« Les Juifs de France subissent la haine de gauche, de droite et des islamistes »
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Interview

« Les Juifs de France subissent la haine de gauche, de droite et des islamistes »

Un livre du journaliste parisien Marc Weitzman explore la marée toxique croissante de l'antisémitisme en France - et ses implications pour tous

Le président français Emmanuel Macron observe une tombe vandalisée d'une croix gammée lors d'une visite au cimetière juif de Quatzenheim, le 19 février 2019, le jour des marches nationales contre la montée des attaques antisémites. (Photo par Frederick FLORIN / POOL / AFP)
Le président français Emmanuel Macron observe une tombe vandalisée d'une croix gammée lors d'une visite au cimetière juif de Quatzenheim, le 19 février 2019, le jour des marches nationales contre la montée des attaques antisémites. (Photo par Frederick FLORIN / POOL / AFP)

À mesure que la pandémie mondiale d’antisémitisme s’aggrave, son impact augmente. Selon l’écrivain parisien Marc Weitzmann, la situation des Juifs en France aujourd’hui est telle que beaucoup d’entre eux minimisent, sinon cachent, leur identité juive en public. Weitzmann lui-même admet volontiers ne pas montrer de signes extérieurs de sa judéité lorsqu’il circule en ville.

Après avoir passé les quatre dernières années à étudier la résurgence de la haine des Juifs en France pour son nouveau livre, Weizmann est parfaitement conscient du danger potentiel, parfois mortel, auquel les Juifs sont confrontés dans son pays natal.

« Je prends vraiment des précautions », dit Weitzmann dans un anglais courant lors d’une récente interview avec le Times of Israel. « Par exemple, quand je suis dans le métro ou dans un bar, je fais attention au genre de livre que je tiens. S’il s’agit d’un sujet juif, je ne montre pas la couverture trop visiblement. Je ne porterais pas une étoile de David à l’extérieur, et pas seulement à Paris. Aujourd’hui, on peut s’exposer à des insultes et pire encore à peu près partout en France. J’ai commencé à m’inquiéter pour la première fois il y a 15 ans, quand les choses ont commencé à changer pour les Juifs. »

Au printemps dernier, l’éminent écrivain français Alain Finkielkraut a déclaré qu’il évitait certains quartiers de Paris par crainte pour sa sécurité en raison de son identité juive et de son soutien public envers Israël. Six mois plus tard, lors d’une altercation filmée dans une vidéo très regardée, il a été accosté en février dans une rue parisienne par un groupe de manifestants de Gilets Jaunes. Ils lui ont hurlé violemment des insultes anti-juives avant que la police ne l’escorte en lieu sûr.

L’incident survenu à Finkielkraut, largement médiatisé en France et à l’étranger, n’a pas surpris Weitzmann, dont le dernier livre « Hate : The Rising Tide of Anti-Semitism in France (and What it means for us) » [Un temps pour haïr] est sorti en mars en anglais.

« L’automne dernier, un mois après la parution de mon livre en français, le mouvement de protestation des gilets jaunes a commencé et ses éléments antisémites n’ont pas tardé à faire surface », dit Weitzmann, 60 ans, en parlant au téléphone depuis le bar Le Fumoir qu’il fréquente près du Louvre. « Les incidents antisémites ont trop souvent entaché les Gilets Jaunes pour être considérés comme anecdotiques. »

Le philosophe juif français Alain Finkielkraut est pris pour cible par des manifestants en gilet jaune qui scandent des slogans antisémites, à Paris, le 16 février 2019. (Capture d’écran de Yahoo)

Weitzmann fait valoir le lien entre le mouvement des gilets jaunes, d’abord une protestation contre l’augmentation du prix du carburant par le gouvernement, et l’antisémitisme qui fait partie d’un ensemble plus vaste. Dans le livre, il dit que l’hostilité envers les Juifs – plus démonstrative, plus violente, plus ouvertement exprimée ces dernières années – est en grande partie fondée sur deux formes de populisme : Le premier est une conception extrême et violente, omniprésente dans les banlieues de logements sociaux musulmans ; le second est un ultra-conservatisme nationaliste français profondément enraciné. Ajoutez les tendances anti-juives de l’extrême gauche et les trois, qui se renforcent mutuellement dans leur haine envers les Juifs, et vous obtenez une combinaison particulièrement toxique.

