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Analyse

Les pourparlers américano-iraniens en Suisse relèguent Israël au second plan, mais il n’est pas hors du jeu

Après avoir passé des années à affaiblir l’Iran et ses proxys, Israël ne peut que regarder Téhéran gagner en influence sur son meilleur allié, mais il est peu probable qu'il entérine des décisions prises sans lui

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif (au centre) s'exprimant aux côtés du vice-président américain JD Vance (à gauche) et du Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, le cheikh Mohammed ben Abdulrahman ben Jassim al-Thani, lors d'une réunion quadripartite entre les États-Unis, l'Iran, le Pakistan et le Qatar au complexe hôtelier de luxe Burgenstock, surplombant le lac des Quatre-Cantons, en Suisse, le 21 juin 2026. (Crédit : Nathan Howard/POOL/AFP)
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif (au centre) s'exprimant aux côtés du vice-président américain JD Vance (à gauche) et du Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, le cheikh Mohammed ben Abdulrahman ben Jassim al-Thani, lors d'une réunion quadripartite entre les États-Unis, l'Iran, le Pakistan et le Qatar au complexe hôtelier de luxe Burgenstock, surplombant le lac des Quatre-Cantons, en Suisse, le 21 juin 2026. (Crédit : Nathan Howard/POOL/AFP)

Ce dimanche s’annonçait bien sombre pour Israël.

Alors que les négociations sur un accord entre les États-Unis et l’Iran, dont les enjeux ne pouvaient guère être plus importants pour le pays, s’ouvraient à Burgenstock, en Suisse, Jérusalem était invisible et inaudible.

Relégué au rôle de simple spectateur, Israël ne pouvait que « crier » au sens figuré devant son écran de télévision tandis que son plus proche allié – le pays qui s’était joint à lui dans la guerre contre son ennemi juré, le régime iranien, il y a une centaine de jours – entamait officiellement des négociations avec Téhéran en vue d’une fin définitive du conflit.

Lorsque le vice-président américain, JD Vance, est arrivé dimanche matin au complexe hôtelier du Qatar, où se tenaient les pourparlers, il a été accueilli par les délégations de Doha, d’Islamabad et de Téhéran, toutes présentes à la table des négociations.

Israël n’a pas pris part à l’élaboration du protocole d’accord et le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’en est distancié. Pourtant, les termes de la clause d’ouverture, qui mettent définitivement fin à la guerre et excluent toute reprise, stipulent qu’elle lie les États-Unis, l’Iran et « leurs alliés ». Les responsables israéliens s’opposent farouchement à ce protocole d’accord, car il ne répond à aucun des objectifs clés de la guerre, notamment l’élimination des programmes nucléaires et de missiles balistiques de l’Iran, et la création de conditions propices à la chute du régime.

Selon certaines informations, le premier point à l’ordre du jour des délégations était une session d’urgence consacrée au conflit opposant Israël au groupe terroriste du Hezbollah au Liban, soutenu par la République islamique.

Des habitants déplacés brandissant un drapeau de la Révolution islamique et un drapeau du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah en passant devant un bâtiment détruit lors d’une précédente frappe aérienne israélienne, dans le village de Chehabiyeh, au sud du Liban, le 16 juin 2026. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP)

Des deux États et du groupe terroriste mandataire directement impliqués dans le conflit, seul le Hezbollah, étroitement contrôlé et financé par Téhéran, pouvait se prévaloir d’une quelconque forme de représentation dans les négociations.

Après deux ans et demi passés à affaiblir progressivement l’Iran et ses proxys, et à s’imposer comme un acteur régional puissant capable de se battre d’égal à égal aux côtés de la superpuissance mondiale, Israël constate aujourd’hui que Téhéran gagne en influence tant à Washington que sur la scène régionale.

Le protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran et les pourparlers qui se déroulent actuellement en Suisse sont encore récents et risquent de s’effondrer. Pourtant, même s’ils tiennent, ils ne marqueront probablement pas la fin du combat d’Israël contre l’Iran, mais plutôt le début d’une nouvelle phase – une phase dans laquelle la prochaine confrontation d’Israël pourrait s’avérer plus solitaire qu’il ne l’avait espéré.

Parler sans détours

Alors que les négociateurs en Suisse s’apprêtaient à discuter de l’avenir du conflit entre Israël et le Hezbollah, l’absence tant de l’État hébreu que du Liban laisse craindre que Jérusalem ait été placée dans la même catégorie que le faible gouvernement central libanais – ou, ce qui est plus inquiétant encore, qu’elle soit considérée comme un proxy des États-Unis, tout comme le groupe terroriste chiite libanais l’est du régime iranien.

