Israël en guerre - Jour 145

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Les proches des victimes de Meron racontent leur attachement au lieu, deux ans après

Alors que 45 personnes ont perdu la vie au cours du pèlerinage, les membres des familles des défunts affirment que la tragédie n'a fait que renforcer leur attachement au site

  • Moshe Mordechaï Elhadad, 12 ans au moment de sa mort en 2021, est l'une des 45 personnes qui ont péri dans la tragédie du mont Meron, dans le nord d'Israël, le jour de Lag Baomer. (Crédit :  Shimon Elhadad)
    Moshe Mordechaï Elhadad, 12 ans au moment de sa mort en 2021, est l'une des 45 personnes qui ont péri dans la tragédie du mont Meron, dans le nord d'Israël, le jour de Lag Baomer. (Crédit : Shimon Elhadad)
  • Les victimes de la catastrophe du mont Meron, le 30 avril 2021 : rangée supérieure (de gauche à droite) : Chen Doron, Haim Rock, Ariel Tzadik, Yossi Kohn, Yisrael Anakvah, Yishai Mualem, Yosef Mastorov, Elkana Shiloh et Moshe Levy; 2e rangée (de gauche à droite) : Shlomo Zalman Leibowitz, Shmuel Zvi Klagsbald, Mordechai Fakata, Dubi Steinmetz, Abraham Daniel Ambon, Eliezer Gafner, Yosef Greenbaum,Yehuda Leib Rubin et Yaakov Elchanan Starkovsky; 3e rangée (de gauche à droite) : Haim Seler, Yehoshua Englard, Moshe Natan Neta Englard, Yedidia Hayut, Moshe Ben Shalom, David Krauss, Eliezer Tzvi Joseph, Yosef Yehuda Levy et Yosef Amram Tauber; 4e rangée (de gauche à droite) : Menachem Knoblowitz, Elazar Yitzchok Koltai, Yosef David Elhadad, Shraga Gestetner, Yonatan Hebroni, Shimon Matalon, Elazar Mordechai Goldberg, Moshe Bergman et Daniel Morris; 5e rangée (de gauche à droite) : Ariel Achdut, Moshe Mordechai Elhadad, Hanoch Slod, Yedidya Fogel, Menahem Zakbah, Simcha Diskind, Moshe Tzarfati, Nahman Kirshbaum et Eliyahu Cohen. (Autorisation)
    Les victimes de la catastrophe du mont Meron, le 30 avril 2021 : rangée supérieure (de gauche à droite) : Chen Doron, Haim Rock, Ariel Tzadik, Yossi Kohn, Yisrael Anakvah, Yishai Mualem, Yosef Mastorov, Elkana Shiloh et Moshe Levy; 2e rangée (de gauche à droite) : Shlomo Zalman Leibowitz, Shmuel Zvi Klagsbald, Mordechai Fakata, Dubi Steinmetz, Abraham Daniel Ambon, Eliezer Gafner, Yosef Greenbaum,Yehuda Leib Rubin et Yaakov Elchanan Starkovsky; 3e rangée (de gauche à droite) : Haim Seler, Yehoshua Englard, Moshe Natan Neta Englard, Yedidia Hayut, Moshe Ben Shalom, David Krauss, Eliezer Tzvi Joseph, Yosef Yehuda Levy et Yosef Amram Tauber; 4e rangée (de gauche à droite) : Menachem Knoblowitz, Elazar Yitzchok Koltai, Yosef David Elhadad, Shraga Gestetner, Yonatan Hebroni, Shimon Matalon, Elazar Mordechai Goldberg, Moshe Bergman et Daniel Morris; 5e rangée (de gauche à droite) : Ariel Achdut, Moshe Mordechai Elhadad, Hanoch Slod, Yedidya Fogel, Menahem Zakbah, Simcha Diskind, Moshe Tzarfati, Nahman Kirshbaum et Eliyahu Cohen. (Autorisation)
  • Des parents de certaines des victimes de la tragédie du mont Meron priannt en leur mémoire lors d'une visite de solidarité avec les Juifs de l'Ukraine déchirée par la guerre, le 23 décembre 2021. (Crédit : Shimon Elhadad)
    Des parents de certaines des victimes de la tragédie du mont Meron priannt en leur mémoire lors d'une visite de solidarité avec les Juifs de l'Ukraine déchirée par la guerre, le 23 décembre 2021. (Crédit : Shimon Elhadad)
  • Des agents de sécurité israéliens et des secouristes sur le site d'une bousculade mortelle lors des festivités de Lag BaOmer au mont Meron, dans le nord d'Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)
    Des agents de sécurité israéliens et des secouristes sur le site d'une bousculade mortelle lors des festivités de Lag BaOmer au mont Meron, dans le nord d'Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Au départ, personne n’a dit à Shimon Elhadad que deux de ses frères étaient morts dans la tragédie du mont Meron en 2021, la catastrophe civile la plus meurtrière de l’histoire d’Israël.

