Les Juifs de Puerto Rico aident leurs voisins après le désastre de l’ouragan Maria
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Les Juifs de Puerto Rico aident leurs voisins après le désastre de l’ouragan Maria

Puisque les 1 500 Juifs de l’île sont sains et saufs, ils ont décidé de distribuer eau et nourriture à ceux qui en ont besoin

Les 12 membres de l'équipe d'Eli Rowe au Habad de San Juan, la capitale de Puerto Rico, le 25 septembre 2017. (Crédit : Eli Rowe via JTA)
Les 12 membres de l'équipe d'Eli Rowe au Habad de San Juan, la capitale de Puerto Rico, le 25 septembre 2017. (Crédit : Eli Rowe via JTA)

JTA – Après avoir réussi à corrompre trois chauffeurs pour remplir leurs véhicules d’aides humanitaires et le conduire avec son équipe depuis l’aéroport de San Juan, Eli Rowe a senti que sa mission humanitaire n’était pas partie du bon pied.

L’essence était rare à Puerto Rico, mais à présent, la nourriture, les médicaments et les produits d’hygiène qu’il a fait venir en provenance du continent faisaient leur chemin vers la capitale de l’île des Caraïbes.

Il a ensuite posé les yeux sur la ville. Elle était dévastée.

« Nous avons vu la destruction à l’état pur ici », a dit Rowe, le directeur exécutif de Jet911, un service qui organise des vols d’urgence médicale. « Les toits étaient partis, les immeubles étaient détruits, les maisons étaient détruites, il y avait de l’eau au milieu de la rue, les magasins étaient abandonnés. »

L’équipe de 12 secouristes et techniciens médicaux de Rowe était l’une des rares missions d’aide humanitaire juives tentant d’aider Puerto Rico à commencer à se reconstruire après le passage de l’ouragan Maria, qui a touché l’île de plein fouet le mois dernier.

La tempête a créé ce que les travailleurs humanitaires et les habitants ont décrit comme un scénario post-apocalyptique. Le courant est coupé sur la majorité de l’île, il n’y a quasiment pas de réseau de téléphonie mobile, l’essence est encore plus rare et l’approvisionnement en nourriture se réduit. Les routes tombent en miette. Les hôpitaux sont au bord du gouffre.

Les rues inondées après l'ouragan Maria à San Juan, la capitale de Puerto Rico, le 22 septembre 2017. (Crédit : Ricardo Arduengo/AFP)
Les rues inondées après l’ouragan Maria à San Juan, la capitale de Puerto Rico, le 22 septembre 2017. (Crédit : Ricardo Arduengo/AFP)

Jeudi, le président américain Donald Trump a dérogé à une loi, le Jones Act, permettant la livraison d’aide internationale sur l’île. La FEMA, l’agence fédérale américaine en charge de la gestion des catastrophes naturelles, compte plus de 600 travailleurs sur l’île, territoire américain de 3,4 millions d’habitants.

La communauté juive de Puerto Rico, qui compte 1 500 personnes vivant majoritairement à San Juan, a majoritairement été épargnée par le pire des dégâts, indique Diego Mendelbaum, directeur du Centre communautaire juif de San Juan, qui partage ses locaux avec une synagogue conservatrice. La ville accueille aussi une synagogue réformée et un bet Habad.

La barrière du centre communautaire et deux de ses portes ont été brisées et son toit abîmé, mais il se porte bien mieux que les synagogues de Houston, qui ont été dévastées par Harvey. Même ainsi, la synagogue a annulé ses offices le premier jour de Rosh HaShana, quand l’ouragan a frappé.

Mendelbaum a indiqué que les maisons des Juifs, comme celles de leurs voisins de San Juan, ont évité les destructions car les bâtiments sont faits de béton et de matériaux renforcés. La communauté souffre cependant toujours, a-t-il précisé, du manque d’électricité, d’essence et d’infrastructure, comme le reste de l’île. Mendelbaum a dit que cela pouvait prendre 14 heures pour avoir de l’essence, et six heures à passer dans les « files d’attente éternelles » pour acheter de la nourriture dans l’un des rares supermarchés ouverts.

