Les Juifs d’Argentine appellent à l’action après la vague d’attaques antisémites
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Les Juifs d’Argentine appellent à l’action après la vague d’attaques antisémites

L'agression récente d'un rabbin a suscité la crainte chez les Juifs du pays, qui compte, pour la première fois de son histoire, un candidat à la présidentielle anti-juif

Le rabbin Shlomo Tawil, co-directeur du foyer 'Habad de Rosario, en Argentine (Crédit : Facebook)
Le rabbin Shlomo Tawil, co-directeur du foyer 'Habad de Rosario, en Argentine (Crédit : Facebook)

BUENOS AIRES — Des organisations juives d’Argentine et du monde exigent des actions de la part des autorités locales après la récente vague d’agressions antisémites violentes dans le pays.

La délégation des associations juives argentines (DAIA) a qualifié l’attaque subie par le rabbin Slomo Tawil à Rosario, dimanche, « d’agression antisémite brutale » et a réclamé une enquête sur le climat

Il s’agissait là de la troisième agression physique antisémite en deux mois. Les deux autres ont eu lieu à Buenos Aires, en avril et en mai. De tels faits étaient rares jusque-là.

« L’Argentine n’est pas un pays antisémite, mais a connu des épisodes d’antisémitisme. Aujourd’hui, ces incidents sont plus violents et plus fréquents. Cette nouvelle réalité est très inquiétante », a indiqué Ariel Gelblung, le délégué du Centre Wiesenthal en Amérique Latine, au JTA.

Le rabbin Shlomo Tawil, de l’organisation locale du mouvement Habad-Loubavitch, a été agressé dimanche soir par trois hommes, dans le centre-ville de Rosario. Les agresseurs ont proféré des insultes antisémites avant de faire volontairement tomber le chapeau du rabbin et de le piétiner. Ils s’en sont ensuite pris physiquement au rabbin, qui marchait seul.

Le rabbin se rétablit chez lui, auprès de sa famille. Originaire de Buenos Aires, il est émissaire du mouvement ‘Habad à Rosario depuis 1987. Il est marié, père de huit enfants et a deux petits-enfants.

La municipalité de Rosario, des membres du gouvernement argentin et des représentants de l’opposition ont condamné cette agression. L’Argentine doit se choisir un nouveau président en octobre. Pour la première fois, les élections présidentielles comptent un candidat néo-nazi.

Une bannière de campagne de l’homme politique argentin Alejandro Biondini. (Crédit : Twitter)

Alejandro Biondini, un dirigeant ultra-nationaliste d’extrême droite, est en effet candidat pour le parti Front Patriotique. Il a promis qu’il chasserait l’ambassadeur israélien s’il était élu, une promesse réitérée lors du lancement de sa campagne et menacé les responsables de la communauté juive locale.

« J’ai dit à la DAIA [la Délégation des associations juives argentines] qu’on était en Argentine … pas en Israël », avait-il ainsi déclaré sous les applaudissements et les cris de la foule.

L’Argentine abrite environ 180 000 Juifs, sur une population totale de plus de 44 millions de personnes.

Les incidents antisémites ont augmenté de 14  % en Argentine en 2017 par rapport à l’année précédente, d’après un rapport de la DAIA, les statistiques nationales les plus récentes. Les incidents en ligne représentaient 88 % d’entre eux, soit près du double enregistré en 2014.

Les agresseurs tombent sous le coup de la loi anti-discrimination adoptée par le pays en 1988.

« Cette attaque violente et le parti néo-nazi candidat aux élections nous mettent en alerte. Nous demandons à Luis Almagro, président de l’Organisation des États américains, de condamner ces agressions visant les Juifs comme première étape de sa reconnaissance de la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah (IHRA) la semaine dernière », a fait savoir Ariel Gelblung.

L’Organisation des États américains a en effet annoncé la semaine dernière qu’elle adopterait cette définition de travail.

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