Les Olympiens juifs victimes d’Hitler
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‘Ils ont été fauchés comme tous les autres juifs d’Europe’

Les Olympiens juifs victimes d’Hitler

Largement oubliés, au moins 30 Olympiens juifs ont été assassinés pendant l’Holocauste, en ayant souvent montré de l’héroïsme face à la mort

Olympiens juifs assassinés pendant l' Holocauste. De gauche à droite : Lilli Henoch, Attila Petschauer, Victor Perez et Eddy Hamel. (Crédit : domaine public)
Olympiens juifs assassinés pendant l' Holocauste. De gauche à droite : Lilli Henoch, Attila Petschauer, Victor Perez et Eddy Hamel. (Crédit : domaine public)

Un siècle avant Aly Raisman et Or Sasson, le peuple juif avait la gymnaste Judikje ‘Jud’ Simons des Pays-Bas, et le boxeur Victor ‘Young’ Perez de France.

Simons et Perez ont fait partie des plusieurs dizaines d’Olympiens et de champions du monde juifs qui ont été assassinés pendant l’Holocauste, aux côtés de leurs conjoints et de leurs enfants. Les athlètes condamnés venaient de toute l’Europe, et de tous les sports, des échecs au ski, en passant par l’escrime.

Pendant les années 1920, les juifs ont parfois constitué une large part des équipes olympiques, comme aux Pays-Bas, où juive était synonyme de gymnastique. Aux « Jeux nazis » de Berlin en 1936, au moins 13 athlètes juifs venus de plusieurs pays ont remporté des médailles malgré le harcèlement et les efforts pour leur interdire la compétition.

L’athlétisme a été une source de fierté pour les juifs dans toute l’Europe, particulièrement là où ils devaient se contenter de l’antisémitisme manifeste. Dans les sports de combat comme la boxe et l’escrime, les juifs ont pu démanteler les stéréotypes antisémites avec leur prouesse physique, brisant les barrières sociales et ce que les historiens ont appelé l’image de soi froussarde de la communauté juive européenne.

Les Jeux olympiques de 1936 à Berlin ont été disséqués depuis des décennies, mais le destin des Olympiens juifs n’avait reçu que peu d’attention avant qu’Agnès Grunwald-Spier ne publie en 2015 un livre intitulé Who betrayed the Jews? (qui a trahi les juifs ?). Son travail apporte des informations sur les 30 Olympiens juifs tués pendant l’Holocauste, dont certains ont renoncé à la liberté pour partager le destin de leurs proches.

L’un de ces héros était le célèbre skieur Bronislaw Czech, qui a représenté trois fois la Pologne puis a dirigé ensuite l’une des meilleures écoles de ski du pays.

Bronislaw Czech, champion olympique de ski pour la Pologne puis directeur d'une école de ski. Il a été assassiné pendant l'Holocauste. (Crédit : domaine public)
Bronislaw Czech, champion olympique de ski pour la Pologne puis directeur d’une école de ski. Il a été assassiné pendant l’Holocauste. (Crédit : domaine public)

Quand les nazis ont commencé à mettre en place la solution finale, la célébrité de Czech l’a desservi. A 32 ans, il a été arrêté et a été parmi les premiers prisonniers envoyés à Auschwitz. Là-bas, il lui a été proposé d’être libéré s’il allait entraîner de jeunes Allemands à skier, mais il a refusé cette offre. Czech est mort à Auschwitz, et des dizaines de rues et d’écoles portent aujourd’hui son nom en Pologne.

Un autre champion du monde ciblé pour ses prouesses a été Victor ‘Young’ Perez, boxeur français né en Tunisie. En 1931, il était devenu le plus jeune champion du monde poids plume de l’histoire de la boxe, et avait gagné de nombreux championnats français. Rien de cela n’a compté quand Perez a été dénoncé en 1943 et envoyé à Auschwitz.