« Depuis la récente montée du populisme international, la situation des Juifs est devenue un problème presque partout », dit Weitzmann. « C’est parce que les Juifs, en particulier en diaspora, sont considérés comme un équivalent du cosmopolitisme et du mondialisme. C’est vraiment la cible du mouvement populiste dans le monde entier. En ce sens, la situation des Juifs devient problématique d’une manière jamais vue depuis la création d’Israël. »

Si la France n’a pas le monopole de l’antisémitisme dans toutes ses manifestations ignobles, même meurtrières, elle est hantée par son bilan en dents de scie concernant les Juifs. En 1791, la France devient le premier pays d’Europe occidentale à émanciper ses Juifs. Elle a également de nombreux chapitres sombres, dont l’affaire Dreyfus, dans laquelle un capitaine juif de l’armée française a été piégé et condamné à tort en 1894 pour espionnage au profit de l’Allemagne, en raison d’un sentiment antisémite déjà omniprésent. Plus notoirement, pendant la Seconde Guerre mondiale, le régime fasciste français de Vichy a collaboré activement avec les nazis à la déportation de 75 000 Juifs dans les camps de la mort dans les années 1940.

Aujourd’hui, compte tenu de cette histoire chargée et du fait que la communauté juive française, forte d’un demi-million de personnes, est la deuxième communauté juive la plus importante au monde, ce qui arrive aux Juifs français suscite un intérêt bien au-delà de ses frontières. En effet, les médias étrangers font depuis longtemps état de l’antisémitisme en France.

En fait, le livre de Weitzmann est né d’une série de cinq reportages de 4 000 mots qu’il a écrits en 2014 pour le magazine juif en ligne américain Tablet.

Marc Weitzmann. (Crédit photo : Olivier Roller)

« Le déni des aspects antisémites de ce qui se passait en France à l’époque, tant par les médias que par les pouvoirs publics, m’a poussé à me tourner vers l’étranger pour publier ma série », explique Weitzmann, qui écrit pour de grands journaux français. « Je suis allé chez Tablet parce que je pensais que les médias français ne seraient pas intéressés à publier ce que je voulais faire. Même à l’étranger, il n’y avait pas beaucoup d’endroits où je pouvais publier un regard aussi long et approfondi sur ce sujet. »

Weitzmann était depuis longtemps préoccupé par l’antisémitisme en France, en particulier dans deux affaires de meurtre que les autorités françaises avaient d’abord refusé de traiter comme des crimes haineux. En 2006, un gang, dirigé par un musulman ouvertement antisémite, a enlevé et tué Ilan Halimi, un Juif parisien de 23 ans. En 2012, un tireur djihadiste a ouvert le feu sur une école juive à Toulouse, tuant trois enfants et un rabbin. Toutefois, c’est une manifestation à Paris au début de l’année 2014 qui a poussé Weitzmann à écrire la série d’articles.

« La situation des Juifs en France était en fait mauvaise depuis le début des années 2000 », dit Weitzmann. « Des synagogues ont été attaquées dans les banlieues et il y a eu plusieurs meurtres antisémites. Mais en janvier 2014, quelque chose a changé. Ce mois-là, une marche de protestation d’extrême droite a eu lieu à Paris, le Jour de la colère, où on a pu entendre pour la première fois depuis les années 1930, des gens crier des slogans antisémites dans les rues de Paris. Parmi ceux-ci, il y avait « Juif, la France n’est pas à toi ! » A partir de ce moment-là, il y a eu une augmentation spectaculaire des incidents antisémites. »

L’année suivante, le Français de droite Dieudonné M’bala M’bala, condamné à plusieurs reprises pour incitation anti-juive, a popularisé un geste du bras largement considéré comme un salut nazi inversé et destiné à exprimer l’antisémitisme [la quenelle]. Certains manifestants des Gilets jaunes l’ont utilisé lors de manifestations, dont certaines auxquelles Dieudonné a assisté avec l’écrivain antisémite de droite Alain Soral, qui a récemment été condamné à un an de prison pour négation de la Shoah.

Des gens agitent un drapeau français et tiennent un ananas devant la salle du Zénith où le spectacle du comique français Dieudonné a été interdit à Nantes, France, le jeudi 9 janvier 2014. (crédit photo : AP Photo/Michel Euler)

L’idée de transformer la série Tablet en un livre est venue du regretté romancier juif américain Philip Roth, à qui Weitzmann s’est lié d’amitié lors de ses fréquents séjours à New York – et auquel il dédie « Hate » sur sa première page. Après avoir lu les deux premiers reportages de Weitzmann, Roth a demandé à Andrew Wylie, agent littéraire influent, d’obtenir un contrat de livre américain pour Weitzmann. Il était prévu à l’origine que le livre soit publié dans un délai de 12 à 18 mois.

