Les personnes intersexes ne veulent pas être les « oubliés de la loi bioéthique »
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Les personnes intersexes ne veulent pas être les « oubliés de la loi bioéthique »

Dotées de caractéristiques sexuelles masculines et féminines à la naissance, les personnes intersexes subissent des opérations chirurgicales dès l'enfance

Drapeau LGBTIQ. (Crédit : Wikimedia commons)
Drapeau LGBTIQ. (Crédit : Wikimedia commons)

Elles représentent la cinquième lettre du sigle LGBTI, mais peinent à se faire entendre : les personnes intersexes militent pour l’inscription dans la loi bioéthique de l’interdiction des « mutilations génitales » qu’elles subissent dès l’enfance.

Dotées de caractéristiques sexuelles masculines et féminines à la naissance, les personnes intersexes subissent des opérations chirurgicales dès l’enfance pour se conformer à l’un des sexes.

Pour elles, ces opérations sont des « mutilations génitales » et elles rappellent que de nombreuses décisions internationales appuient leur propos.

La France a ainsi été condamnée à trois reprises en 2016 par l’ONU pour des opérations sur des enfants afin de leur attribuer un sexe masculin ou féminin.

Le Conseil de l’Europe, le Parlement européen ou la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) ont également condamné les opérations non consenties.

« Je suis sur le qui-vive en rendez-vous médical. Je préfère me mettre en danger physique plutôt que d’aller voir des médecins », témoigne Mischa, qui a subi « un certain nombre d’opérations » et parle aujourd’hui de certains examens comme de « viols médicaux ».

Selon des experts repris par l’ONU, 1,7 % de la population serait concernée par des variations du développement sexuel qui peuvent toucher les chromosomes, les gonades (organes destinés à la reproduction) ou l’anatomie, et dont les conséquences peuvent être multiples : formation atypique des organes génitaux, taux d’hormones anormaux, attributs des deux sexes…

Aucune donnée n’est disponible en France sur la prévalence des opérations mais des recherches en Allemagne citées dans un rapport du Conseil de l’Europe font état de gonadectomies chez 64 % des personnes intersexes et estiment à 96 % celles qui suivent un traitement hormonal.

« Dans leur immense majorité, ce sont des variations saines », qui ne posent aucun problème de santé, explique Gabrielle (prénom d’emprunt), membre du Collectif Intersexes et Allié.e.s. « Mais ce qui cristallise le débat c’est que les variations se trouvent au niveau des organes sexuels. »

« On fait en sorte que la personne puisse être pénétrée ou pénétrer », dénonce-t-elle.

« Oubliés de la loi »

Depuis septembre, le Collectif, membre de l’Organisation internationale des intersexués (OII), créé il y a deux ans et qui regroupe une vingtaine de militants actifs, mène une campagne de sensibilisation.

Leur pétition « Pour l’arrêt des mutilations des enfants intersexes » destinée à la ministre de la Santé Agnès Buzyn et à la Garde des Sceaux Nicole Belloubet, à la manœuvre dans le projet de loi bioéthique, a dépassé lundi les 60 000 signatures.

« Il n’est pas du ressort des médecins ou des parents de décider d’attenter à l’intégrité physique d’un-e mineur-e sans nécessité vitale », y plaident les signataires. « C’est à l’enfant intersexe lui/elle-même de décider. Changer son corps ou non, ce sera son choix. »

« Tout le monde dit qu’il faut que ça change mais les médecins font bloc de façon très forte », accuse Gabrielle.

Face à la mobilisation des personnes intersexes, certains sont en effet montés au créneau.

Il est « fondamental pour l’enfant et ses parents qu’il soit le plus tôt possible inscrit dans une identité sexuelle et que son corps corresponde à cette identité » défendaient des praticiens dans une tribune au quotidien Le Monde début juillet, signée par 116 professionnels de santé. Ils y plaident notamment que plus l’opération est précoce, « meilleurs » sont les « résultats ».

Mais les personnes intersexes décrivent des conséquences lourdes de ces opérations : douleurs chroniques, perte de sensibilité sexuelle, infections, dépression…

Le rapport de la mission d’information parlementaire précédant la rédaction de la loi bioéthique proposait l’adoption d’une disposition législative affirmant que « les actes médicaux d’assignation sexuée » quand le pronostic vital n’est pas engagé « ne répondent pas à une nécessité médicale ».

Mais dans le projet de loi bioéthique qui sera présenté mercredi en Conseil des ministres et dont l’AFP a obtenu copie, la situation des personnes intersexes n’est pas évoquée.

« On savait qu’on allait être les oubliés de la loi bioéthique donc on s’est fait une place dans le débat », explique Gabrielle, qui ne baisse pas les bras.

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