Les Palestiniens blâment Facebook qui efface des pages glorifiant le terrorisme
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Les Palestiniens blâment Facebook qui efface des pages glorifiant le terrorisme

Si des journalistes et des militants accusent le réseau social de "guerre contre les Palestiniens", cela fait longtemps qu'Israël déplore pour sa part son manque d'engagement

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Ahmad Nassar Jarrar, 22 ans, chef de la cellule terroriste qui a tué le rabbin Raziel Shevach le 9 janvier (Crédit : Twitter)
Ahmad Nassar Jarrar, 22 ans, chef de la cellule terroriste qui a tué le rabbin Raziel Shevach le 9 janvier (Crédit : Twitter)

Des activistes et des journalistes palestiniens ont lancé une campagne lundi visant à protester contre Facebook après que le réseau social a supprimé des dizaines de pages ces dernières semaines, au motif qu’elles incitaient et glorifiaient le terrorisme.

« Facebook fait la guerre aux Palestiniens », ont déploré militants et journalistes dans une déclaration lors du lancement du hashtag sur Twitter « #FBfightsPalestine » pour manifester leur mécontentement contre les mesures prises par Facebook.

Selon les Palestiniens, cette répression sur Facebook s’est intensifiée après la mort d’Ahmed Jarrar, terroriste du Hamas qui appartenait à la cellule responsable de la mort du rabbin Raziel Shevach le mois dernier, dans le nord de la Cisjordanie.

Les forces de sécurité israéliennes ont tué Jarrar lors d’une fusillade survenue dans le village d’al Yamoun, à proximité de Jénine, le 6 janvier.

Depuis, ont indiqué les Palestiniens, Facebook a suspendu temporairement ou définitivement plus de 50 pages et publications privées et publiques dont la majorité glorifiaient Jarrar. L’une des pages appartenait au clan Jarrar de Jénine.

Depuis 2017, Facebook est passé à l’action contre 200 comptes palestiniens, a fait savoir le communiqué. Ces mesures ont également inclus la suppression de posts et de photos considérées comme incendiaires ou faisant l’apologie du terrorisme.

Au début de la semaine, le géant a supprimé la page « Palestine.net » affiliée au groupe terroriste palestinien du Hamas, qui comptait plus de 180 000 « J’aime ».

Muath Mashaal, l’un des administrateurs d’une page appelée « Palestine 27 » qui a été récemment supprimée par Facebook, a expliqué que cette initiative avait été prise après le partage d’une photo de Jarrar.

Les soldats de l’armée israélienne dans le secteur de Jénine, le 3 février 2018, à la poursuite d’Ahmed Jarrar, soupçonné du meurtre du rabbin Raziel Shevach. (Crédit : Armée israélienne)

Mashaal a déclaré au site Quds.net que la répression sur les contenus palestiniens « montre que Facebook est devenu une institution sécuritaire qui travaille sur la base des opérations de renseignement ».

Mashaal a souligné que « Palestine 27 » se spécialisait dans « la collecte de documents sur l’histoire du combat palestinien contre l’occupation ». Il a clamé qu’Israël avait « incité » Facebook contre sa page.

Une autre journaliste, Naelah Khalil, a expliqué que les mesures adoptées par le réseau social « prouvent que la main des sionistes est partout ».

Certains parmi les propriétaires et les hauts-responsables de Facebook sont des « sionistes » qui se montrent « partiaux » envers Israël, a-t-elle clamé, une référence apparente au fondateur et directeur-général juif de Facebook Mark Zuckerberg.

Le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, pendant un discours adressé aux étudiants de la promotion 2017 de Harvard à Cambridge, Massachusetts, le 25 mai 2017. (Crédit : Paul Marotta/Getty Images/AFP)

L’expert juridique palestinien Majed Arouri a aussi accusé Israël de se trouver derrière la campagne Facebook contre les contenus palestiniens.

Condamnant les mesures en les qualifiant « d’agression flagrante menée contre la liberté d’expression », Arouri a accusé Facebook de détourner le regard des pages israéliennes impliquées dans les « incitations » contre les Palestiniens.

Le centre social Sada, une organisation (ONG) palestinienne, a indiqué la semaine dernière que Facebook avait supprimé des contenus sur son site à 29 occasions en moins de quarante-huit heures, qualifiant cette initiative de « violations ».

« L’administration de Facebook s’est pliée aux diktats de l’occupation israélienne en s’en prenant aux contenus liés aux Palestiniens, en particulier à ceux qui concernent les Palestiniens tués par les forces israéliennes comme cela a été le cas du martyr Ahmed Jarrar » a accusé Iyad Rifaie, porte-parole du centre.

Rifaie a ajouté que le centre était en train de réunir des informations sur toutes les « violations » de Facebook et travaillait avec des organisations des droits de l’Homme afin de faire remettre en ligne les pages supprimées.

Cela fait longtemps qu’Israël accuse Facebook de faciliter les incitations palestiniennes contre les Israéliens, en particulier suite à une vague de centaines d’attaques qui a commencé au mois d’octobre 2015 et qui, selon les services de sécurité, a été attisée par des incitations en ligne.

Au mois de janvier de l’année dernière, le projet de loi sur Facebook – tel qu’il avait été surnommé – qui autoriserait l’Etat à demander des ordonnances auprès du tribunal pour obliger le géant des réseaux sociaux à supprimer certains contenus sur la base de recommandations policières était passé en première lecture à la Knesset.

Le gouvernement affirme que cette législation ne serait invoquée que dans les cas d’incitations présumées, où il y a une possibilité réelle que les matériels présentés mettent en danger la sécurité publique ou nationale.

De plus, au mois d’avril, les familles de cinq Américains assassinés ou blessés dans de récents attentats terroristes palestiniens en Israël avaient porté plainte contre Facebook qui, selon elles, n’a pas interdit au groupe du Hamas, à Gaza, d’utiliser sa plate-forme. Elles réclamaient un milliard de dollars.

« Facebook a, en toute connaissance de cause, offert un soutien et des ressources matérielles au Hamas sous la forme de sa plate-forme de réseau social et de ses services de communication », avait affirmé un communiqué émis par les plaignants. « Le Hamas a utilisé et s’est appuyé sur la plate-forme de réseau social Facebook qui est devenue l’un de ses outils les plus importants pour faciliter et mener ses activités terroristes ».

Un dessin de Hasan Abadi encourage les Palestiniens à poignarder des soldats israéliens (Crédit : Facebook)

Facebook a, dans le passé, rejeté une affirmation du gouvernement israélien que Zuckerberg avait « du sang » d’une victime israélienne du terrorisme sur les mains parce qu’il ne censurait pas les incitations et les discours de haine palestiniens.

Dans un communiqué écrit en hébreu, l’entreprise a déclaré qu’elle oeuvrait « de manière régulière avec les organisations sécuritaires et les décisionnaires politiques dans le monde entier, notamment en Israël, pour garantir que les gens savent utiliser Facebook de manière sûre ».

« Sur notre plate-forme, il n’y a pas de place pour des contenus qui incitent à la violence, des menaces directes, du terrorisme ou la violence verbale. Nous avons une série de règlements communautaires clairement établis qui ont pour objectif de faire comprendre aux utilisateurs ce qui est permis sur Facebook et nous appelons ces derniers à utiliser nos instruments d’avertissement s’ils devaient découvrir un contenu qui, selon eux, contrevient aux réglementations, de manière à ce que nous puissions évaluer chaque incident et passer rapidement à l’action », a dit Facebook.

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