« Au début, je n’étais pas sûr de ce que je cherchais », explique Weitzmann, qui a passé trois fois plus de temps que prévu à écrire le livre, interviewant 30 personnes au cours du processus. « Est-ce qu’il se passait vraiment quelque chose en France, ou est-ce que je réagissais de façon excessive à une série de malheureuses coïncidences ? Étais-je rationnel ou cédant à cette angoisse historique connue sous le nom de ‘paranoïa juive’ ? »

Son travail sur le livre a été rapidement éclipsé par des événements majeurs en France. Une semaine après avoir écrit « Hate », le premier d’une série d’horribles attentats terroristes a secoué le pays. En janvier 2015, deux frères, tous deux islamistes radicaux, ont tué 12 personnes et en ont blessé 11 autres après avoir ouvert le feu dans les bureaux parisiens de l’hebdomadaire satirique, Charlie Hebdo. Deux jours plus tard, un musulman armé est entré dans un supermarché juif à Paris, assassinant quatre Juifs en se déclarant membre de l’État islamique.

Plus tard dans l’année, des terroristes musulmans ont perpétré de multiples attentats à la grenade le même soir à Paris en différents endroits, tuant 130 personnes et en blessant plusieurs centaines. En juillet 2016, un Tunisien résidant en France a foncé avec un camion dans la foule qui célébrait le 14 juillet à Nice, faisant 86 morts et beaucoup plus de blessés. D’autres attaques de moindre envergure ont eu lieu au cours de cette période, certaines impliquant des cibles juives.

« Pendant que j’écrivais le livre, je me demandais vraiment ce qui se passait, dit Weitzmann. « C’est quoi ce pays ? Maintenant, je sens que tout ce qui se passe est comme une confirmation de ce que j’ai écrit. »

« Hate : The Rising Tide of Anti-Semitism », par Marc Weitzmann. (Autorisation)

Il a préparé la première ébauche en anglais pour son éditeur américain, puis en a rédigé une version séparée en français pour son éditeur en France. Chaque édition est distincte, l’une pour un public national, l’autre pour les lecteurs étrangers.

Le projet s’est avéré une boîte de Pandore pour Weitzmann. Ses recherches sur l’antisémitisme français se sont révélées d’une richesse déprimante, presque écrasante. Cela se reflète dans le livre, qui raconte une litanie d’épisodes antisémites, récents et historiques, et met en lumière un groupe réel de fanatiques avec une haine virulente pour les Juifs qu’ils propagent avec avidité. Weitzmann illustre une haine animée par des théories conspirationnistes séculaires et des tropes évoquant des Juifs tout-puissants aux motivations maléfiques qui contrôlent le monde. Le soutien des juifs à Israël fait partie du mélange, en particulier pour les antisémites de la communauté musulmane et de l’extrême gauche.

La récente montée de l’antisémitisme a incité le président français Emmanuel Macron à dire plus tôt cette année qu’il est à son pire niveau depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon les chiffres du ministère français de l’Intérieur, 541 incidents antisémites se sont produits en France en 2018, soit une augmentation de 74 % par rapport à 2017.

Au-delà des chiffres, certains crimes antisémites – comme deux meurtres macabres – suscitent une angoisse et une indignation plus grandes en raison de leur brutalité particulière. L’année dernière, Mireille Knoll, 85 ans, survivante de la Shoah, qui a échappé de justesse à la plus célèbre rafle de Juifs de France pendant la Seconde Guerre mondiale, a été tuée et son corps partiellement brûlé dans son appartement à Paris. La police, qui a arrêté deux hommes qui s’accusent mutuellement, a qualifié l’homicide de crime haineux.

Une photo de Mireille Knoll, survivante de la Shoah, assassinée, et des fleurs sont placées sur la clôture entourant son immeuble à Paris, le 28 mars 2018 (Crédit : François Guillot / AFP)

En 2017, dans le même quartier de Paris, Sarah Halimi, une institutrice juive orthodoxe de 66 ans, a été sauvagement battue dans son appartement, puis jetée par la fenêtre pendant que l’agresseur citait des vers du Coran. La police a arrêté un voisin musulman, dont l’avocat n’a pas nié que son client avait tué Halimi mais a soutenu qu’il était mentalement inapte à subir son procès.

Weitzmann écrit que les musulmans sont à l’origine de la plupart des principales attaques physiques contre les Juifs en France au cours des 20 dernières années, mais que la plupart ne sont pas des musulmans radicaux, ce qui complique encore la situation.

