Les scientifiques israéliens appellent au dépistage des personnes saines
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Les scientifiques israéliens appellent au dépistage des personnes saines

Les prélèvements sur les porteurs asymptomatiques visent à compiler des données qui permettront de combattre le virus de manière "intelligente"

Un personnel soignant portant une combinaison de protection prélève un échantillon sur un Juif ultra-orthodoxe pour un test au coronavirus à Bnei Brak, le 31 mars 2020 (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)
Un personnel soignant portant une combinaison de protection prélève un échantillon sur un Juif ultra-orthodoxe pour un test au coronavirus à Bnei Brak, le 31 mars 2020 (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Alors que les médecins et les scientifiques poussent un soupir de soulagement devant l’explosion du nombre de tests, des voix s’élèvent pour demander que les prélèvements soient étendus aux Israéliens qui semblent en bonne santé.

« C’est important, parce qu’il faut identifier les personnes asymptomatiques », a déclaré Eran Segal, biologiste numérique et pionnier d’un modèle d’évaluation utilisé en Israël afin de gérer la crise sanitaire.

Il s’est entretenu mercredi avec le Times of Israël, au moment où l’inquiétude grandit à l’échelle internationale sur la question des porteurs dits sains.

Robert Redfield, directeur du Centers for Disease Control and Prevention aux États-Unis, a déclaré mardi : « L’une des informations que nous avons à peu près confirmée est qu’un nombre important de personnes infectées restent en fait asymptomatiques. »

« Cela peut représenter jusqu’à 25 %. C’est important, parce que maintenant vous avez des individus qui n’ont peut-être aucun symptôme pouvant contribuer à la transmission, et nous avons appris qu’en fait, ils contribuent à la contagion. »

Illustration : Un ambulancier du Magen David Adom effectue un test du coronavirus sur un bénévole au centre national d’opérations du coronavirus à Kiryat Ono, le 26 février 2020. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Israël a pratiqué plus de 7 439 tests de dépistage du coronavirus mardi, ce qui le place à peu près au même niveau que la Grande-Bretagne, un pays sept fois plus peuplé.

C’était une forte augmentation pour un système de dépistage qui variait entre 5 000 et 5 700 par jour la semaine dernière, et qui a dû faire face à une série de revers, le Mossad ayant livré des kits de dépistage incomplets et la publication des résultats ayant été suspendue temporairement en raison d’erreurs dans les données.

Mais alors que les tests se multiplient, ils sont toujours réservés aux personnes présentant des symptômes, et dépendent de leur contact avec les services de santé afin de les signaler. Même des personnes entrées en Israël en provenance de régions durement touchées par la pandémie de coronavirus sont entrées sans avoir été testées, sauf si elles ont demandé un dépistage.

Ainsi, les statistiques ne tiennent pas compte des personnes qui se sentent malades et ne demandent pas à être testées, ni des porteurs sains. Pour identifier ces personnes, Segal, chercheur à l’Institut Weizmann, préconise des tests aléatoires dans certaines parties du pays – principalement dans les zones à forte concentration de cas de coronavirus.

« Il faut que cela soit fait », a-t-il déclaré au Times of Israël. « C’est déjà une chose à laquelle nous pouvons commencer à penser, et que nous pouvons faire très rapidement. »

Nadav Davidovitch, directeur de l’école de santé publique de l’Université Ben Gourion du Néguev, est du même avis. « Je préconise ce genre de dépistage, et je sais qu’au ministère de la Santé, de telles suggestions existent », a-t-il déclaré.

Photo d’illustration : Un médecin, en combinaison de protection, vérifie le fonctionnement d’un respirateur à l’hôpital universitaire Samson Assuta d’Ashdod, le 16 mars 2020. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Au début de la semaine, des informations non confirmées faisaient état de tests aléatoires au coronavirus effectués par le ministère de la Santé dans les chaînes de supermarchés, suivis rapidement par de nouvelles informations indiquant que le programme pilote avait été annulé par crainte que les Israéliens désireux de passer un test COVID-19 n’affluent en masse dans les magasins.

