L’Etat se range du côté des citoyens dans l’affaire du ruisseau de Nir David
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L’Etat se range du côté des citoyens dans l’affaire du ruisseau de Nir David

Après des années de tergiversations, le ministère public a statué que l'accès public au ruisseau Hassi dans le kibboutz Nir David doit être accordé "immédiatement"

Le kibboutz Nir David. (Shlomi Mishali, Pikiwiki Israël, Wikipedia, CC BY 2.5)
Le kibboutz Nir David. (Shlomi Mishali, Pikiwiki Israël, Wikipedia, CC BY 2.5)

Une longue campagne en faveur de l’accès public à un magnifique cours d’eau situé dans les confins du kibboutz Nir David, dans le nord d’Israël, a fait un grand pas en avant dimanche, lorsque le ministère public a informé le tribunal de district de Haïfa que l’accès public à un tronçon du cours d’eau devait être accordé immédiatement.

« Du point de vue de l’État, le grand public a le droit d’accéder au cours d’eau [populairement connu sous le nom de Hassi]… un accès qui découle des droits de propriété de l’État sur ces terres », indique un avis écrit.

Soulignant que l’accès du public devait être mis en balance avec le droit des membres du kibboutz à poursuivre leur mode de vie, et que la préférence irait à un accès qui ne passe pas à proximité des habitations des membres, le ministère public a déclaré que « si l’accès ne peut se faire que par les [zones résidentielles] du kibboutz, alors ce sera inévitable. »

« Regardez l’horloge, regardez la date, et marquez ce jour comme une énorme victoire », a déclaré un message publié dimanche sur une page Facebook comptant 23 600 membres appelée « Liberating the Hassi« .

Le ruisseau Amal, ou « Hassi », traverse le kibboutz Nir David dans le nord d’Israël, le 9 août 2020. (Menachem Lederman/Flash90)

Les habitants de la ville de Beit She’an, dans le nord du pays, soutenus par de plus en plus de militants pour la justice sociale venus de tout le pays, se battent depuis des années pour avoir accès au cours d’eau turquoise, qui est en fait un canal.

Hassi (dont le nom officiel en hébreu est le ruisseau Amal) est une hébraïsation du nom arabe du ruisseau, al-‘Atsi. Il part d’une source située à Gan Hashlosha, plus connue sous son nom arabe, Sakhne, avant de se jeter dans Nir David.

Le cours d’eau traversait autrefois Beit She’an, mais il a été détourné à des fins agricoles et autres dans les années 1980, et s’est asséché.

Après la fin du libre accès aux autres plans d’eau de la région, les habitants de Beit She’an et d’autres communautés ont commencé à affluer dans le kibboutz pour profiter des eaux du ruisseau et se détendre sur les pelouses entretenues qui tapissent ses rives.

Mais à Nir David, certaines maisons côtoient le cours d’eau. Les habitants du kibboutz ont ressenti cela comme une intrusion. Ils ont défendu leur droit à préserver leur tranquillité après que leurs ancêtres ont souffert de la chaleur torride, de l’humidité et de la malaria pour assécher les marécages, canaliser l’eau dans un canal, construire des maisons et aménager la zone en ce qui ressemble aujourd’hui à un jardin d’Eden.

Ils ont insisté sur le fait qu’ils ont besoin du cours d’eau pour contribuer au financement du kibboutz grâce au tourisme et qu’ils ne sont pas équipés pour transformer leur village de quelques centaines de personnes en un parc national public pour des milliers de personnes.

En 2015, les militants se sont tournés vers le tribunal de première instance de Beit She’an pour forcer l’accès. Cette action en justice a débouché sur un compromis en vertu duquel le kibboutz a accepté de planifier la mise en réserve d’une section du cours d’eau, à une certaine distance des maisons, pour que le public puisse en profiter. Le kibboutz a soumis les plans, mais ils ont fait l’objet de nombreux échanges et sont toujours bloqués dans le système de planification.

Face à la frustration croissante, les militants ont lancé la campagne « Liberating the Hassi ».

En 2010, sentant que leur mode de vie était compromis, les habitants du kibboutz ont bloqué l’entrée avec une porte en fer.

Scènes de violence à l’extérieur du kibboutz Nir David, le 14 août. (Capture d’écran de Channel 13)

L’été dernier, des groupes de manifestants se sont rassemblés devant le portail de Nir David, réclamant la justice sociale.

Nir David a répondu en engageant une société de sécurité privée et les confrontations entre les deux parties ont tourné à la violence. Répondant dimanche à une pétition déposée par le parti ultra-orthodoxe Shas, qui représente principalement les électeurs séfarades, et par l’un de ses législateurs, Moshe Arbel – contre Nir David, le conseil régional d’Emek HaMa’ayanot (Vallée des Sources) et l’Autorité foncière israélienne – le ministère public a recommandé une approche par étapes, commençant immédiatement, avec l’ouverture d’une porte sur le côté ouest du kibboutz, actuellement utilisée uniquement par les membres du kibboutz et un centre sportif du kibboutz. Selon l’accusation, cette solution est située à une distance raisonnable des maisons du kibboutz, n’implique aucune modification de la législation et ne nécessite qu’une marche de 500 mètres, tout au plus.

Une autre possibilité serait un accès en direction de Gan Garoo, une attraction pour kangourous située au nord-est du kibboutz, selon l’avis.

Une troisième option, qui prendra plus de temps, consisterait à développer le plan original du kibboutz prévoyant un accès par l’est et à le faire adopter par le système de planification. La décision finale, que le tribunal doit encore prendre, pourrait créer un précédent important. Dans une publication datant de lundi sur le groupe « Liberating the Hassi », on peut lire : « Des dizaines, voire des centaines, de paires d’yeux de tout Israël regardent au-delà du débat juridique et public au centre de cette pétition… en sachant que toute décision, dans un sens ou dans l’autre, peut avoir un impact sur la manière dont d’autres organismes privés, organismes économiques et autres groupes d’intérêt s’autorisent à prendre possession ou à empêcher l’accès à des terres publiques, naturelles ou autres ».

« Il ne s’agit pas d’une lutte théorique ni d’une lutte mesquine. Il s’agit d’une lutte qui soulève des questions lourdes sur celui qui détient les pouvoirs qui permettent ou empêchent l’accès aux zones publiques dans l’État d’Israël. »

« Dans l’annonce de l’État concernant Nahal Hassi, telle qu’elle a été soumise au tribunal de district de Haïfa dimanche, l’État a réitéré sa position selon laquelle la rivière ne devrait pas être accessible depuis la zone résidentielle du kibboutz, et a proposé une solution provisoire à l’extérieur et non à proximité des zones résidentielles, [ce qui était] également convenu entre le conseil régional et le kibboutz », indique un communiqué du kibboutz Nir David.

Cette saga a mis en lumière de profondes fractures ethniques et socio-économiques sur lesquelles de nombreux Israéliens préfèrent fermer les yeux, entre les juifs séfarades, notamment nord-africains, et les juifs ashkénazes, principalement d’origine européenne.

A LIRE : La lutte pour l’accès au ruisseau de Nir David réveille des tensions ethniques

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