Les projets apparemment contradictoires du nouveau gouvernement israélien
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Les projets apparemment contradictoires du nouveau gouvernement israélien

Pas de hausse d'impôt, investissements massifs : Les ministres de la coalition ont présenté un mélange de politiques, couvrant notamment les transports ou le rythme scolaire

Le ministre des Finances Avigdor Liberman, à gauche, avec la ministre de la Protection environnementale Tamar Zandberg, au centre, et la ministre des Transports Merav Michaeli à la résidence du président à Jérusalem, le 14 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre des Finances Avigdor Liberman, à gauche, avec la ministre de la Protection environnementale Tamar Zandberg, au centre, et la ministre des Transports Merav Michaeli à la résidence du président à Jérusalem, le 14 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le gouvernement le plus diversifié de toute l’Histoire d’Israël s’est mis au travail dans la journée de lundi, au lendemain de sa prestation de serment. Les nouveaux ministres ont présenté des plans qui reflètent, ensemble, un mélange inhabituel de réformes de droite et de gauche, conservatrices et laïques.

Parmi ces projets, la promesse faite par le ministre des Finances, Avigdor Liberman, d’éviter entièrement toute hausse d’impôt et une initiative de la ministre du Transport, Merav Michaeli, de renforcer de manière importante les investissements dans les transports publics – un seul exemple parmi d’autres de politiques qui pourraient être difficiles à concilier au sein de la coalition.

Après deux années d’affilée marquée par l’absence d’un budget de l’État en raison d’une crise politique sans précédent, l’adoption d’un budget est le défi le plus pressant à relever pour le tout nouveau gouvernement, en particulier après le coup essuyé par l’économie israélienne pour cause de pandémie de coronavirus.

Mais l’entente sur un budget pour une coalition qui bénéficie d’une majorité parlementaire étroite va probablement nécessiter de nombreuses négociations entre les partis de droite, du centre, de gauche et islamiste qui constituent le dit « gouvernement du changement » – dont le Premier ministre est Naftali Bennett suite à un accord de rotation conclu avec Yair Lapid — qui est venu remplacer le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Liberman, dirigeant du parti Yisrael Beytenu, un politicien intraitable sur les questions de la sécurité et à droite en matière d’économie, a présenté lundi les orientations qui guideront son mandat au sein du ministère. Il a affirmé au cours d’une conférence de presse que le pays ne connaîtrait pas de hausse d’impôt sous son autorité.

Il a déclaré qu’il voulait immédiatement cesser de verser des aides gouvernementales aux Israéliens âgés de moins de 45 ans ayant perdu leur emploi pendant la pandémie, même si l’adoption d’une telle décision devra être discutée et que des changements législatifs devront également intervenir. Son prédécesseur au ministère, Israël Katz (Likud) avait prévu, pour sa part, de cesser d’assister financièrement les citoyens âgés de moins de 28 ans.

Le laïc Liberman – dont la rhétorique à l’égard des ultra-orthodoxes a été féroce au cours des récentes campagnes électorales – a indiqué qu’il ne porterait pas préjudice à la communauté des Haredim mais qu’il inciterait ses écoles à adopter le programme officiel de l’État et qu’il œuvrerait en faveur d’une plus grande intégration des hommes de la communauté dans la main-d’œuvre israélienne.

Embouteillage monstre sur l’autoroute Ayalon de Tel Aviv, le 28 octobre 2015. (Simcha Simon, courtesy)

Michaeli, dirigeante du parti Travailliste social-démocrate, a pour sa part présenté son programme d’investissement massif dans les transports publics pour améliorer les services, réduire les écarts sociaux et la pollution – un plan qui pourrait exiger un budget important et une hausse des impôts.