Le ministère de la Santé n’a pas répondu à une demande du Times of Israël sur le dépistage des personnes asymptomatiques, et un porte-parole du Magen David Adom a déclaré que son organisation n’avait reçu jusqu’à présent que des instructions pour tester les personnes qui ne se sentent pas bien.

Les tests effectués sur la population générale devraient permettre d’obtenir une grande quantité « d’informations » sur le coronavirus, qui sont utiles bien au-delà de la mise à jour du nombre total de personnes infectées, a déclaré Davidovitch. Cela sera utilisé, a-t-il prédit, pour combattre le virus de manière « intelligente » et passer d’un confinement national à des restrictions régionales.

« Les tests ne nous indiquent pas seulement l’étendue du virus, mais ils nous donnent aussi potentiellement des renseignements beaucoup plus précis afin de comprendre les niveaux d’infection dans des quartiers et des zones spécifiques », a-t-il expliqué.

Israël a déployé des services de renseignement sanitaires visant à obtenir ce type d’informations régionales dès les premiers jours de l’épidémie. Segal a déclaré qu’il savait que la ville de Bnei Brak connaîtrait une série de cas bien avant le pic actuel.

Bnei Brak, dans la banlieue de Tel Aviv, comptant près de 200 000 habitants, est la deuxième ville israélienne en termes de nombre de cas confirmés, bien qu’elle soit la neuvième du pays en termes de densité de population.

Grâce à une enquête qu’il a élaborée, Segal reçoit des alertes précoces sur différentes parties d’Israël et les partage avec le ministère de la Santé afin que celui ci puisse concentrer ses opérations de traitement et de dépistage aux bons endroits.

Eran Segal. (Autorisation)

Quelque 200 000 Israéliens ont répondu à son enquête, qui a été reproduite dans 15 autres pays. Les personnes interrogées décrivent comment elles se sentent et indiquent si elles présentent des symptômes ressemblant à ceux du coronavirus. Sur la base de ces données, il dresse un tableau de la santé des résidents dans différentes régions, prédit les endroits où des épidémies sont probables et partage les résultats avec le ministère de la Santé.

« Il y a une semaine et demie, bien avant que l’on apprenne qu’il y avait de nombreux cas à Bnei Brak, nous avons constaté une augmentation des symptômes dans cette région », a-t-il déclaré au Times of Israël. « De même, nous l’avons vu à Beer Sheva et à Jérusalem. »

Un membre du Magen David Adom porte une tenue de protection dans un poste de dépistage du Covid-19 à Tel Aviv, le 20 mars 2020. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« En identifiant ces régions à l’avance, afin d’y arriver rapidement, nous pouvons atténuer les épidémies dans certaines régions. En obtenant les meilleures sources, je pense que cette enquête sauve réellement des vies », dit-il.

Segal pense que le choix de zones spécifiques du pays et l’introduction de tests aléatoires seraient la prochaine étape logique pour un État qui fait déjà bon usage de ces renseignements.

Davidovitch prédit que les tests ne vont pas seulement s’étendre dans les jours et les semaines à venir, mais aussi changer, en disant qu’ils vont inclure la sérologie – l’étude scientifique du sérum et d’autres fluides corporels – qui pourrait potentiellement révéler si les gens ont contracté le coronavirus, même s’ils se sont rétablis depuis. Il s’agit d’une information potentiellement importante, car elle permettrait d’établir des statistiques précises et pourrait informer les personnes qui ont eu le virus sans le savoir qu’elles peuvent avoir des anticorps qui combattent la maladie.

« Nous nous dirigeons vers la décentralisation des tests, et plus tard vers l’ajout de la sérologie, pour voir comment les taux d’infection sont dans les différentes parties d’Israël », a-t-il déclaré. « Nous allons voir s’il y a des endroits qui pourraient avoir une quarantaine plus localisée et des endroits qui n’ont pas besoin d’être placés sous confinement. »

Segal abonde en ce sens : « Les confinements à l’échelle des régions pourraient être un outil précieux pour nous aider dans une stratégie de sortie de crise. »

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