Les usines polluantes Bazan à Haïfa contraintes de fermer d’ici 2025
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Les usines polluantes Bazan à Haïfa contraintes de fermer d’ici 2025

Le Conseil économique et le ministère de l'Environnement recommandent la fermeture des raffineries qui seront remplacées par des résidences, des commerces et des espaces verts

Vue de cheminées d'une raffinerie dans la baie de Haïfa (Crédit : Shay Levy/Flash90)
Vue de cheminées d'une raffinerie dans la baie de Haïfa (Crédit : Shay Levy/Flash90)

Dans une décision qui marque un tournant majeur pour les habitants du nord d’Israël et l’environnement, le chef du Conseil national économique, qui conseille le Premier ministre, a annoncé lundi que les raffineries pétrolières du groupe Bazan, qui sont depuis longtemps à l’origine de la pollution dans la ville côtière de Haïfa, devront fermer leurs portes d’ici cinq ans. Elles seront remplacées par un pôle résidentiel moderne, high-tech et des espaces verts.

Gila Gamliel, ministre de la protection de l’Environnement, a soutenu cette décision du chef du Conseil économique national, Avi Simhon, lors d’une rencontre de la commission des Affaires internes et de l’Environnement de la Knesset. Elle a indiqué avoir l’intention de présenter cette initiative devant le cabinet, pour que ce dernier puisse approuver une date de fermeture pour les usines du Bazan Group.

Bazan – dont l’une des emblématiques tours de refroidissement s’est effondrée au début du mois – occupe plus de 210 hectares dans la baie de Haïfa et elle se situe à proximité étroite de l’un des secteurs les plus peuplés du nord du pays.

La raffinerie importe du pétrole brut pour fabriquer un certain nombre de produits – 40 % partent à l’exportation – destinés à l’industrie, aux transports et au secteur agricole. Ses filiales fabriquent toute une gamme de produits qui vont du bitume pour recouvrir les routes aux cires, aux huiles et autres lubrifiants ou polymères.

Les militants en faveur de l’environnement et les résidents de Haïfa, qui vivent au milieu de niveaux de pollution significatifs, font campagne depuis des années pour la fermeture du complexe industriel.

Une vue de l’une des tours de refroidissement de la raffinerie pétrolière de Haïfa quelques heures après l’effondrement de l’une d’elle, le 12 juin 2020 (Crédit : Meir Vaknin/Flash90)

Israel Chemicals Limited, compagnie holding appartenant à la famille Ofer et propriétaire de Bazan, a déclaré à l’issue de la réunion à la Knesset qu’il n’avait pas de commentaires à faire pour le moment.

La deuxième raffinerie pétrolière du pays – plus petite – est installée dans la ville côtière d’Ashdod, dans le sud de l’Etat juif.

Gamliel a fait savoir auprès de la commission que son premier entretien à sa nouvelle fonction avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait été consacré à la pollution et à la baie de Haïfa. Elle a ajouté que le projet de réaménagement total envisagé à Haïfa correspondait bien à l’ordre du jour fixé par le ministère placé sous son autorité – à savoir l’abandon progressif des énergies fossiles dans le pays.

Cela prendra du temps pour régler les multiples problèmes qui vont se poser, notamment la question d’un emploi alternatif pour les 4 000 personnes environ qui travaillent chez Bazan et pour trouver une solution de stockage pour les produits raffinés qui seront importés après la disparition des usines, a-t-elle poursuivi.

Ce qui est toutefois nécessaire maintenant, a-t-elle asséné, est de mettre un terme à l’incertitude. Elle a estimé que « plus nous attendrons, plus l’environnement sera endommagé et plus il sera difficile de remettre en état les terres qui ont été polluées ».

Elle a promis que la mise en oeuvre des directives écologiques dans les usines serait également renforcée.

Avi Simhon, le président du Conseil national économique, lors d’une conférence organisée par le journal israélien « Makor Rishon » à Jérusalem, le 8 décembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Simhon, conseiller national économique, avait établi une commission interministérielle il y a trois ans destinée à réexaminer l’avenir des usines Bazan, s’attachant pour ce faire les services de l’agence internationale de conseil McKinsey, dont le rapport et les recommandations ont finalement été rendus publics – en partie – au début du mois.

Lundi, Simhon a révélé que les membres de la commission avaient fait part de leur désaccord au sujet du rapport. « J’ai tiré la conclusion que nous pouvons et que nous devons fermer les usines Bazan à l’horizon de la fin de l’année 2025, » a-t-il déclaré.

La fabrication de produits raffinés en Israël n’est pas à la hauteur des coûts induits pour l’environnement et pour le développement de la région de Haïfa, a affirmé Simhon, ajoutant que la relocalisation des usines dans des zones non peuplées du sud d’Israël n’était pas viable économiquement.