« Au début, les SS le laissaient s’entraîner pour qu’il puisse donner un spectacle de combat pour leur divertissement contre un membre de la SS, a écrit Grunwald-Spier. Après, il a été traité comme les autres prisonniers et a été forcé de participer à des matchs de boxe pour l’amusement des nazis. En 1945, Victor avait survécu à 140 combats en 15 mois et en avait gagné 139. »

Victor ‘Young’ Perez, boxeur juif français né à Tunis. Il a été assassiné à Auschwitz-Birkenau. (Crédit : domaine public)
Victor ‘Young’ Perez, boxeur juif français né à Tunis. Il a été assassiné à Auschwitz-Birkenau. (Crédit : domaine public)

La vie du jeune champion s’est terminée pendant la marche de la mort d’Auschwitz, en janvier 1945, à l’âge de 33 ans.

Attila Petschauer, escrimeur olympique juif, avait été ciblé pour son athlétisme. Il avait gagné la médaille olympique par équipe en 1928 à Amsterdam et en 1932 à Los Angeles pour la Hongrie. Quand il a été emprisonné au camp de travail de Davidovka, en Ukraine, il a été pris pour cible par les gardes qui avaient été informés de sa célébrité.

« [Un témoin] a vu les gardes dire à Attila d’enlever ses vêtements, de grimper dans un arbre et de crier comme un coq, a écrit Grunwald-Spier. Pendant qu’il criait, ils l’ont aspergé d’eau froide qui a gelé, et il est finalement tombé de l’arbre. Ils l’ont ramené dans les baraquements, mais il est mort quelques heures après. »

Pas d’exception pour les Olympiens

Selon Grunwald-Spier, les 30 Olympiens juifs de son livre « étaient tous des sportifs accomplis qui étaient fiers de ce qu’ils représentaient pour leur pays. Leurs pays avaient été fiers de se réchauffer dans leur gloire. »

« Cependant, quand les nazis ont mis en place la solution finale, cela n’a pas eu d’importance et ils ont été fauchés comme tous les autres juifs d’Europe », a déclaré la semaine dernière Grunwald-Spier au Times of Israël.

Parmi les athlètes les plus patriotiques et polyvalents de l’Europe de l’entre deux guerres, il y avait Lilly Henoch, qui a atteint la gloire dans les années 1920 en Allemagne avec le Berlin Sports Club, et était un quart juive. Ses spécialités étaient le hockey, le handball et le saut en longueur, et elle était le capitaine de référence de plusieurs équipes sportives. Si l’Allemagne avait été autorisée à participer aux Jeux de 1924, Henoch aurait pu remporter plusieurs médailles, ayant établi des records du monde en lancer de disque, lancer de poids et en relai 4×100.

L'athlète juive allemande Lilly Henoch (à gauche) joue au handball pour le Berlin Sports Club. Elle a été assassinée en Lituanie. (Crédit : domaine public)
L’athlète juive allemande Lilly Henoch (à gauche) joue au handball pour le Berlin Sports Club. Elle a été assassinée en Lituanie. (Crédit : domaine public)

La polyvalence athlétique et la capacité d’Henoch à rapporter des médailles à l’Allemagne ne signifiaient rien en 1933, quand elle a été écartée du Berlin Sports Club. Ironiquement, elle avait été nommée présidente de la section féminine du club seulement deux semaines avant qu’Hitler ne devienne chancelier.

En septembre 1942, Henoch et les membres de sa famille ont été déportés d’Allemagne vers Riga, où ils ont été assassinés par une équipe des Einsatzgruppen cette même année. Henoch avait 43 ans, et son meurtre a eu lien loin des millions d’Allemands qui auraient reconnu son nom ou son visage après l’avoir vu aux informations.

Parmi les Olympiens tués pendant la Shoah, quelques-uns venaient des Pays-Bas. Dans ce pays, les femmes juives avaient rapporté à la maison de nombreuses médailles en gymnastique, y compris pendant les Jeux d’Amsterdam en 1928.

L’une des meilleures gymnastes hollandaises juives était Judikje ‘Jud’ Simons, qui a aidé son équipe à remporter l’or en 1928. Après la victoire de son équipe, Simons et son mari ont géré un orphelinat à Utrecht, où ils vivaient avec leurs deux enfants. Pendant l’occupation nazie des Pays-Bas, la famille a eu une chance d’échapper à la déportation vers les camps d’extermination, mais Simons et son mari ont refusé d’abandonner les orphelins.