Dans une conférence de presse, Michaeli a indiqué vouloir former des autorités qui seront chargées des transports métropolitains pour tenter de résoudre le problème posé par les embouteillages, en particulier dans le centre d’Israël. Elle a déclaré que les transports vers les zones périphériques du pays devaient être améliorés pour créer des opportunités égalitaires pour les communautés marginalisées, et en particulier pour les Arabes.

Elle a expliqué qu’elle voulait intégrer davantage de véhicules électriques dans les transports publics et créer un plus grand nombre de pistes cyclables. Elle a également affirmé vouloir améliorer les conditions de travail des employés du secteur.

Le ministre de la Justice Gideon Saar, de son côté, a dit que son premier objectif était de séparer le poste de procureur-général et celui de conseiller juridique du gouvernement – deux rôles qui sont actuellement assumés par une seule et même personne.

Cela fait longtemps que les critiques conservateurs affirment que la situation actuelle crée un problème de conflit d’intérêts inhérent, le responsable chargé de représenter le positionnement juridique du gouvernement ayant également potentiellement la charge de traduire en justice les membres du même gouvernement.

Des tentatives antérieures de séparer les deux fonctions avaient été considérées très largement comme des initiatives vengeresses, motivées par des intérêts politiques ou personnels, dans la mesure où elles avaient été habituellement entreprises par des gouvernements dont les Premiers ministres étaient alors mis en examen – Ehud Olmert en 2007-2008 et Benjamin Netanyahu, il y a quelques années.

Le nouveau ministre de la Justice Gideon Saar avec le procureur-général Avichai Mandelblit, à gauche, et le ministre de la Justice sortant Benny Gantz, à droite, lors de la cérémonie de passage de témoin au ministère de la Justice, à Jérusalem, le 14 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

La station de radio Kan a cité des sources qui se sont exprimées à l’intérieur comme en dehors du système judiciaire et qui ont estimé que les chances, pour Saar, de faire adopter la réforme étaient meilleures qu’elles ne l’avaient jamais été dans la mesure où les motivations du nouveau ministre, un conservateur de droite farouchement anti-Netanyahu, semblent être pleinement idéologiques.

Lors de sa prise de parole de lundi, Saar a déclaré que le système de la justice avait des problèmes qu’il souhaitait corriger – sans détruire le système, a-t-il précisé. Son initiative de bien délimiter les rôles signifierait qu’un responsable aurait la charge exclusive de conseiller le gouvernement dans les dossiers légaux, et qu’un autre aurait l’autorité nécessaire pour poursuivre les hauts-responsables devant les tribunaux – ce qui serait probablement une version améliorée du rôle actuel du procureur de l’État.

Saar a ajouté qu’il voulait s’occuper des droits civils dans les dossiers criminels et civils, qu’il souhaitait réduire le nombre d’inculpations et supprimer les obstacles bureaucratiques. Il veut aussi, a-t-il poursuivi, faire adopter une loi fondamentale quasi-constitutionnelle régulant les possibilités d’intervention de la Haute-cour de justice dans le travail législatif de la Knesset.

La nouvelle ministre de l’Éducation Yifat Shasha-Biton s’exprime lors de la cérémonie de passage de témoin avec Yoav Gallant, au ministère de l’Éducation, le 14 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/FLASH90)

La ministre de l’Éducation Yifat Shasha-Biton a annoncé, pour sa part, qu’elle souhaitait mettre en place la semaine de cinq jours dans les lycées et que les cours du vendredi soient consacrés à l’enrichissement personnel. Elle a néanmoins souligné que ce changement prendrait du temps et que sa mise en vigueur dépendrait de l’espérance de vie du gouvernement.

Shasha-Biton, membre du parti Tikva Hadasha de Saar, qui a un doctorat en éducation, a aussi fait savoir qu’elle programmait de transférer la responsabilité des crèches du ministère des Affaires sociales à celui de l’Éducation, qu’elle souhaitait donner plus d’autonomie aux directeurs des écoles, renforcer le droit des enseignants et réduire le nombre d’examens de fin d’année.

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