Elhadad, qui se trouvait sur le lieu de pèlerinage juif lors du mouvement de foule qui a fait 45 victimes, a procédé par élimination jusqu’à ce qu’il comprenne que « le pire était arrivé », comme il le dit lui-même.

« J’ai cherché toute la nuit. J’ai vérifié les urgences les unes après les autres jusqu’à ce que la perspective de leur mort devienne une certitude bien avant qu’elle ne soit annoncée », a expliqué Elhadad, un étudiant en droit de 30 ans originaire de Beitar Ilit, au Times of Israel.

La tragédie s’est produite lors d’un événement célébrant la fête juive de Lag BaOmer, qui commence cette année le 8 mai au soir.

Comme plusieurs autres parents des victimes, Elhadad a déclaré qu’à la suite de la tragédie, il se sentait encore plus lié et engagé dans le pèlerinage annuel à Meron.

Bien que ce sentiment puisse sembler contre-intuitif pour certains, il correspond à la fervente dévotion qui amène de nombreux pèlerins à Meron, et que beaucoup de victimes partageaient.

Un feu de joie pendant la fête de Lag BaOmer, à Kiryat Sefer, le 22 mai 2019. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Lag BaOmer, l’une des fêtes les plus joyeuses du judaïsme, est synonyme de fête, même pour les Juifs laïcs, car elle donne lieu à l’allumage de feux de joie et est célébrée avec enthousiasme par les enfants qui, des semaines à l’avance, ramassent du bois pour faire rôtir des marshmallows le soir de la fête. Pour les plus pratiquants, cette fête marque la fin d’une période de deuil entre les fêtes de Pessah et de Shavouot. C’est aussi la célébration de la survie à une épidémie des disciples de Rabbi Akiva, un sage du IIe siècle qui compte parmi les plus grandes figures rabbiniques du début de ce siècle.

L’événement le plus important de Lag Baomer est le pèlerinage sur la tombe de Rabbi Shimon Bar Yochaï, aussi appelé Rashbi, un éminent disciple de Rabbi Akiva, sur le mont Meron en Galilée, où chaque année, des dizaines de milliers de fidèles, pour la plupart des hommes issus de communautés hassidiques, se réunissent pour une fête qui dure toute la nuit, avec des danses, de la musique, des prières – et du monde. Beaucoup de monde.

Un gâteau de bar mitzvah que la famille de Moshe Mordechaï Elhadad, en bas, a confectionné à titre posthume le jour de son treizième anniversaire, en sa mémoire et en celle de son frère aîné David Elhadad, âgé de 18 ans au moment de sa mort dans la tragédie du mont Meron, dans le nord d’Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : Shimon Elhadad)

Conscient des risques, l’État a nationalisé en 2011 les terrains des associations religieuses qui en étaient propriétaires. Au milieu d’une bataille juridique, le gouvernement et ses organes exécutifs, dont la police, ont tenté de trouver une solution : satisfaire le désir d’un événement de masse inclusif tout en prenant des précautions de sécurité de base.

Les conclusions finales d’une commission d’enquête nationale sur la tragédie de Meron n’ont pas encore été publiées, mais certaines précautions ont manifestement été négligées : l’enceinte où s’est produit la catastrophe accueillait trois fois plus de fidèles que le maximum spécifié par les experts en sécurité, et certaines sorties de secours menaient à d’autres lieux de rassemblement au lieu de conduire à des zones ouvertes, comme les normes de sécurité le préconisent.