« Jusqu’à l’attaque de l’école juive de Toulouse, la difficulté était – et est toujours, jusqu’à un certain point – que la plupart des assassins de Juifs étaient des musulmans ordinaires qui étaient simplement envahis de haine, et il est impossible de justifier cette rage d’une manière rationnelle », dit Weitzmann.

« Cette difficulté a donné un argument aux autorités pour écarter toute la composante antisémite comme étant inexistante », dit-il. « Cela a changé depuis la vague terroriste parce que les gens sentent maintenant qu’il y a un lien entre les attaques terroristes et la montée de l’antisémitisme, même lorsque les cibles ne sont pas juives. Les autorités judiciaires semblent encore avoir du mal à comprendre la complexité de l’antisémitisme quand il est lié à une haine aveugle. »

The bodies of the Toulouse Jewish school shooting victims, shrouded in talitot, prior to burial at the Givat Shaul cemetery in Jerusalem on Wednesday. (photo credit: Uri Lenz/Flash 90)
Les corps des victimes de l’attentat de l’école juive de Toulouse, enveloppés dans des châles de prière, avant l’inhumation au cimetière de Givat Shaul à Jérusalem, en mars 2012. (Crédit : Uri Lenz / Flash90)

Dans son livre, Weitzmann dit que certaines voix dans les médias français ont tendance à dépeindre les musulmans qui commettent des attentats meurtriers comme des victimes de discrimination sociale et reprochent à la France de ne pas mieux les avoir intégrés dans leur nouveau pays. Ils dépeignent parfois les attentats terroristes comme des actes de rébellion romantiques.

La France abrite 6 millions de musulmans, la plus grande communauté de ce type en Europe, dont plus de djihadistes sont partis combattre en Syrie depuis le début de la guerre civile en 2011 que dans tout autre pays occidental.

Weitzmann débute son livre « Hate » avec l’affaire déchirante d’Ilan Halimi, en commençant par la sélection délibérée d’une victime juive. Il dresse un portrait frappant de Youssouf Fofana, fils d’immigrants musulmans d’Afrique et chef du gang des barbares qui, pendant les trois semaines qu’il a tenu Halimi en captivité, l’a torturé, entraînant sa mort.

En 2009, deux avocats de la défense des complices de Fofana (qui avaient parlé aux enquêteurs de la haine anti-juive obsessionnelle de leur chef), ont rejeté le mobile antisémite dans cette affaire et dans le pays en général.

« Seules les personnes ayant des motivations politiques essaieraient de vendre l’opinion selon laquelle l’antisémitisme ronge la société française », ont-ils co-écrit dans Le Monde, que Weitzmann cite dans le livre. « Un tel fléau, comme nous le savons tous, est heureusement assez rare, presque inexistant en France. »

Des manifestants brandissent des photos d’Ilan Halimi à l’issue des deux mois de procès d’un gang parisien qui, en 2006, a enlevé, torturé et tué Halimi, un jeune Juif français, jeudi 2 novembre 2017. (AP Photo/Jacques Brinon, File)

En plusieurs endroits dans « Hate », Weitzmann explique comment les autorités françaises évitent souvent d’attribuer des motifs antisémites à des affaires malgré les preuves du contraire.

« Une partie de l’émotion médiatique suscitée par l’assassinat d’Ilan Halimi a trouvé sa source dans une fascination pour la perspective d’une nouvelle vague d’antisémitisme en France », écrit Weitzmann. « Pourtant, les éditorialistes et les autorités publiques ont fait preuve d’une énergie fantastique pour nier que cette histoire séduisante était en fait vraie. »

« Dès le premier jour, les enquêteurs de la police ont insisté sur la nature tout à fait crapuleuse du crime – ‘crapuleuse’ plutôt qu’idéologique », écrit-il. La déclaration officielle que le juge d’instruction a faite, contre toute preuve, dans les jours qui ont suivi la mort d’Ilan Halimi est allée encore plus loin : ‘Il n’y a pas un seul élément’, a-t-il dit, ‘nous permettant d’associer à ce meurtre un but antisémite ou un acte antisémite' ».

Weitzmann constate une amélioration dans la façon dont les autorités françaises ont réagi aux récents crimes antisémites, mais avec des résultats non désirés.

« Depuis 2016, les autorités ont commencé à prendre la mesure du problème », dit-il. « Le nouveau problème est que plus ils soutiennent les Juifs et prétendent combattre publiquement l’antisémitisme, plus il y a d’antisémitisme. Dès que le gouvernement semble soutenir les Juifs, les soutenir contre l’antisémitisme, certains y voient la preuve d’un double standard en faveur des Juifs. C’est la preuve que les Juifs sont privilégiés dans la façon dont ils sont spécialement protégés par le gouvernement. C’est une situation compliquée. »

Des ministres bien intentionnés condamnant la dernière attaque anti-juive ne suffit pas.

