Les jeunes Ethiopiens israéliens veulent moins de paroles et plus d’actes
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Les jeunes Ethiopiens israéliens veulent moins de paroles et plus d’actes

A la cérémonie commémorative du mont Herzl, certains sont satisfaits du plan du gouvernement contre le racisme, d'autres veulent que les manifestations continuent

Avi Maharat, 32 ans (gauche) et Daniel Gola, 23 ans, à la cérémonie de commémoration sur le Mont Herzl, à Jérusalem, le 17 mai (Crédit : Renee Ghert-Zand/Times of Israel)
Avi Maharat, 32 ans (gauche) et Daniel Gola, 23 ans, à la cérémonie de commémoration sur le Mont Herzl, à Jérusalem, le 17 mai (Crédit : Renee Ghert-Zand/Times of Israel)

Plusieurs milliers de jeunes Israéliens d’origine éthiopienne ont rejoint ce dimanche leurs aînés au cimetière national du mont Herzl, à Jérusalem, pour une cérémonie d’Etat en souvenir des quelque 4 000 Juifs d’Ethiopie qui sont morts durant leur périple risqué vers Israël entre la fin des années 1970 et le début des années 1990.

Vêtus de costumes traditionnels, de jeans et T-shirts, ou en uniformes de l’armée, les jeunes Ethiopiens étaient venus se souvenir de leur passé.

Mais ce furent les événements récents, à savoir les dernières manifestations de masse organisées par les Israéliens éthiopiens contre le racisme et la ségrégation dans la société israélienne, qui ont servi de filtre pour écouter les discours prononcés par le président Reuven Rivlin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres dirigeants.

« Cette année, quelque chose s’est passé. Au cours des dernières semaines, nous avons tous vu et entendu les cris et la douleur des Israéliens d’origine éthiopienne. Les manifestants ont mis à jour une plaie ouverte, béante et des saignements au cœur de la société israélienne. Nous avons entendu une communauté blessée qui a exprimé du fond de son cœur des sentiments de discrimination, de racisme, le sentiment d’être insulté et l’absence de réponse » a déclaré Rivlin.

Netanyahu a raconté comment il avait entendu de la bouche de jeunes représentants de la communauté éthiopienne d’Israël (135 000 personnes) qu’ils avaient peur de marcher dans la rue en raison de leur couleur de peau.

« Je ne suis pas disposé à accepter ceci – pas dans ce pays. Pas dans le pays des Juifs », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre a promis d’extirper le racisme et la discrimination de la société israélienne, ajoutant que son gouvernement mettait en place un plan global visant à aider la communauté israélienne éthiopienne.

Benjamin Netanyahu a pris la parole pendant la cérémonie de commémoration des Juifs Ethiopiens décédés en chemin, le 17 mai 2015 au Mont Herzl, Jérusalem.  (Crédit : Gil Yochanan/POOL)
Benjamin Netanyahu a pris la parole pendant la cérémonie de commémoration dédiée aux Juifs Ethiopiens décédés en chemin, le 17 mai 2015, au Mont Herzl, à Jérusalem. (Crédit : Gil Yochanan/POOL)

Zeev Elkin, qui s’exprimait pour la première fois en tant que ministre de l’Immigration et de l’Intégration, a affirmé que, pour marquer des avancées, les plans devaient être adoptés en étroite collaboration avec les dirigeants de la communauté éthiopienne d’Israël, qu’ils soient jeunes ou âgés.

« Nous allons accomplir ceci main dans la main. Nous le devons aux 4 000 personnes qui sont mortes en essayant de réaliser leur rêve de se rendre à Jérusalem », a ajouté Elkin.

Yael, 29 ans, de Gush Etzion, est sceptique quant au « plan global » mentionné par Netanyahu qui vise à aider les Israéliens éthiopiens.

 

 “Le changement ne viendra qu’avec une prise de conscience des Israéliens. »

« Le changement ne viendra qu’avec une prise de conscience des Israéliens. Ils font toujours des projets pour nous aider. Tel projet puis tel projet, mais tous ces projets finissent tous par nous séparer du reste de la société. »

Des avis circonspects émis par les jeunes leaders de la communauté éthiopienne, mais aussi par des universitaires qui ont étudié l’intégration des immigrants éthiopiens.

« Le changement ne viendra qu’avec une prise de conscience des Israéliens », affirme Yael, qui, comme la plupart des jeunes qui se sont confiés au Times of Israël, a refusé de donner son nom de famille.

Bien qu’heureuse que le Premier ministre ait évoqué le mouvement de protestation et ses causes, Zehavit, la sœur de Yael, 36 ans, qui habite près d’Ashkelon, met en cause la sincérité des déclarations de Netanyahu.

« Je n’aime pas son côté tout-politique. Lorsque les manifestations ont eu lieu, il ne s’en est pas vraiment occupé. Et maintenant, alors que le sujet est l’honneur de ceux qui sont morts, il a d’abord parlé du racisme et des discriminations, et seulement ensuite évoqué le sujet de la cérémonie », relève Zehavit.

Pendant la cérémonie de commémoration des Juifs Ethiopiens décédés en chemin, le 17 mai 2015. (Crédit : Gil Yochanan/POOL)
Pendant la cérémonie de commémoration pour les Juifs d’Ethiopie décédés en chemin, le 17 mai 2015 (Crédit : Gil Yochanan/POOL)

 

« Nous nous reconnaissons tous dans la cause et la soutenons tous », a déclaré Daniel Gola, 23 ans, de Kiryat Gat, à propos des manifestations. « Mais nous sommes venus ici aujourd’hui pour honorer ceux qui sont morts sur la route. »

Toutefois, tous les jeunes présents à la cérémonie n’étaient pas aussi critiques du contenu ou du moment choisi pour les messages des dirigeants israéliens.

Ami, 28 ans, de Kfar Saba, était tout sourire en sortant de la cérémonie. Se définissant comme « un optimiste » il dit avoir bon espoir que les dirigeants d’Israël fassent quelque chose pour améliorer la vie des Israéliens originaires d’Ethiopie.

 

 « Nous devons continuer à faire du bruit. »

« J’ai été très ému par les propos du Premier ministre. C’est très appréciable que quelqu’un qui ne vient pas de la communauté éthiopienne comprenne et se sente prêt à aider. C’est agréable de venir ici et de sentir qu’il y a un sentiment d’identification avec notre sort », poursuit-il. Selon Ayelet, une jeune fille de 19 ans qui mène un groupe de jeunes et qui était accompagnée d’un groupe de jeunes leaders, davantage de manifestations publiques de la communauté éthiopienne d’Israël sont nécessaires.

Alors qu’elle se levait pour quitter la cérémonie, un homme a grimpé sur une chaise et a annoncé bruyamment une autre manifestation prévue à Tel-Aviv, la ville où, le 3 mai dernier, des manifestants s’étaient violemment heurtés à la police.

« La guerre continue! Tout le monde vient à Rothschild [Boulevard, à Tel-Aviv] demain ! » a lancé l’homme.

« Nous devons continuer à faire du bruit », acquiesce Ayelet.

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