démocratie d’Israël s’érode, cela affectera directement la vie des Juifs et des Israéliens et de la Diaspora. »

Lors du rassemblement de Washington, les manifestants ont brandi de nombreux drapeaux israéliens. Un homme âgé, parlant hébreu, a demandé à un groupe d’adolescents tenant des lettres épelant « DEMOCRATIE » en anglais si elles étaient bien alignées, et ils ont collectivement levé les yeux au ciel et répondu, en anglais, que oui, elles le sont. La manifestation s’est terminée par une interprétation de « Hatikvah », l’hymne national israélien.

Des Israéliens manifestant contre les projets du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu de remanier le système judiciaire, à Tel Aviv, Israël, le 4 février 2023. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)

Des manifestants à San Francisco ont pris à la légère un vieil avertissement israélien de ne pas « laver son linge sale » à l’étranger. « Nous avons appris de Bibi [Netanyahu] à laver notre linge sale à l’étranger », disait une affiche à San Francisco, en référence à l’habitude de Sara, l’épouse de Netanyahu, de charger ses vols de vêtements sales parce qu’elle préférait le service de blanchisserie à l’étranger.

« Certains d’entre nous sont ici temporairement, d’autres pas vraiment », a déclaré Yoni Charash, 47 ans, un avocat portant un T-shirt avec le logo d’UnXeptable. « Nous allons tous visiter, nous avons un lien, ceux d’entre nous qui quittent Israël ne sont pas coupés d’Israël. »

« Ils ne sont pas non plus coupés des grandes communautés juives dans lesquelles ils vivent », a déclaré Chukrun. Les temps ont changé depuis que les Israéliens qui arrivent aux États-Unis restent entre eux car ils sont aliénés par la vie centrée sur la synagogue des Juifs américains.

« Les Juifs des États-Unis ressentent le judaïsme de la foi et les Israéliens ressentent le judaïsme de l’identité nationale, l’israélité », a-t-il déclaré à la JTA. « Il y a une différence culturelle, mais ces dernières années, cela a commencé à changer. »

À Los Angeles, Bar a déclaré que les Israéliens sont plus susceptibles maintenant de s’assimiler dans les communautés juives américaines. « Nous sommes des Israéliens américains qui vivons au sein de la communauté, nous envoyons nos enfants à l’école juive, nous allons à la synagogue lors des fêtes et nous faisons partie intégrante de la communauté juive américaine », a-t-il dit.

Chukrun, s’adressant à la JTA, a déclaré qu’il était essentiel de tirer parti des relations que les Israéliens entretiennent avec les Juifs américains.

« Nous devons expliquer que ce n’est pas le pays des patriarches et des matriarches, ni le pays de la Bible », a-t-il déclaré. « C’est un pays réel avec des gens réels – avec des choses laides. »

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