Des enfants sortent de leur école gardée par des militaires armées, dans le quartier juif du Marais, à Paris, le 13 janvier 2015. (Crédit : Jeff J Mitchell/Getty Images)

« Quand on voit le ministre de l’Intérieur apparaître devant les caméras, les larmes aux yeux, disant que l’antisémitisme est mauvais et ne devrait pas se produire dans un pays comme la France, parlant comme si sa mère venait de mourir, on ne comprend tout simplement pas », dit Weitzmann. « D’où vient l’antisémitisme ? Pourquoi est-ce si important ? Quel est le véritable problème de l’antisémitisme ? Personne ne peut expliquer ce qui est spécifique à ce sujet, pourquoi il ne s’agit pas simplement de racisme, mais plutôt de la mère de toute haine. Si vous ne pouvez pas répondre à ces questions, vous êtes condamné à réciter des paroles solennelles que personne ne comprend. C’est un enseignement moralisateur et ennuyeux et tout le monde s’en fout. »

L’édition française du livre a reçu un accueil mitigé.

« Cela va de l’indifférence calculée et de l’hostilité rampante à l’embarras et à l’enthousiasme », dit Weitzmann. « Alors que certains ont écrit que le livre est captivant, des journaux de gauche, comme Libération et le Nouvel Observateur, ont refusé d’en parler. Certains journalistes de gauche m’ont accusé de mettre dans le même sac les musulmans et les islamistes. Et les médias de droite, comme Le Figaro, ont relaté le livre mais m’ont accusé de regrouper identitaires [nationalistes de droite], islamistes et antisémites. »

« Hate » est le onzième livre de Weitzmann, après trois livres documentaires et sept romans. Il a consacré une grande partie de sa carrière au journalisme et, en plus de ses écrits, il anime actuellement une émission de radio hebdomadaire axée sur des questions culturelles d’actualité. Il a beaucoup écrit pour les médias français et a passé beaucoup de temps aux États-Unis, en Israël et au Brésil.

Né à Paris, Weitzmann a grandi dans une famille très assimilée à Reims et Besançon, dans le nord-est et l’est de la France, sans éducation juive et loin de tout environnement juif particulier. Ses parents appartenaient au parti communiste français, déconnectés de leur identité juive, dont ils ne partageaient rien avec leurs enfants. En conséquence, Weitzmann n’avait que peu conscience de sa propre identité juive dans sa jeunesse.

Un homme vêtu d’un gilet jaune tient une pancarte sur laquelle on peut lire « Je suis juif » lors d’un rassemblement sur la place de la République pour protester contre l’antisémitisme, à Paris, France, le mardi 19 février 2019. (AP Photo/Thibault Camus)

À plusieurs reprises dans le livre, il dévie de la situation en France vers son éducation et sa lutte avec son identité juive. Il raconte avoir été circoncis religieusement et avoir fait une bar-mitsva à l’âge de 30 ans, alors qu’il était complètement laïc.

« J’ai ressenti le besoin de renouer avec l’histoire », dit Weitzmann. « Le fait que j’étais en psychanalyse à l’époque a joué un rôle. Ce que mes parents m’ont transmis en termes de judéité s’est produit malgré leur volonté et à travers une série de conflits intérieurs touchant presque tous les aspects de ma vie, ce qui m’a conduit à un psy. Le reste, y compris la circoncision et la bar-mitsva, a suivi. J’admets que cela peut paraître extrêmement paradoxal, sinon complètement fou, parce que je ne suis pas religieux du tout. Mais la folie peut parfois être un moyen sain de retrouver la raison. »

Alors que la haine atavique des juifs monte en flèche au XXIe siècle, se métastasant avec le temps, en France et ailleurs, la situation semble faire écho au proverbe français « Plus ça change, plus c’est la même chose ».

Le point de vue de Weizmann sur l’avenir des Juifs de France – dont beaucoup sont déjà partis pour Israël et le Canada ces dernières années en raison de l’antisémitisme – ne donne guère de raisons d’être optimiste.

« L’histoire nous enseigne que les Juifs ont besoin de sociétés libérales pour prospérer », dit-il. « Quand le populisme revient, quand les politiques identitaires sont en hausse, l’avenir des Juifs est toujours en jeu. »

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