Les Kurdes syriens sont « ouvert a des liens » avec Israël
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Les Kurdes syriens sont « ouvert a des liens » avec Israël

Une professeure israélienne dit que Jérusalem devrait approuver les aspirations kurdes à l'autonomie dans une Syrie déchirée par la guerre, ce qui pourrait aider à vaincre l'État islamique

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Aldar Khalil (C), du Mouvement pour une société démocratique, et le cheikh Hamad Sheikh Shihadeh (à droite), le chef du clan Naim dans le nord de la Syrie, lors d'une réunion de plus de 150 délégués kurdes, arabes, assyriens et d'autres parties dans la ville de Rmeilan, dans la province de Hasakah nord-est de la Syrie, où la décision a été prise d'établir une région fédérale, le 16 mars 2016 (Crédit : AFP / DELIL SOULEIMAN)
Aldar Khalil (C), du Mouvement pour une société démocratique, et le cheikh Hamad Sheikh Shihadeh (à droite), le chef du clan Naim dans le nord de la Syrie, lors d'une réunion de plus de 150 délégués kurdes, arabes, assyriens et d'autres parties dans la ville de Rmeilan, dans la province de Hasakah nord-est de la Syrie, où la décision a été prise d'établir une région fédérale, le 16 mars 2016 (Crédit : AFP / DELIL SOULEIMAN)

Après la déclaration officielle par le principal groupe kurde syrien cette semaine, affirmant que des zones dans le nord de la Syrie sont sous son contrôle, le régime syrien, l’opposition, la Turquie et les États-Unis, ont immédiatement rejeté la déclaration.

Le groupe ne s’est pas non plus vu donné de siège à la table des négociations de paix qui se déroulent à Genève.

Malgré le fait qu’ils ne soient pas reconnus, les Kurdes syriens gouvernent entièrement leur région depuis deux ans. Leur gouvernement est extrêmement démocratique, égalitaire et laïque, dans une région où les idéologies totalitaires et islamistes l’emportent.

Les seules autres régions du Moyen-Orient qui peuvent être caractérisées de même sont le gouvernement régional kurde en Irak – où les minorités sont bien protégées en vertu de nouvelles lois – et Israël.

« [Les Kurdes syriens] sont une communauté prête à coopérer avec Israël », a déclaré jeudi au Times of Israel la professeure Ofra Bengio, responsable du programme d’études kurdes à l’Université de Tel-Aviv.

Il n’y a pas eu de déclarations publiques pro-israéliennes par les dirigeants syriens kurdes, selon Bengio, « mais je sais que certains se sont secrètement rendus en Israël, sans le faire savoir publiquement ».

L’experte a déclaré avoir pris personnellement contact avec les Kurdes syriens, et que ceux-ci ont souhaité faire passer le message qu’ils sont prêts à avoir des relations avec Israël.

« C’est comme avec les Kurdes d’Irak, qui agissent dans les coulisses. Une fois qu’ils se sentent plus forts, ils pensent à lier des relations publiquement », dit-elle.

Israël a entretenu des relations secrètes avec les Kurdes irakiens, y compris par l’entremise d’une assistance militaire limitée, et a acheté du pétrole au Gouvernement régional du Kurdistan.

Lorsque la région irakienne autonome a décidé de défier les ordres de Bagdad l’année dernière et a commencé à vendre son propre pétrole directement, Israël a été l’un des premiers pays à donner en échange aux Kurdes irakiens les moyens économiques nécessaires pour financer leur lutte contre l’État islamique.

Un rapport publié par le Financial Times estime qu’Israël a acheté 19 millions de barils de pétrole kurde irakien, pour une valeur d’environ 1 milliard de dollars US, entre mai et août de l’année dernière.

Bengio estime qu’Israël devrait agir rapidement pour soutenir discrètement l’organisation politique kurde syrienne naissante.

« C’est l’acteur le plus efficace qui puisse vaincre l’Etat islamique et constituer un rempart contre lui. Plus nous pouvons trouver de moyens de coopérer avec eux, mieux ce sera pour nous », dit-elle.