« Tout le monde a des problèmes difficiles, ici, a-t-il dit. Il y a d’autres personnes dont les immeubles n’ont pas de générateur de courant, ou ils ont un générateur qui s’est cassé. D’autres doivent monter et descendre les escaliers, et ne peuvent pas le faire. Les gens essaient de quitter l’île. »

File d'attente pour acheter des générateurs dans un magasin de San Juan, la capitale de Puerto Rico, après l'ouragan Maria, le 18 septembre 2017. (Crédit : Ricardo Arduengo/AFP)
File d’attente pour acheter des générateurs dans un magasin de San Juan, la capitale de Puerto Rico, après l’ouragan Maria, le 18 septembre 2017. (Crédit : Ricardo Arduengo/AFP)

Puisque les bâtiments de la communauté juive sont intacts et que sa population est en bonne santé, ses membres se sont tournés vers leurs voisins plus vulnérables pour les aider. Le centre communautaire a collecté des provisions pour aider les Îles vierges à se remettre de l’ouragan Irma, qui a touché le territoire le mois dernier, puis a utilisé ses surplus pour les distribuer dans les refuges de San Juan.

Les bénévoles juifs ont distribué des vêtements, des boîtes de conserve et 7 500 litres d’eau de la citerne du centre communautaire. Mendelbaum a raconté avoir vu deux bébés, des jumeaux, dormir sur le sol d’un centre communautaire, et il leur a apportés des berceaux.

« C’est une goutte d’eau dans la mer », a-t-il dit. Mais pour leur mère, « c’était salvateur », a-t-il ajouté.

IsraAID, association israélienne spécialisée dans l’aide humanitaire après les catastrophes naturelles, a envoyé une équipe de cinq personnes qui étaient à Haïti. L’équipe est arrivée mardi à San Juan et se concentre sur les premiers soins physiques et psychologiques. Elle distribue aussi des filtres qui permettent de purifier l’eau contaminée.

Eli Rowe, 2e à gauche, avec des bénévoles de son équipe devant l'avion prêté pour le voyage à San Juan, la capitale de Puerto Rico, après l'ouragan Maria, le 25 septembre 2017. (Crédit : Eli Rowe via JTA)
Eli Rowe, 2e à gauche, avec des bénévoles de son équipe devant l’avion prêté pour le voyage à San Juan, la capitale de Puerto Rico, après l’ouragan Maria, le 25 septembre 2017. (Crédit : Eli Rowe via JTA)

Les travailleurs distribuent également de la nourriture, et forment les étudiants locaux en travail social à fournir des soins post-trauma. Mais les filtres, a précisé Natalie Revesz qui dirige l’équipe, font la différence la plus importante, puisqu’ils ont une capacité de 1 500 litres par jour, et peuvent permettre de rendre potable l’eau du canal public.

« Ils étaient choqués que je boive de l’eau sale de leurs seaux », a indiqué Revesz.

Rowe, qui est aussi volontaire pour le service paramédical juif Hatzalah à New York, a reçu dimanche un appel de demande à l’aide. Il était déjà parti pour des missions à Houston et dans les Keys de Floride après les récents ouragans. Lui et son équipe ont passé la soirée de dimanche à rassembler de la nourriture et des provisions médicales, et a obtenu un grand avion privé, gratuitement, prêté par Ralph Nakash, magnat de la mode qui participe aussi à la mission humanitaire avec deux de ses fils.

L’équipe a déposé des provisions au Habad de San Juan, puis a conduit dans la ville pour distribuer aux habitants de toutes les religions ce qu’elle avait apporté, de la pita aux brosses à dents, en passant par des anti-douleurs. Rowe a même fait du porte-à-porte pour donner de la nourriture et de l’eau.

Même s’il est fier du travail réalisé par ses bénévoles, il sait déjà que des jours difficiles se profilent à l’horizon.

« De pouvoir apporter un rayon de lumière était réellement une belle expérience d’humilité, a-t-il dit. Mais au final, nous allons rentrer chez nous, avec un toit sur la tête, et ces personnes pourraient passer des semaines sans électricité ni nourriture. »

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