À la sortie d’une cérémonie populaire, vers 0h40, la foule a formé un goulot d’étranglement dans un escalier dont les flancs avaient été barricadés, le transformant en un couloir en forme de L. Et c’est à cause de cet angle que la plupart des fidèles qui tentaient de quitter l’enceinte ne pouvaient pas voir ni savoir que le passage était déjà bouché. La pression exercée par l’arrière a généré une vague qui a fait tomber les gens les uns sur les autres, où la plupart des 45 personnes décédées ont suffoqué avant que la police ne puisse ouvrir l’obstruction.

Les victimes de la catastrophe du mont Meron, le 30 avril 2021 : rangée supérieure (de gauche à droite) : Chen Doron, Haim Rock, Ariel Tzadik, Yossi Kohn, Yisrael Anakvah, Yishai Mualem, Yosef Mastorov, Elkana Shiloh et Moshe Levy; 2e rangée (de gauche à droite) : Shlomo Zalman Leibowitz, Shmuel Zvi Klagsbald, Mordechaï Fakata, Dubi Steinmetz, Abraham Daniel Ambon, Eliezer Gafner, Yosef Greenbaum,Yehuda Leib Rubin et Yaakov Elchanan Starkovsky; 3e rangée (de gauche à droite) : Haim Seler, Yehoshua Englard, Moshe Natan Neta Englard, Yedidia Hayut, Moshe Ben Shalom, David Krauss, Eliezer Tzvi Joseph, Yosef Yehuda Levy et Yosef Amram Tauber; 4e rangée (de gauche à droite) : Menachem Knoblowitz, Elazar Yitzchok Koltai, Yosef David Elhadad, Shraga Gestetner, Yonatan Hebroni, Shimon Matalon, Elazar Mordechaï Goldberg, Moshe Bergman et Daniel Morris; 5e rangée (de gauche à droite) : Ariel Achdut, Moshe Mordechaï Elhadad, Hanoch Slod, Yedidya Fogel, Menahem Zakbah, Simcha Diskind, Moshe Tzarfati, Nahman Kirshbaum et Eliyahu Cohen. (Autorisation)

« Mes frères ont été piétinés jusqu’à ce qu’ils meurent », a déclaré Elhadad à propos de Moshe Mordechaï Elhadad, 12 ans, et de Yosef David Elhadad, 18 ans. « Ils ont été piétinés jusqu’à ce que leur âme quitte leur corps. »

Deux ans plus tard, Elhadad est toujours en deuil, tout comme ses parents et ses 13 frères et sœurs encore en vie.

Tout en pensant souvent à l’angoisse que ses frères ont probablement ressentie dans leurs derniers instants, Elhadad se penche également sur ce qu’il appelle « la situation dans son ensemble ». Il pense que la mort de ses frères et des 43 autres personnes fait partie d’une intervention divine destinée à épargner au peuple d’Israël une tragédie bien plus grande.

« Nous étions confrontés à une punition majeure et Rashbi [Rabbi Shimon Bar Yochaï] l’a gérée à sa manière, avec toute la douleur que cela implique », a expliqué Elhadad.

« C’est pourquoi nous sommes encore plus liés à Rashbi après la catastrophe : nous sommes une seule chair, une seule famille », a déclaré Elhadad, qui est retourné régulièrement à Meron et qui a l’intention de s’y rendre également à l’occasion de Lag BaOmer cette année. « Quoi qu’il puisse passer, je ne resterais pas à l’écart. La mort de mes frères n’a fait que renforcer l’intensité de ma présence. »

Yosef Matalon, un rabbin bien connu de Jérusalem qui a perdu son fils, Netanel Shimon Matalon, dans la tragédie, a décrit un sentiment similaire. Loin de lui rappeler la perte de son fils, Meron pendant Lag BaOmer le « soulage de cette perte », dit-il.

