L’extrême droite autrichienne courtise la communauté juive
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L’extrême droite autrichienne courtise la communauté juive

Proche de cercles néo-nazis dans sa jeunesse, Heinz-Christian Strache, chef du FPÖ, s'est efforcé de polir l'image du parti autrichien anti-immigration

Des manifestants brandissent des pancartes mettant en vedette le chancelier autrichien Sebastian Kurz (à gauche) et Heinz-Christian Strache, président du Parti de la liberté d'Autriche (FPO), lors de manifestations contre la tenue du "Bal des étudiants" organisé par l'extrême droite autrichienne à Vienne, Autriche, le 26 janvier 2018. (AFP/APA/HANS PUNZ)
Des manifestants brandissent des pancartes mettant en vedette le chancelier autrichien Sebastian Kurz (à gauche) et Heinz-Christian Strache, président du Parti de la liberté d'Autriche (FPO), lors de manifestations contre la tenue du "Bal des étudiants" organisé par l'extrême droite autrichienne à Vienne, Autriche, le 26 janvier 2018. (AFP/APA/HANS PUNZ)

La famille de David Lasar a été décimée durant la Shoah, mais cet élu juif s’est engagé aux côtés de l’extrême droite autrichienne, convaincu que ce parti, fondé par d’anciens nazis, est aujourd’hui en pointe contre l’antisémitisme.

Un juif au sein du FPÖ, le parti autrichien de la droite nationaliste, dirigé à sa fondation, en 1956, par deux anciens de la Waffen-SS ? David Lasar, 66 ans, a l’habitude de susciter l’étonnement.

Il s’est rapproché du « troisième camp » de la politique autrichienne à la fin des années 1990, pour rejoindre « la seule formation proche des citoyens » délaissés, selon lui, par les sociaux-démocrates et les conservateurs, explique-t-il à l’AFP.

Aujourd’hui député FPÖ, il voit une raison supplémentaire à son engagement : « nous luttons sans relâche contre l’antisémitisme, surtout l’antisémitisme amené par l’immigration (…) Nous sommes le seul parti à lutter contre cela, avec nos partenaires au sein du gouvernement », le parti ÖVP du chancelier Sebastian Kurz.

Sebastian Kurz (G) du Parti populaire conservateur (ÖVP) et Heinz-Christian Strache du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) donnent une conférence de presse conjointe à Vienne le 16 décembre 2017. (AFP Photo/Alex Halada)

Depuis son retour au pouvoir en coalition avec les conservateurs fin 2017, la formation d’extrême droite a intensifié son offensive de charme à l’intention de la communauté juive.

Mais David Lasar reste une exception et cette dernière garde ses distances et un discours intransigeant vis-à-vis du parti au sein duquel les dérapages antisémites sont loin d’avoir disparu. Israël boycotte tout contact officiel avec les six ministres nommés par le FPÖ dont le vice-chancelier Heinz-Christian Strache, chef de ce parti, et la ministre des Affaires étrangères Karin Kneissl.

Polir l’image

« Nous ne voyons absolument aucun changement au sein du FPÖ », tranche Benjamin Hess, responsable de l’Union des étudiants juifs d’Autriche. « C’est facile de dire je suis contre l’antisémitisme, c’est beaucoup plus difficile de s’en distancier dans les faits ».

Parmi les critiques récurrentes : l’influence persistante de cercles radicaux liés notamment aux Burschenschaften, corporations aux penchants parfois ultranationalistes dont beaucoup de cadres FPÖ sont issus.

Proche de cercles néo-nazis dans sa jeunesse, M. Strache s’est efforcé de polir l’image du parti autrichien anti-immigration, dont il a écarté les caciques les plus encombrants.

Lui-même s’est déjà rendu en Israël. Lors de son dernier voyage en 2016, il a rencontré des personnalités de second plan du Likud, le parti de droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu, et a effectué une visite (obligatoire) à Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem.

Le membre du conseil national autrichien David Lasar (du parti FPÖ d’extrême-droite) durant une interview à Vienne, le 26 février 2019 (Crédit : ALEX HALADA/AFP)

David Lasar se décrit en missi dominici du FPÖ auprès de la droite israélienne, se targuant « d’excellents contacts ».

Au cours de sa première année de mandat, le FPÖ a multiplié les professions de foi affirmant « rejeter clairement l’antisémitisme ».

« Le calcul politique est évident » dans cette tentative de rapprochement avec la communauté juive, affirme Bernhard Weidinger, chercheur au DÖW, institut autrichien de référence dans la recherche sur l’extrême droite.

« Le FPÖ ne peut pas utiliser la communauté juive comme un paravent et doit faire preuve de tolérance envers toutes les communautés et minorités », avait mis en garde le Congrès juif européen (CJE) lors de l’entrée en fonction du gouvernement Kurz, en référence au discours hostile à l’islam porté par le FPÖ.

« Antisémitisme importé »

Dans un pays qui a accueilli plus de 150 000 demandeurs d’asile depuis 2015, le chef du FPÖ a fait de « l’antisémitisme importé », selon lui, par les migrants musulmans en Europe un leitmotiv de son message.

Courant février, M. Strache a ainsi organisé à Vienne la première conférence de son nouveau centre de réflexion sur le thème de « l’antisémitisme islamique ».

Dix jours plus tard, l’un des dirigeants du parti se fendait d’une lettre à l’ambassadrice d’Israël en Autriche pour lui assurer que de « soi-disant incidents extrémistes » imputés à des membres du FPÖ ces derniers mois n’étaient que de « l’agitation des opposants » du parti visant à le discréditer.

Un candidat du parti aux élections régionales, Udo Landbauer, avait été critiqué l’an dernier pour son appartenance à une corporation dans laquelle un recueil de chants nazis avait été retrouvé. Des annonces publicitaires ont été achetées par le FPÖ dans des publications diffusant des contenus antisémites, rappelle M. Weidinger.

Un récent rapport de la plate-forme autrichienne, Forum contre l’antisémitisme, a recensé 503 actes antisémites dans le pays en 2017, le double du chiffre de 2014.

David Lasar assure que « beaucoup de juifs » lui confient : « Je vote FPÖ parce que vous être les seuls à être là pour nous sur les questions de sécurité et à trouver les mots contre l’islamisme radical ».

« On trouve beaucoup de sensibilités différentes parmi les représentants de la communauté juive en Autriche, mais un point met tout le monde d’accord, rétorque Benjamin Hess : pas de rapprochement avec le FPÖ ».

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