L'équipe féminine hollandaise de gymnastique de 1928, dont la moitié des membres étaient juives. Judikje 'Jud' Simons (3° à droite) a été assassinée à Sobibor. (Crédit : domaine public)
L’équipe féminine hollandaise de gymnastique de 1928, dont la moitié des membres étaient juives. Judikje ‘Jud’ Simons (3° à droite) a été assassinée à Sobibor. (Crédit : domaine public)

Le 3 mars 1943, la famille toute entière et des dizaines d’enfants de l’orphelinat ont été gazés à Sobibor, sept mois après l’histoire similaire de Janusz Korczak, qui avait accompagné ses pupilles du ghetto de Varsovie à la mort à Treblinka.

Dans son livre, Grunwald-Spier a documenté le destin partagé de plusieurs juives hollandaises de l’équipe féminine de gymnastique de 1928, qui ont été déportées avec leurs maris et leurs jeunes enfants à Sobibor, où plus de 200 000 juifs ont été assassinés. L’entraîneur juif de l’équipe, Gerrit Kleerekoper, a également été assassiné à Sobibor, avec sa femme et sa fille.

Ajax, les juifs, et le souvenir de l’Holocauste

Parmi les sportifs tués par les nazis, il y avait également plusieurs footballeurs juifs venant d’Allemagne, de Pologne et de Roumanie. Le joueur juif le plus célèbre mort pendant l’Holocauste, Eddy Hamel, n’était techniquement pas un Olympien, mais le sportif, qui est né à New York et a grandi à Amsterdam, a eu un impact particulier sur le sport dans son pays.

Eddy Hamel, le premier juif à jouer pour le club de football de l'Ajax d'Amsterdam. (Crédit : domaine public)
Eddy Hamel, le premier juif à jouer pour le club de football de l’Ajax d’Amsterdam. (Crédit : domaine public)

En 1922, Hamel était devenu le premier juif et le premier Américain à jouer pour le légendaire Ajax FC. Pendant huit ans, il a été la fierté des juifs d’Amsterdam, refusant de cacher ses racines juives ou américaines.

Douze ans après sa retraite de l’Ajax, les Pays-Bas sous occupation nazie, Hamel a été arrêté et envoyé aux travaux forcés à Auschwitz-Birkenau. Après quatre mois, il a échoué à une « sélection » de travail et a été envoyé dans les chambres à gaz.

Suite à la guerre, l’Ajax a été associé aux juifs, dont certains qui étaient rentrés des camps regardaient les matchs dans l’ancien stade, là où ils avaient grandi. Les juifs ne vivaient plus dans le quartier, mais l’équipe était devenue « juive » par association avec le quartier assassiné et, plus tard, dans les années 1970, avec une nouvelle génération de juifs hollandais qui ont rejoint l’Ajax en tant que joueurs, employés ou actionnaires, sans mentionner les masseuses.

Ces dernières années, les supporteurs de l’Ajax ont utilisé des symboles juifs et des chants qui leur ont attiré le rejet de fans des équipes rivales, dont certains souhaitent à l’Ajax le même destin que celui de son premier joueur juif, Eddy Hamel, pendant l’Holocauste.

Le sentiment antisémite est exprimé par des chants sur Auschwitz, et des chœurs de sifflements pour représenter le gazage des juifs. La poussée d’antisémitisme aux matchs de l’Ajax a entraîné les juifs hollandais à rester chez eux ces dernières années, et les responsables de l’Ajax à atténuer le parfum juif de l’équipe, considéré comme une provocation.

Les grands athlètes juifs de l’entre deux guerres en Europe, dont beaucoup ont été Olympiens et champions du monde, incarnent la fausseté de la propagande raciale nazie sur la communauté juive et les inclinations culturelles.

Ces sportifs juifs venaient de chaque coin du continent, et ont participé à tous les sports qui leur étaient ouverts. En agissant ainsi, beaucoup sont devenus des cibles précoces pour le régime d’Hitler, et, pendant le génocide, des cibles pour les gardes de camps sans pitié qui cherchaient à briser leur mental.

Les Olympiens juifs Attila Petschauer (à gauche) et Andras Szekely, tous deux assassinés pendant l'Holocauste. (Crédit : domaine public)
Les Olympiens juifs Attila Petschauer (à gauche) et Andras Szekely, tous deux assassinés pendant l’Holocauste. (Crédit : domaine public)
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