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Les Juifs russes sont en état de détresse, dit le nouveau chef de l’Agence juive

Dans son tout premier entretien, Doron Almog déclare qu'il espère que le conflit entre l'Agence et Moscou se terminera rapidement, notant que l'effort d'immigration n'a pas ralenti

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Doron Almog, président de l’Agence juive pour Israël, prononce son discours inaugural après son élection à Jérusalem, le 10 juillet 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Doron Almog, président de l’Agence juive pour Israël, prononce son discours inaugural après son élection à Jérusalem, le 10 juillet 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le tout nouveau chef de l’Agence juive, Doron Almog, a déclaré que les Juifs russes étaient dans « un état de détresse », craignant le retour de politiques de l’ère soviétique qui interdisaient l’immigration en Israël dans le contexte des efforts livrés par le gouvernement russe pour fermer les bureaux de l’institution.

Almog, dans son tout premier entretien depuis qu’il a pris la barre de l’Agence juive, cette semaine, a confié à la station de radio Kan que son organisation œuvrait à venir en aide aux centaines de milliers de personnes d’origine juive qui sont éligibles à la citoyenneté israélienne.

Le mois dernier, le ministre russe de la Justice a lancé une procédure visant à mettre un terme aux activités de l’Agence juive, qui encourage et qui facilite l’immigration en Israël et qui chapeaute également des programmes éducatifs en direction des Juifs russes. Depuis, une audience judiciaire non-concluante a eu lieu la semaine dernière et une autre est prévue le mois prochain. Jusque-là, les avocats de l’Agence juive et les représentants du gouvernement israélien travailleront avec les responsables russes dans l’espoir de trouver un compromis qui permettrait à l’organisation de continuer ses opérations en Russie.

« Nous parlons avec eux au niveau professionnel – d’avocat à avocat – afin de pouvoir répondre à leurs demandes », a dit Almog.

Le nouveau président a ajouté que l’Agence continuait toutes ses activités en Russie et qu’elle restait en contact avec les personnes qui travaillent sur le terrain.

« Nos activités d’éducation sont très, très importantes. Souvenez-vous bien qu’en Russie, il y a 600 000 Juifs », a-t-il commenté (même si, selon les estimations, il y a approximativement 600 000 Russes éligibles à la citoyenneté israélienne – qui exige d’avoir au moins un grand-parent Juif – le nombre de personnes qui pourraient être considérées comme Juives selon les critères de la loi orthodoxe est largement inférieur, entre 150 000 et 200 000 personnes).

Un panneau devant l’entrée d’un bureau de l’Agence juive à Moscou, en Russie, le 27 juillet 2022. (Crédit : AP Photo/Alexander Zemlianichenko)

« Nous avons un grand centre d’appels à Jérusalem. Il reçoit une tonne d’appels téléphoniques. Les Juifs russes s’inquiètent de tout ce qui arrive depuis le début de la guerre en Ukraine. Nous tentons de les aider d’une manière ou d’une autre », a dit Almog.

Alors qu’il lui était demandé si les initiatives prises par le gouvernement russe à l’encontre de l’Agence juive avaient d’ores et déjà un impact sur les capacités de cette dernière à aider les Juifs russes à s’installer en Israël, Almog a répondu que « nous n’avons pas le sentiment qu’il y ait un ralentissement dans l’immigration. Nous ressentons l’état de détresse des Juifs qui entrent en contact avec nous. Ils s’inquiètent beaucoup d’un retour de l’époque du Rideau de fer. Mais nos opérations continuent ».

Almog faisait ici référence aux politiques mises en œuvre dans l’Union soviétique pendant la Guerre froide qui avaient bloqué l’Agence juive, empêché l’immigration juive en Israël et qui avaient, de manière plus générale, interdit toute vie communautaire juive significative dans le pays.

Interrogé sur le travail de l’Agence juive dans les pays qui n’entretiennent pas de liens publics avec Israël ou qui sont ouvertement hostiles à son égard – l’Agence juive a, par exemple, aidé les Juifs yéménites à venir en Israël ces dernières années même si Sanaa ne reconnaît pas l’État juif – Almog a répondu que « oui, nous avons des activités de ce type également. C’est le devoir d’Israël d’être lié à tous les Juifs de la Terre ».

Almog, ancien général au sein de Tsahal et ancien soldat dans des opérations spéciales, s’est souvenu avoir pris part à l’opération sous couverture qui avait visé à faire venir des Juifs éthiopiens en Israël via le Soudan, une opération qui avait pris des années.

« Il y a des choses dont nous ne devons pas parler parce que nous pourrions leur porter préjudice et que c’est une question de vie ou de mort », a-t-il expliqué.

Le dernier groupe d’immigrants juifs du Yémen arrive en Israël, accompagné d’un ancien rouleau de la Torah, le 20 mars 2016. (Crédit : Arielle Di-Porto/Agence juive pour Israël)

Pendant l’interview, Almog a aussi tenté d’apaiser les tensions persistantes sur la question du mur Occidental, après qu’un groupe d’extrémistes orthodoxes a perturbé des cérémonies de bar et de bat mitzvah qui étaient organisées dans la section égalitaire du lieu saint. Un incident qui avait entraîné les condamnations féroces des groupes juifs américains et internationaux et notamment celle de l’Agence juive, dont le conseil d’administration avait adopté une résolution exigeant de l’organisation de prendre des mesures pour assurer la sécurité de tous les Juifs qui vont prier au mur.

« Nous ne pouvons pas abandonner les Juifs ou les communautés juives, quelles qu’elles soient, parce qu’ils ont choisi d’être des Juifs réformés, des Juifs massortis et que d’autres n’apprécient pas ce choix », a dit Almog.

Il a toutefois minimisé l’importance de l’incident, estimant qu’il ne représentait pas la société israélienne au sens large.

« Israël est un melting-pot… l’armée israélienne est un melting-pot. Il y a des ultra-orthodoxes, et des Druzes, et des Juifs, et des Bédouins, et des Juifs réformés, et des Juifs massortis. Et il y a des officiers – des officiers importants – qui appartiennent aux mouvements réformé ou massorti », a déclaré Almog.

Un officier de police se tient entre un groupe de jeunes ultra-orthodoxes et une cérémonie de bar-mitsva dans la section égalitaire du Mur Occidental, le 30 juin 2022. (Crédit: Laura Ben-David)

Ces dernières années, l’Agence juive, établie avant l’État d’Israël – c’est cette année son 93e anniversaire – a pu être qualifiée d’anachronique. Ses détracteurs affirment que le gouvernement, qui est responsable du public, serait mieux à même de superviser l’immigration que l’Agence juive, dont le fonctionnement est celui d’une organisation à but non-lucratif.

Almog a affirmé que l’organisation était une passerelle nécessaire entre les Juifs qui vivent hors des frontières d’Israël et le gouvernement israélien.

« L’État d’Israël est un partenariat entre l’État et tous les Juifs du monde », a-t-il estimé.

« Souvenez-vous que quand nous avons des élections – ce qui est arrivé trop fréquemment ces dernières années – seuls les citoyens israéliens votent, mais qu’il y a 7,5 millions d’autres Juifs dans le monde », a-t-il continué.

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