« Le vide est là tous les jours de l’année. Je pense constamment à mon fils. Je le vis », a déclaré Matalon. « Mais à Meron, j’ai l’impression d’être réuni avec lui, et je peux donc célébrer avec lui une fois de plus, et avec Rabbi Shimon, auquel je pense maintenant, après la tragédie, comme si nous avions été réunis en une seule famille. »

Matalon a déclaré qu’il ne prétend pas comprendre pourquoi la tragédie s’est produite, mais il tend lui aussi à croire qu’elle fait partie d’une volonté divine visant à éviter un pire destin. « Quand on voit les risques encourus, c’est un miracle qu’une catastrophe encore plus grande ne se soit pas produite plus tôt », a déclaré Matalon.

Malgré cette acceptation fondée sur la foi, Matalon partage néanmoins la colère de nombreux parents endeuillés et d’autres personnes face à l’apparente négligence qui a engendré ce drame.

« C’était manifestement dangereux. Même un imbécile pouvait voir qu’on courait à la catastrophe », a accusé Matalon.

Une théorie du complot répandue dans certains cercles où Meron joue un rôle spirituel important suggère que la police a permis que la catastrophe se produise afin de fournir un prétexte pour permettre à l’État d’arracher le contrôle du complexe aux mains des ultra-orthodoxes, bien qu’il n’y ait aucune preuve à l’appui de ces accusations. Bien que les dirigeants haredim aient exercé d’intenses pressions sur la police et les dirigeants politiques pour permettre au plus grand nombre d’assister à la célébration, rares sont ceux qui critiquent les rabbins.

Des travaux de construction réalisés avant la fête de Lag BaOmer sur le tombeau du rabbin Shimon bar Yochaï sur le mont Meron, dans le nord d’Israël, le 10 mai 2022. (Crédit :
David Cohen/Flash90)

Elhadad, qui dirige une association à but non lucratif appelée « Kedoshei Meron 5781 » qui représente certaines des familles des victimes dans les discussions avec le gouvernement sur l’indemnisation et l’enquête, a déclaré que ces familles pensent que les précautions mises en œuvre après la catastrophe de 2021 permettront d’éviter d’autres accidents.

Les autorités ont éloigné certains événements du site funéraire et de ses complexes et ont construit une passerelle pour piétons au-dessus d’une route qui traverse l’enceinte. Les effectifs de la police et les services de secours ont été considérablement augmentés sur le site et ont reçu pour instruction de faire respecter avec diligence les mesures de sécurité.

Contrairement à la plupart des parents des victimes, Shay Zarfati n’est pas haredi. Son défunt père, le rabbin Moshe Zarfati, est devenu plus religieux après la naissance de Shay et assistait régulièrement aux célébrations de Lag BaOmer. Son fils s’identifie à d’autres parents qui ressentent un lien plus profond avec le site après la tragédie, mais il en parle aussi avec ambivalence.

« Lag BaOmer est un mélange d’émotions ces jours-ci », a déclaré Zarfati, qui mène une vie pieuse et vit avec son épouse et ses deux enfants à Rehovot. « C’est une fête mais aussi un jour de deuil, et il en va de même pour Meron : d’une part, c’est un endroit joyeux et plein d’énergie positive, mais de l’autre, il est lié, dans notre cas, à une tragédie familiale. »

Zarfati est réconforté par le fait que son père est mort en faisant quelque chose de très important pour lui, et à un endroit où il a puisé beaucoup de force, « c’est pourquoi l’endroit a beaucoup de sens pour nous aussi », a déclaré Zarfati.

Shay Zarfati s’est rendu pour la première fois à Meron cette année. « L’année dernière a été une période très difficile. Lag BaOmer a été une étape importante, marquant la fin de l’année de deuil. Il y a donc eu un certain soulagement à venir voir le lieu et l’endroit où cela s’est passé », a-t-il déclaré. « Mais la vie continue même si c’est parfois difficile. »

« Il n’y aura probablement pas d’autre tragédie à Meron dans un avenir proche », a déclaré Zarfati. « Mais la question la plus importante est de s’assurer que les leçons sont tirées plus largement afin que des tragédies comme celle-ci ne se produisent nulle part ailleurs », a-t-il ajouté.

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