Si beaucoup en Israël comprenaient que toute fin de la guerre nécessiterait des compromis négociés par les États-Unis, le discours de Washington a fait preuve d’une indifférence frappante à l’égard des préoccupations israéliennes.

Vance, qui n’a absolument pas mentionné Israël dans son discours d’ouverture des négociations, n’a guère cherché à cacher son impatience à l’égard du « tout petit partenaire » des États-Unis, pour reprendre les termes de son patron, le président américain Donald Trump.

Il a balayé les inquiétudes concernant le protocole d’accord et les négociations sur le nucléaire à venir, déclarant aux journalistes qu’il trouvait « toute cette panique en Israël un peu étrange » et qu’elle témoignait d’une « méfiance » injustifiée.

Le vice-président américain JD Vance s’exprimant lors du sommet du lac des Quatre-Cantons, au complexe hôtelier Burgenstock, à Obbürgen, près de Lucerne, en Suisse, le 21 juin 2026. (Crédit : Urs Flueeler, photo de pool via AP)

Il a fait valoir que « l’on ne peut pas se contenter de tuer pour résoudre tous les problèmes de sécurité nationale », a exhorté les détracteurs israéliens à « se réveiller et à voir la réalité en face » et, lors d’un récent point presse à la Maison Blanche, a rappelé à Jérusalem que Trump faisait désormais partie des rares dirigeants mondiaux ouvertement favorables à Israël, tout en soulignant la part importante de l’arsenal israélien fabriquée aux États-Unis.

La volonté accrue de Washington de faire pression publiquement sur Israël a renforcé l’impression selon laquelle l’Iran serait arrivé à ces négociations fort d’un atout décisif, le détroit d’Ormuz, et qu’Israël serait perçu comme un obstacle à la réouverture de cette voie navigable essentielle.

Le protocole d’accord signé mercredi prévoyait la fin des combats au Liban, mais le Hezbollah a continué d’attaquer des soldats dans la zone de sécurité du sud du pays, ce qui a entraîné des frappes israéliennes.

Après que Téhéran a déclaré, samedi, que le détroit d’Ormuz était à nouveau fermé, invoquant la poursuite des frappes israéliennes contre le Hezbollah au Liban, la séance d’ouverture des négociations a été réorientée vers la question libanaise plutôt que vers le dossier nucléaire, démontrant ainsi la capacité de l’Iran à utiliser la menace d’une perturbation économique pour limiter l’action militaire israélienne.

La volonté de Trump de se rallier à la position du régime iranien sur le Liban pourrait permettre d’obtenir des avancées à court terme concernant Ormuz.

Cependant, cela ne sert guère les intérêts stratégiques des États-Unis, a fait valoir Robert Satloff, directeur exécutif du Washington Institute for Near East Policy.

« Céder à la demande de l’Iran concernant le [Liban] sape non pas un, mais deux alliés américains – les gouvernements démocratiquement élus de Beyrouth et de Jérusalem – ainsi que la politique américaine de longue date qui consiste à soutenir les négociations directes entre les parties », a-t-il écrit sur le réseau social X.

« Ce faisant, cela apporte un soutien tout à fait immérité à l’affirmation infondée de l’Iran selon laquelle son soutien à un groupe terroriste – le Hezbollah – lui confère une légitimité pour décider du sort du Liban », a-t-il ajouté.

Tensions électorales

Le fait que Trump et Netanyahu s’apprêtent tous deux à affronter des élections – les États-Unis n’élisent pas de président cette année, mais les élections de mi-mandat détermineront le soutien dont Trump bénéficiera au Congrès, tout en donnant un avant-goût du scrutin de 2028 – ne fait qu’exacerber l’impasse politique entre Jérusalem et Washington. Les deux dirigeants poursuivent en effet des objectifs largement incompatibles qu’ils doivent faire accepter à leurs opinions publiques respectives.

« Pour éviter le pire scénario [une défaite électorale], Bibi doit maintenir une position très ferme sur le Liban », a souligné Michael Oren, ancien ambassadeur d’Israël à Washington, en utilisant le surnom de Netanyahu.

« Et Trump, pour conserver sa position et éviter son cauchemar, doit empêcher Bibi d’agir ainsi. »

Le vice-président américain JD Vance (à gauche) attendant, aux côtés de Steve Witkoff (au centre), envoyé spécial du président américain Donald Trump, et de Jared Kushner, de rencontrer le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif (hors champ), au complexe hôtelier de luxe du Burgenstock surplombant le lac des Quatre-Cantons, en Suisse, le 21 juin 2026 (Crédit : Nathan Howard/POOL/AFP)

Israël a déjà serré les dents et accepté les diktats des États-Unis par le passé, mais Oren a fait valoir qu’il y avait une limite à ce que Jérusalem était prête à accepter, notamment en matière de défense et de sécurité.