Faisant une comparaison avec la déclaration de guerre immédiate des voisins arabes contre Israël après l’indépendance l’Etat juif en 1948, Bengio a dit : « Les Kurdes de Syrie étaient une non-entité en 2012. En quelques années, ils ont construit leur état tout en combattant pour lui, comme c’est arrivé avec Israël. »

Ofra Bengio (Crédit : autorisation)
Ofra Bengio (Crédit : autorisation)

« Israël peut gagner l’amitié d’un parti stable, pro-israélien, plus démocratique, plus ouvert et libéral. Les femmes kurdes en Syrie sont libres et beneficient d’une approche égalitaire plus que dans tout autre endroit de la région », a-t-elle ajouté.

En juin 2014, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a exprimé son soutien à la cause kurde.

« Nous devrions … soutenir l’aspiration des Kurdes pour leur indépendance », a-t-il dit, ajoutant que les Kurdes sont « une nation de combattants [qui] a prouvé son engagement politique et qui est digne d’indépendance. »

Le Premier ministre, cependant, ne précise pas s’il ne soutient que les Kurdes irakiens ou egalement la lutte des minorités kurdes en Syrie, en Iran et en Turquie.

Plus récemment, en janvier, la ministre de la Justice Ayelet Shaked a appelé à la création d’un Kurdistan indépendant entre l’Iran et la Turquie et à une politique renforcée de coopération entre Israël et les Kurdes.

Cependant, la Turquie, avec laquelle Israël fait de grands efforts afin de réparer leurs relations, est fortement opposée au mouvement syrien d’indépendance kurde.

Ankara considère le Parti de l’Union Démocratique kurde syrien, ou PUD, comme une extension du Parti des Travailleurs du Kurdistan, ou PTK, qui a réveillé une animosité vieille de plusieurs décennies depuis que les pourparlers de paix ont échoué l’année dernière avec la Turquie.

Les États-Unis considèrent également le PTK comme un groupe terroriste.

Bengio a rejeté l’accusation de la Turquie selon laquelle le PUD serait un groupe terroriste. Elle a dit que même si le PUD est lié au PTK, il n’a pas commis d’attaques terroristes, ni n’est désigné par les États-Unis comme une organisation terroriste, comme c’est le cas du PTK.

« Aujourd’hui, le PUD travaille pour stabiliser ce qu’il a accompli depuis 2012. Il n’est pas logique de croire qu’il ouvrirait un autre front avec la Turquie, » dit-elle.

Elle a ajouté que, malgré l’opposition de la Turquie, le PUD a réussi à obtenir le soutien des États-Unis et de la Russie.

Bien que les relations entre les Kurdes de Syrie et Israël soient secrètes, Bengio estime qu’Israël devrait rester fort dans son soutien vis-à-vis des Kurdes de Syrie et rompre le lien existant entre ses relations avec la Turquie et son soutien des Kurdes. Elle a donné pour exemple le soutien de la Turquie au Hamas alors que le pays continue d’avoir des relations avec Israël.

« La Turquie soutient le Hamas qui cherche ouvertement à annihiler l’Etat d’Israël. Tant que ce sera encore le cas, Israël devrait au moins avoir le droit de fournir de l’aide humanitaire aux Kurdes syriens », a déclaré Bengio.

Tamar Hussein Ibrahim, un journaliste kurde syrien vivant actuellement à Irbil dans le Kurdistan irakien, a déclaré que ni Israël ni les Syriens kurdes ne devraient hésiter à déclarer publiquement leur soutien mutuel.

« Israël devrait soutenir ouvertement et approuver les aspirations kurdes en Syrie et les factions politiques [kurdes] syriennes devraient déclarer publiquement ces relations. Au final, ce serait une bonne étape pour la stabilité et la coexistence dans la région », a-t-il dit.

« Israël pourrait avoir un allié digne de confiance et fiable dans la nouvelle Syrie et je pense que les Kurdes sont prêts pour cela », a-t-il ajouté.

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