Citant des chiffres du rapport McKinsey, il a souligné que la fermeture de Bazan, le nettoyage des terres occupées par l’usine (il coûterait, selon les estimations, entre 1 à 1,5 milliard de shekels) et la construction d’un pôle résidentiel et commercial moderne baptisé la « Baie de l’innovation »,  pourraient être financés, sans aide gouvernementale, via les ventes des terrains par l’Autorité des terres israéliennes (ILA), des parcelles évaluées à 13,5 milliards de shekels. « Il resterait donc encore quelques milliards », a-t-il insisté.

Rafi Elmaliach, le responsable de la planification de l’ILA qui, selon Simhon, est lui-même propriétaire d’une petite parcelle dans le secteur, s’est dit enchanté de présenter des plans, pour la première fois, d’une baie de Haïfa à l’ère post-Bazan.

Dans le projet de la Baie de l’Innovation à Haïfa, dans le nord d’Israël – et après nettoyage des terres polluées de l’industrie – des espaces verts et de multiples points d’eau, le 29 juin 2020 (Capture d’écran : Commission des Affaires internes et environnement de la Knesset)

Citant des exemples à Londres, comme le parc olympique Queen Elizabeth et St Katharine Docks, tous deux créés sur d’anciennes zones industrielles réhabilitées, les membres de l’équipe d’Elmaliach ont présenté des projets visant à exploiter le fleuve Kishon, presque caché et qui rejoint la Méditerranée dans la baie de Haïfa, en créant des bassins et des lacs pour la plus grande joie des habitants. Cela permettra également de se prémunir face aux menaces croissantes posées par les inondations dans un contexte de dérèglement climatique.

Le projet appelle également à renforcer la présence du prestigieux Technion, l’institut israélien de la technologie, pour attirer les technologies propres et les biotechnologies, ainsi que pour développer davantage le tourisme.

A seulement 92 kilomètres au nord de Tel Aviv, Haïfa – qui est desservi par un port, un aéroport, des liaisons ferroviaires et des autoroutes – est la porte d’entrée de la région de Galilée, très populaire. C’est la troisième ville la plus importante de l’Etat juif.

Environ 40 % du périmètre laissé vacant par Bazan et promis à la construction permettra de créer quelques 100 000 unités de logement, tandis que les 60 % restants accueilleront industries et commerces.

Selon un calendrier mis au point par l’ILA, la planification – qui avait commencé en 2018 – se terminera en 2025. Le nettoyage des terres et des nappes phréatiques, qui s’étalera sur une dizaine d’années, commencera en 2023 et la commercialisation de 1 500 à 2 500 logements par an sera lancée en 2026.

S’opposant aux appels réclamant sa fermeture, Bazan demande, pour sa part, au conseil de Planification nationale d’approuver ses propres plans d’élargissement du complexe et d’accepter la construction d’une centrale électrique au gaz sur le site.

Eli Dukorsky, maire de Kiryat Bialik, l’une des banlieues « Krayot » du nord de Haïfa, a déclaré devant la commission que le conseil devait « mettre un terme à toutes les requêtes soumises par Bazan de façon à ce que le groupe comprenne bien qu’il a raté le coche ».

Une photo d’une raffinerie de pétrole d’Haïfa et d’autres zones industrielles, le 5 mai 2017. (Yaniv Nadav/Flash90)

La seule voix dissonante lors de cette réunion a été celle d’Eli Abramov, qui préside la Division Chimique, pharmaceutique et de la protection environnementale au sein de l’Association israélienne des fabricants.

Qualifiant le projet « Baie de l’innovation » dans son ensemble « d’irréaliste », il a affirmé que cette industrie, qui représente actuellement moins de 10 % de l’économie israélienne, devait s’ancrer encore davantage dans le pays et que selon les chiffres du ministère de la Protection environnementale, les transports, notamment maritimes – qui augmenteraient avec l’importation de produits raffinés en cas de fermeture de Bazan – entraîneraient à terme davantage de pollution que ce n’est le cas aujourd’hui.

Il y a un an, un rapport du contrôleur d’Etat avait établi qu’environ 9 000 résidents de la baie de Haïfa et de la zone métropolitaine environnante étaient aussi exposés à des polluants potentiellement cancérigènes que lorsqu’un plan national avait été développé et accepté par le ministère de la Protection environnementale, en 2015.

Le contrôleur avait noté qu’un rapport diffusé par son bureau en 2014 avait conclu que le taux de cancers à Haïfa était 15 fois plus élevé que la moyenne nationale et que l’asthme, parmi les enfants, était deux fois plus élevé que la moyenne dans le pays. Depuis, ce taux avait encore été revu à la hausse, ainsi que celui de l’apparition, chez les habitants du secteur, de maladies cardiaques et respiratoires, avait-il souligné.

En 2016, des recherches avaient suggéré qu’il y avait un lien entre l’industrie lourde, à Haïfa, et des symptômes de maladies liées à la pollution chez les nouveaux-nés – comme des malformations de la tête, plus petite et des déficiences au niveau du poids, en plus des taux élevés de cancer identifiés dans les recherches précédentes.

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