« La question n’est jamais de savoir ce qu’Israël peut faire. Il s’agit de ce que doit faire Israël. Et ce pays ne peut en aucun cas tolérer ou accepter que le Hezbollah tire sur nos soldats ou nos civils », a-t-il ajouté.

« Il faudra frapper… c’est un intérêt stratégique primordial pour l’État d’Israël. »

Pour autant, l’Iran continuera probablement à tester l’étendue de son influence sur le détroit d’Ormuz, au Liban, et il pourrait vérifier si la même stratégie peut protéger le Hamas, les Houthis et d’autres proxys régionaux, ou influencer les politiques futures à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Trop d’œufs dans le panier américain

Rien de tout cela ne signifie que la lutte d’Israël contre l’Iran ou ses proxys soit terminée.

Quelle que soit l’issue des pourparlers de Burgenstock, Trump la présentera probablement comme une victoire, alors qu’il cherche à montrer qu’il maîtrise la situation.

Netanyahu se retrouvera, comme cela a largement été le cas jusqu’à présent, dans la position délicate de devoir décider avec quelle vigueur s’opposer à un accord qu’Israël n’a jamais signé.

Des policiers marchant devant une immense banderole arborant le drapeau de la République islamique, sur la place de la Révolution islamique, à Téhéran, en Iran, le 14 juin 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

Pour autant, l’exclusion d’Israël des négociations n’est pas nécessairement un inconvénient. Si Jérusalem n’est pas officiellement partie prenante d’un accord conclu en Suisse, elle peut faire valoir qu’elle n’est pas liée par celui-ci et que ses options militaires contre le programme nucléaire iranien, ses proxys régionaux et ses infrastructures restantes n’ont pas été négociées hors de son contrôle.

Washington a peut-être même délibérément orchestré les choses de cette manière afin de laisser à Israël une marge de manœuvre plausible. Il est également possible que les tensions publiques entre Trump et Netanyahu masquent une coordination continue en coulisses, comme ce fut le cas lors des précédentes négociations nucléaires entre les États-Unis et l’Iran.

Mais il est tout aussi probable, sinon plus, que Trump veuille simplement trouver une issue diplomatique à cette guerre qui exaspère les Américains et fait grimper les prix.

Même si les négociations progressent, Jérusalem peut encore raisonnablement espérer que Téhéran finira par aller trop loin et contraindra Trump à rompre les négociations, estime Oren.

Il semble toutefois impossible de contourner l’évolution du paysage stratégique mondial.

Les États du Golfe ont passé des mois à observer le déroulement de la crise du détroit d’Ormuz et à tirer leurs propres conclusions quant à la pérennité de la puissance américaine dans la région et au parapluie de sécurité américano-israélien.

Cela remet en cause la logique générale qui sous-tendait les Accords d’Abraham, accords de normalisation négociés par les États-Unis.

« Le ciment des Accords d’Abraham était la conviction que la puissance américaine resterait une force durable. Or, ce n’est plus le cas », a déclaré Oren, avertissant qu’il y avait « désormais davantage de chances que les États du Golfe se tournent vers Téhéran ».

Le président américain Donald Trump posant aux côtés des dirigeants du Golfe pour une photo de groupe lors d’une réunion à laquelle il a participé avec les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Ryad, le 14 mai 2025. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

La Turquie, le Pakistan et le Qatar sont désormais considérés comme des médiateurs régionaux clés, et aucun d’entre eux ne risque de mener des politiques favorables à Israël.

Cela n’affaiblit en rien l’importance de l’alliance américano-israélienne. Les liens militaires et en matière de renseignement tissés pendant la guerre demeurent plus solides que jamais. Mais cela renforce la nécessité pour Israël d’élargir ses options stratégiques au-delà de Washington.

« Environ 97 % de nos achats en matière de sécurité proviennent des États-Unis. C’est mettre trop d’œufs dans le même panier… Compte tenu également de la situation politique aux États-Unis, nous devons diversifier notre portefeuille de politique étrangère », a ajouté Oren.

« C’est la seule chose que nous puissions faire. »

Washington reste un allié indispensable pour Israël. Pourtant, les conditions qui ont rendu possible un véritable partenariat en temps de guerre au début de cette année pourraient ne pas se reproduire de sitôt. La lutte visant à empêcher l’Iran de reconstruire ses capacités nucléaires et balistiques, de réarmer le Hezbollah et ses autres proxys, et de consolider ses acquis régionaux pourrait se poursuivre pendant des années – et avec moins d’aide qu’Israël ne l’avait initialement prévu.

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