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Les Juifs de Kiev célèbrent Souccot à la lueur des bougies et sous les bombes

Aucun membre de la communauté n’a été blessé, assure le rabbin ; les diplomates israéliens se sont repliés à Varsovie alors que les bombardements à Kiev reprennent

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des habitants de Kiev réunis pour prier à la synagogue Brodsky, en août 2022. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)
Des habitants de Kiev réunis pour prier à la synagogue Brodsky, en août 2022. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

Lundi matin, l’armée russe a tiré des dizaines de missiles sur des villes et infrastructures ukrainiennes en représailles à l’explosion d’un pont clé vers la Crimée, contrôlée par la Russie, le week-end dernier.

Des missiles ont frappé le cœur de Kiev et tué plusieurs civils.

La population a repris le chemin des abris antiaériens.

Sous les premières salves de missiles de la journée, les Juifs de Kiev se préparaient aux prières du matin, en ce premier jour de la fête de Souccot.

« C’est calme en ce moment », déclarait jeudi le grand rabbin de la synagogue Brodsky de Kiev, Moshe Azman, au Times of Israel, « mais lundi, c’était autre chose ».

Deux missiles se sont abattus à quelques centaines de mètres de la synagogue et un, à proximité de l’hôtel où séjournent les diplomates de l’ambassade d’Israël lorsqu’ils se trouvent ici.

« Il était 8 heures du matin, ça nous a réveillés », dit Azman.

« Il y a eu de très fortes déflagrations. J’ai entendu de près des explosions de roquettes Grads et Qassam à Gaza, c’était beaucoup plus fort. »

Le grand rabbin Moshe Azman de la synagogue Brodsky de Kiev en prière. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israël)

En dépit des circonstances, une centaine de fidèles sont venus pour les prières, qui ont exceptionnellement eu lieu dans la salle à manger, en sous-sol.

« Il est possible que les gens pensent que la synagogue est l’endroit le plus sûr », explique Azman.

Nombre de missiles russes ont visé des centrales électriques, occasionnant des coupures d’électricité dans les grandes villes ukrainiennes.

Les prières nocturnes de Souccot se sont ainsi faites à la lueur des bougies.

Aucun membre de la communauté juive n’a été blessé, pour autant qu’Azman le sache, mais un homme juif se trouvait dans son appartement lorsque le toit de son immeuble a été touché par un missile.

La communauté du village juif d’Anatevka, fondée par Azman près de Kiev en 2015 pour héberger les réfugiés juifs des combats dans le Donbass, n’a, elle, pas connu d’incidents et a pu célébrer la fête sans interruption.

Des militaires ukrainiens passent devant des voitures endommagées dans le centre de Kiev après plusieurs frappes russes sur la capitale ukrainienne, le 10 octobre 2022. (Crédit : Sergei Supinsky/AFP)

Pendant Souccot, Azman passe la moitié de son temps à se rendre dans les hôpitaux militaires de la capitale pour livrer radiateurs et fournitures médicales donnés par la communauté juive.

Les diplomates de l’ambassade d’Israël se trouvaient à Varsovie pendant les attaques. L’ambassadeur Michael Brodsky est quant-à lui en Israël pour Souccot.

Des employés ukrainiens de l’ambassade se trouvaient à Kiev, mais aucun n’a heureusement été blessé.

En revanche, la succursale de Kiev de la chaîne de cafés israélienne Aroma a subi des dégâts.

L’ambassadeur et ses collaborateurs devaient revenir à Kiev la semaine prochaine afin de rouvrir temporairement l’ambassade, mais les derniers bombardements vont conduire à un nouvel examen de la situation.

L’Ukraine est sous le choc des attaques qui ont fait des dizaines de morts et blessés, plongeant villes et villages dans l’obscurité, sans électricité ni eau chaude.

Jeudi matin, les environs de Kiev ont été frappés par des drones kamikazes de fabrication iranienne.

Des équipes de secouristes se sont rendus en urgence sur les lieux alors que les habitants se réveillaient sous les sirènes des raids aériens, pour la quatrième matinée consécutive.

Les frappes ont eu lieu quelques jours après que le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a déclaré que la Russie utilisait des drones iraniens Shahed contre des civils et les infrastructures énergétiques ukrainiennes.

Selon une information donnée par le New York Times, un haut responsable ukrainien aurait déclaré qu’Israël avait fourni à l’Ukraine des « renseignements de base » sur les drones kamikazes iraniens déployés par l’armée russe.

L’information de mercredi, qui évoquait une source ukrainienne anonyme, laissait également entendre qu’une entreprise de sécurité privée israélienne avait communiqué aux Ukrainiens des images satellites des positions militaires russes.

Les frappes de jeudi font suite aux déclarations des autorités ukrainiennes sur les territoires reconquis dans le sud du pays et l’engagement des puissances occidentales à leur livrer des systèmes de défense aérienne « dans les plus brefs délais ».

Un groupe d’une cinquantaine de pays, sous l’égide des États-Unis, s’est entretenu au siège de l’OTAN, à Bruxelles, et s’est engagé à livrer de nouveaux systèmes antimissiles à Kiev.

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