Les Palestiniens dénoncent les réunions de l’AP avec des responsables israéliens
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Les Palestiniens dénoncent les réunions de l’AP avec des responsables israéliens

Des factions disent que ces entretiens violent les décisions de l'OLP et du Fatah de "se désengager" auprès d'Israël

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Rami Hamdallah, Premier ministre de l'Autorité palestinienne, en visite à Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza, le 9 octobre 2014. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
Rami Hamdallah, Premier ministre de l'Autorité palestinienne, en visite à Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza, le 9 octobre 2014. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

De récentes rencontres entre responsables israéliens et issus de l’Autorité palestinienne ont suscité les critiques de factions et d’activistes palestiniens qui accusent le leadership de l’AP de ne pas tenir sa promesse de « se désengager » auprès d’Israël.

La semaine dernière, le président français Emmanuel Macron a accueilli le ministre de l’Economie israélien Eli Cohen et son homologue palestinien, Abeer Odeh, ministre de l’Economie de l’AP.

Initiée par les Français, cette rencontre au palais de l’Elysée avait pour objectif de renforcer la coopération économique entre l’AP et Israël.

Une autre réunion qui a entraîné la colère du côté palestinien a également eu lieu la semaine dernière lorsque le Premier ministre de l’AP, Rami Hamdallah a rencontré le général de division Yoav Mordechai, Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT).

Le coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nickolay Mladenov, a participé à cette rencontre qui s’est intéressée aux moyens de résoudre la crise humanitaire dans la bande de Gaza.

Ces deux réunions ont eu lieu suite à des décisions prises par le comité exécutif de l’OLP et le conseil central du Fatah de suspendre les liens avec Israël.

Au début du mois, le comité exécutif de l’OLP a approuvé une résolution prise par le Conseil central du Fatah concernant l’adoption d’une série de mesures pour amorcer un « désengagement » auprès d’Israël « aux niveaux politique, sécuritaire, économique et administratif ».

Cette initiative a été prise suite à la reconnaissance par le président Trump de Jérusalem en tant que capitale israélienne le 6 décembre et aux menaces proférées par ce dernier de couper les financements versés à l’AP et à l’office chargé des réfugiés palestiniens des Nations unies (UNRWA).

Samedi, des factions palestiniennes ont dénoncé ces rencontres entre Israël et l’AP, accusant les responsables de cette dernière de violer ses propres décisions.

Le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP), un groupe terroriste palestinien qui ne reconnaît pas les accords d’Oslo, a estimé que de telles rencontres « ne respectent ni les Palestiniens, ni les décisions prises par leurs institutions nationales ».

Le groupe a accusé l’Autorité palestinienne de tromper les Palestiniens et a mis en garde contre la reprise d’éventuels pourparlers de paix avec Israël qui pourraient avoir lieu en coulisses.

Ces entretiens, a accusé le FPLP, prouvent que l’AP, malgré ses propos sur la suspension des relations avec l’Etat juif, n’a pas le désir d’adopter une nouvelle politique.

Walid Awad, haut-responsable du parti du peuple palestinien (ancien parti communiste), a fait savoir que le gouvernement de l’AP agit en violation directe des décisions de l’OLP et du Fatah.

La commission exécutive de l’OLP a demandé au gouvernement de l’AP de mettre en place un plan de « désengagement » auprès d’Israël, a souligné Awad. Il a averti que les rencontres israélo-palestiniennes sous les auspices de la communauté internationale signalaient « un glissement dangereux dans les marais de la paix économique ».

Un autre groupe terroriste palestinien, le Front démocratique pour la libération de la Palestine, a également condamné l’AP.

Affirmant que l’Autorité palestinienne contredit dans ses actes la décision prise contre la coopération avec Israël, le mouvement a appelé à ce qu’une autre réunion entre les leaders de l’OLP et le Fatah soit organisée pour débattre de la politique du gouvernement de l’AP.

Plusieurs Palestiniens ont également exprimé leur indignation sur les réseaux sociaux.

« Soit l’Autorité palestinienne ne sait pas ce qu’elle veut, soit elle nous trompe », a commenté le journaliste Said Abu Moalla. « Il est probable que les deux assertions soient vraies ».

Le caricaturiste palestinien Mohammad Sabaaneh a tourné en dérision la décision de couper les liens avec Israël, suggérant dans un post sur Facebook que l’AP a décidé de « se désengager » des Palestiniens.

« Son excellence [le Premier ministre de l’AP] semble heureux sur la photo comme si c’était le devoir des Palestiniens de mourir aux checkpoints pendant les journées de rage du vendredi », a-t-il remarqué. « Etes-vous heureux à Paris, votre excellence ? Il fait beau là-bas ? »

D’autres activistes palestiniens ont déploré que les entretiens sur le renforcement des liens économiques venaient contredire les appels au boycott des produits israéliens.

« Alors que devons-nous faire maintenant – boycotter les produits israéliens ou en acheter davantage pour renforcer le commerce [avec Israël] » s’est interrogé Alaa Abu Diab dans un commentaire sarcastique rédigé sur Facebook.

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